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La querelle du joual : deux conceptions de l'identité québécoise

Une partie de la distribution des Belles-soeurs en 1968
Une partie de la distribution des Belles-soeurs en 1968PHOTO : Musée québécois de la culture populaire
Maxime Coutié anime Aujourd'hui l'histoire.
Aujourd'hui l'histoirePublié le 20 septembre 2022

Pour certaines personnes, le joual symbolise la déchéance et la pauvreté intellectuelle d'un Québec colonisé. Pour d'autres, il est plutôt un symbole d'affirmation nationale, un marqueur d'identité. Wim Remysen, professeur de linguistique à l'Université de Sherbrooke, fait le point sur cette longue querelle.

En règle générale, le joual désigne une langue parlée dans les milieux populaires, surtout à Montréal, qui se caractérise par une concentration de traits phonétiques par l'influence de l'anglais et jugés fautifs. Ce mot devient populaire dans les années 1960 et est la déformation populaire de « cheval ».

En 1959, André Laurendeau, alors journaliste au quotidien montréalais Le Devoir, utilise en premier le terme. Ses propos suscitent énormément de réactions, mais les lettres de Jean-Paul Desbiens à André Laurendeau lancent vraiment le débat. Les insolences du frère Untel, un regroupement de ces lettres publié en 1960, s’avère un succès fou. Jean-Paul Desbiens s’en prend à la défaillance du système d’éducation et à l’autorité abusive de l’église, et appelle à l’intervention de l’État pour l’amélioration de la langue.

« [Jean-Paul Desbiens] situe vraiment la question de la langue dans son contexte social plus large. »

— Une citation de  Wim Remysen, professeur de linguistique

À l’inverse, des artistes considèrent le joual comme un « parler vrai », une « modernité ». Dans le milieu littéraire, plusieurs auteurs décident de l’utiliser dans leurs œuvres. Il brille surtout au théâtre, notamment dans Les belles-sœurs, de Michel Tremblay, écrite en 1965.

Le joual est un symbole d’affirmation nationale dans le contexte de la Révolution tranquille. « C’est vraiment une volonté de dénoncer l’aliénation socioéconomique des Québécois », affirme Wim Remysen.

À partir de la fin des années 1960, le discours négatif du joual s’efface, et cette appellation perd de son élan et se transforme en « français québécois ». En 1980, Léandre Bergeron publie le Dictionnaire de la langue québécoise, qui s’inscrit dans ce changement de discours. Cependant, le débat entre les adeptes du joual et ceux qui prônent un alignement sur le français international dure, et Wim Remysen analyse l’héritage de ce débat sur le joual sur la société actuelle.