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L'histoire de la goutte de lait racontée par Denyse Baillargeon

Maxime Coutié anime Aujourd'hui l'histoire.
L'histoire de la goutte de lait racontée par Denyse Baillargeon

L'histoire de la goutte de lait racontée par Denyse Baillargeon

Les dispensaires de la Goutte de lait, ces cliniques qui ont sauvé bien des nourrissons

Photo en noir et blanc d'une femme qui vérifie la température du lait d'un biberon en versant une goutte sur sa main.
Une femme vérifie la température du lait pour un nouveau-né.PHOTO : Getty Images / Chaloner Woods
Maxime Coutié anime Aujourd'hui l'histoire.
Aujourd'hui l'histoirePublié le 10 avril 2019

Au début du 20e siècle, 1 enfant sur 4 mourait avant l'âge de 1 an en Occident. Montréal connaissait le plus haut taux de mortalité infantile après celui de Calcutta, en Inde. Les récipients de lait n'étaient pas stérilisés et étaient transportés à la température ambiante. Les dispensaires de la Goutte de lait ont donc été créés pour améliorer cette situation tragique. Denyse Baillargeon, professeure retraitée du Département d'histoire de l'Université de Montréal, rappelle comment ces cliniques ont amélioré les conditions de vie des nouveau-nés au Québec.

Le pédiatre français Léon Dufour fonde la Goutte de lait en 1894 et s’inspire d’un ver d’Alfred de Musset pour son nom.

Ces cliniques de puéricultures sont gratuites, alors que la médecine ne l’est pas. Elles s’installent dans les quartiers ouvriers des villes et offrent un suivi médical préventif aux enfants, tout en distribuant du lait pasteurisé et sain. Elles s’établissent aussi dans plusieurs pays, sous différentes dénominations.

L’urbanisation du 20e siècle entraîne une certaine prospérité, mais aussi des conditions de vie difficiles. Cette lutte contre la mortalité infantile est aussi une lutte politique et nationaliste; tous les pays où se développent les Gouttes de lait sont des endroits où l’on craint de voir la population diminuer.

« La mortalité infantile augmente beaucoup au tournant du 20e siècle. […] Les nourrissons meurent facilement en l’absence d’une médecine moderne. »

— Une citation de  Denyse Baillargeon, professeure retraitée du Département d’histoire de l’Université de Montréal

À Montréal, le quotidien La Patrie ouvre la première Goutte de lait en 1901. Cependant, cette initiative ne dure pas, et ce n’est qu’à partir de 1910 à Montréal, et en 1915 à Québec, que les cliniques finissent par réellement s’établir. Elles apparaissent également à Sherbrooke, à Hull et à Trois-Rivières.

Les Gouttes de lait sont mises sur pied dans une structure de type paroissiale. Des prêtres et des médecins les dirigent, ce qui n’est pas le cas des cliniques anglophones qui ouvrent leurs portes au même moment.

Sans succès, la Ville de Montréal tente de modifier le fonctionnement des Gouttes de lait paroissiales pour en améliorer l’hygiène, en créant, en 1919, ses propres cliniques pour les nourrissons. Si la Ville de Québec n’emboîte pas le pas, la cohabitation entre les deux réseaux se déroule cependant bien, car la Ville de Montréal ne s’ingère pas dans la gestion des cliniques paroissiales francophones.

« Plus le temps avance, plus la réputation [des Gouttes de lait] est mauvaise, parce que leur fonctionnement s’éloigne des standards d’hygiène en vigueur. Mais la Ville n’intervient pas. Elle reste attentiste dans ce dossier. »

— Une citation de  Denyse Baillargeon, professeure retraitée du Département d’histoire de l’Université de Montréal

Pendant ce temps, les cliniques privées anglophones, fondées en même temps que les cliniques paroissiales, acceptent d’être municipalisées.

L’âge d’or et le déclin de la Goutte de lait

Dans les années 1930, une soixantaine de cliniques ont pignon sur rue à Montréal, et un tiers des bébés les fréquentent au moins une fois dans leur vie. Dans les années 1950, 90 cliniques traitent les trois quarts des bébés au moins une fois dans leur vie.

À la fin des années 1960, la population est plus riche qu’avant, le niveau de vie augmente, la pauvreté extrême recule et la médecine fait d’énormes progrès, notamment avec la découverte des antibiotiques. Le taux de mortalité est 10 fois moindre qu’au début du siècle.

De plus, les villes perdent leur autorité en matière de santé préventive. Le gouvernement du Québec centralise le domaine de la santé et rend la fréquentation d’un médecin accessible à tous par l’assurance maladie.

La santé devient dès lors un droit et est accessible à tous, grands et petits.