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La chute des Habsbourg, ou la fin des grandes dynasties européennes

La famille de François-Charles de Habsbourg-Lorraine et de sa femme, Sophie de Wittelsbach. L’archiduc et son épouse sont assis à gauche d’Élisabeth de Wittelsbach (dite Sissi) tenant ses enfants Rodolphe et Gisèle. Sur la première rangée, de gauche à droite : François-Joseph, Louis-Victor, Ferdinand-Maximilien, et Charles-Louis.
La famille de François-Charles de Habsbourg-Lorraine et de sa femme, Sophie de Wittelsbach, au 19e siècle.PHOTO : Getty Images / Mondadori Portfolio
Publié le 9 janvier 2020

En annonçant son abdication comme empereur d'Autriche-Hongrie, le 11 novembre 1918, Charles 1er a mis un terme au règne de l'une des plus vieilles et plus puissantes familles d'Europe. Au fil de presque huit siècles, son empire s'est étendu du Pérou aux Philippines, incluant, en partie ou en totalité, l'Espagne, l'Italie, l'Autriche, les Pays-Bas, la Belgique, la Hongrie, la Croatie et la Slovaquie. L'historien Raphaël Weyland explique à Jacques Beauchamp que cette chute a complété la transition, entreprise en 1789 avec la Révolution française, vers un monde nouveau.

Au 12e siècle, à l’époque du Saint-Empire romain germanique, les Habsbourg sont de petits seigneurs locaux en Suisse. En 1272, Rodolphe de Habsbourg se fait nommer empereur. Il s’empare de l’Autriche, qui, jusqu’en 1918, sera le siège de son clan.

Quelle famille!

Au 15e siècle, une succession de mariages arrangés et la disparition d’autres grands héritiers placent les Habsbourg au sommet de la pyramide monarchique européenne. On dit que leur empire, en comptant les colonies, est si vaste que le soleil ne s’y couche jamais. La famille instaure par ailleurs une politique de mécénat dont bénéficient notamment Mozart, Bach et Le Greco.

François-Joseph de Habsbourg en 1914.

François-Joseph de Habsbourg en 1914

Carl Pietzner

Un empire qui évolue

Le déclin commence au 18e siècle. Des révoltes locales chassent les Habsbourg d’Italie, puis d’Allemagne. L’empereur François-Joseph, sur le trône depuis 1848, procède à des changements structurels dans l’espoir d’aplanir les différends. Il scinde son empire en deux : une part autrichienne, de la Slovénie à la Pologne, et une part hongroise, qui inclut aussi la Croatie et la Slovaquie.

En 1914, l’empire austro-hongrois se cherche, tentant de ménager les nouvelles forces que représentent les nationalistes, les industriels et les parlementaires, et une noblesse soucieuse de préserver ses privilèges. Avec ses 52 millions d’habitants, il est encore le deuxième empire le plus peuplé d’Europe, mais l’absence de majorité culturelle le rend vulnérable. François-Joseph a 86 ans, et sa mort est attendue.

L’attentat qui a tout changé

L’assassinat de François-Ferdinand d’Autriche, archiduc et héritier du trône de l’empire austro-hongrois, en 1914, fait tout basculer.

« S’il ne fait rien, François-Joseph prend le risque de paraître faible et de, peut-être, encourager sinon d’autres assassinats, à tout le moins la dissolution de l’empire, avec ses Slaves du sud qui rejoindraient la Serbie. Mais c’est aussi une [chance], puisque les Serbes – ou en tout cas, il peut faire croire que ce sont les Serbes – ont assassiné un personnage royal. Il a l’opinion publique derrière lui, en Autriche-Hongrie et en Europe. Il peut donc régler le cas de cette petite Serbie et du nationalisme slave du sud d’un seul coup. »

— Une citation de  Rapahël Weyland

L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie en comptant sur la passivité de la Russie, qui n’avait pas réagi lors de crises similaires. Cette fois, cependant, la Russie ne se laisse pas humilier, et l’Europe bascule dans la Première Guerre mondiale.

Charles 1er

Charles 1er, dernier empereur de la dynastie des Habsbourg, en 1916

Wenzl Weis

La débandade

Dès les six premiers mois du conflit, l’Autriche-Hongrie perd la moitié de son armée, et se trouve à genoux. François-Joseph meurt en 1916. L’Allemagne sauve l’Autriche-Hongrie de l’invasion russe, mais se mêle en retour à sa politique intérieure. Le nouvel empereur, Charles 1er, lance des négociations et espère conclure la paix, mais échoue et se brouille même avec l’Allemagne.

Lors de l’armistice, Charles est perçu comme une marionnette de l’Allemagne. Pour cette raison, la France et l’Angleterre incitent les indépendantistes de pays comme la Croatie et la République tchèque à répudier l’empire, et forcent Charles à abdiquer.

Selon Raphaël Weyland, la chute des Habsbourg a permis l’indépendance de sept pays, lesquels sont cependant restés depuis vulnérables aux intérêts allemands et russes. Charles 1er n’avait peut-être pas tort lorsqu’il a proclamé que seuls les Habsbourg pouvaient unifier les peuples d’Europe.

Otto de Habsbourg, dernier prince de la dynastie des Habsbourg.

Otto de Habsbourg, dernier prince de la dynastie des Habsbourg, est mort en 2011. Il a notamment vécu une partie de sa jeunesse à Québec.

Getty Images / Johannes Simon