Enfants autistes en forme : Tristan et le karaté

Par Diane Sauvé

« J'aime beaucoup faire du karaté et pratiquer les mouvements dans les pads. Comme ça, je pourrais me défendre à l'école si quelqu'un veut m'achaler. S'ils me coincent dans un coin, je pourrais me défendre avec ce que j’ai appris ici. »

« J'aime beaucoup faire du karaté et pratiquer les mouvements dans les pads. Comme ça, je pourrais me défendre à l'école si quelqu'un veut m'achaler. S'ils me coincent dans un coin, je pourrais me défendre avec ce que j’ai appris ici. »

C'est ce que répond d'emblée Tristan, 11 ans, quand on lui demande de parler du sport qu'il pratique depuis quelques années : du karaté pour autistes au Centre Gold de Montréal.

- « Est-ce qu'il y en a qui t'achale? »
- « Au camp de jour, il y en a qui m'ont achalé », réplique Tristan.

Son père, Benoît Laplante, voulait justement que son fils autiste puisse se défendre.

« Veux, veux pas, ils sont plus ciblés généralement par le harcèlement. Il en a vécu cet été. Non, il n'a pas utilisé son karaté. Mais au moins, ça lui donne une confiance en lui. »

Le karaté, au Centre Gold, se pratique en famille, explique le professeur André Langevin, lui-même père d'un enfant autiste. Et il voit la différence.

« Les parents sont les meilleurs médecins des enfants. Les parents connaissent leur enfant, leurs peurs. Je suis persuadé que je n'aurais pas eu les mêmes résultats. Premièrement, les parents n'auraient pas été conscients de ce que je fais. Ils n'auraient pas pu poursuivre le travail que je fais au niveau de la discipline, de la structure et ainsi de suite. »

Les duos père-fils sont nombreux, mais pour le jeune Tristan, ça se décline à quatre. Ses parents et son jeune frère font du karaté avec lui d'une manière très assidue.

La famille de Tristan

Le père de Tristan insiste : la transformation chez son fils ne s'est pas faite en criant ciseau. C'est plutôt après de six mois à un an que le progrès a commencé à se faire sentir.

« Quand j'ai commencé avec Tristan, si on faisait cinq minutes de cours dans l'heure, c'était beau, souligne Benoît Laplante. Il courait. Je l'avais sur moi. Je faisais des pressions parce qu'il était complètement désorganisé.  »

« Aujourd'hui, il est capable de faire les cours complètement tout seul. Il est capable de les suivre. Ça a été une grosse évolution entre le début et aujourd'hui. »

Tristan aussi constate qu'il a une meilleure confiance. Mais surtout, il peut « frapper plus fort dans le milieu du pad ». Il nous fera aussi remarquer qu'il porte maintenant la ceinture jaune à dan vert.

La nouvelle confiance de Tristan se décline dans plusieurs sphères de sa vie, explique son père.

« Tout simplement pour réaliser des choses lui-même. Par exemple, pour un bricolage, il est plus confiant de le faire lui-même au lieu de dire : "Je ne suis pas capable". »

« Aller à l'école, ça lui fait un peu moins peur. Au début, il en faisait beaucoup d'angoisse. On a vu que ça a baissé. »

Benoît Laplante et son fils Tristan

Des parents patients et tenaces

La persévérance est un thème qui revient souvent dans la conversation avec Benoît Laplante. Même son de cloche pour Irina Lisichkina, la mère d'Anastasia, une fillette de 6 ans, assise par terre dans la salle de cours.

En plus d'être autiste, Anastasia a un diagnostic de retard global de développement. Ses parents ne lésinent pas les efforts pour la faire bouger : équithérapie, natation, danse et, depuis trois mois, le karaté.

« Quand on a commencé le karaté, au début, elle était assise dans un petit coin, raconte sa mère. Elle regardait, elle observait, elle n’en faisait pas beaucoup. Ces enfants ont besoin de répétition. Alors, chaque fois, elle faisait une chose de plus. Maintenant, elle ne suit pas le cours au complet, mais elle en fait beaucoup plus qu'au début. »

Anastasia réussit aujourd'hui à faire 15-20 minutes de cours. Une affaire de patience, mais à « s'arracher le coeur », avoue toutefois Irina.

« Ce qui est difficile, c'est que, parfois, on fait les activités, mais on ne voit pas tout de suite [les résultats]. On se dit : "Quand est-ce qu'elle va faire comme les autres?" »

« Alors on attend, on attend, on attend, on attend. Mais je travaille, je continue. Et puis quand elle le fait [l’exercice], pour moi, ça fait... Je ne peux pas décrire ce sentiment. Ça fait un miracle. »

« Ça fait du bien à toute la famille », explique Joannie Daly, mère de Jordan, 10 ans, qui participe aux leçons avec les demi-sœurs et la grand-mère.

« Pour les frères et sœurs, c'est le fun de voir qu'ils ne sont pas seuls avec un frère ou une sœur dans cet état-là. Pour les enfants autistes, c'est bien d'interagir avec les enfants autistes. Mais aussi de voir les enfants neurotypiques faire la même chose qu'eux, ça fait une belle gratification. »

Jordan progresse, malgré son autisme, sa déficience intellectuelle, sa dyspraxie et son déficit d'attention. Encore là, Joannie Daly l'avoue : si elle ne s’était basée que sur la première séance, elle n'aurait jamais continué.

Irina Lisichkina et Anastasia

Avancer, c'est le but. Celui de Tristan, c'est d'obtenir la ceinture noire, la meilleure façon de le faire progresser, explique son père.

« C'est là toute l'importance de ne jamais baisser les bras pour quoi que ce soit. Peu importe le diagnostic initial, il faut toujours continuer à foncer. Si tu remets l'heure d'aujourd'hui à plus tard, ça va t’en coûter quatre pour revenir au même point. »