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Conversions religieuses: d'une foi à l'autre
(http://www.radio-canada.ca/nouvelles/enprofondeur/societe/conversions-religieuses/#expert-FCastel)

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Nom: Frédéric Castel

Type: expert

Frédéric Castel
[ Témoignage ]

La permanence du religieux

par Normand Hasty 
 
Le phénomène des conversions a toujours existé au Québec. Dès l'époque de la Nouvelle-France, on a converti les Amérindiens. La mondialisation et l'immigration ont amplifié le phénomène. Ainsi, au cours du dernier demi-siècle, la configuration des religions a beaucoup changé au Québec.  
 
De 1961 à 2001 (dernières données de Statistique Canada), la part des religions non chrétiennes a doublé, passant de 2 à 4 %. Les spécialistes croient que cette proportion ira en s'amplifiant, mais pour le moment la mouvance semble principalement se jouer à l'intérieur même du mouvement chrétien. 
 
Le mouvement évangélique - principalement les Églises pentecôtiste, adventiste et baptiste - gagne du terrain aux dépens des Églises catholiques et protestantes traditionnelles, c'est-à-dire les Églises unie, anglicane, luthérienne et presbytérienne.  
 
Il est toutefois clair qu'à cause de l'immigration, la part de l'islam ou du bouddhisme, par exemple, devrait augmenter. 
 
« Des gens se convertissent parce qu'on parle, tout d'un coup, par exemple, du bouddhisme alors qu'on n'en avait jamais entendu parler avant le dalaï-lama. On entend parler de plus en plus de religion orientale au moyen de la télévision. Depuis 1975, au Québec, il y a des immigrants d'origine indochinoise, donc bouddhistes, et il y a des immigrants libanais, arabes, donc musulmans », dit le religiologue Frédéric Castel, spécialiste des conversions. L'immigration, la mondialisation et l'actualité sont les principaux éléments déclencheurs des conversions, ajoute-t-il. 
 
Le profil des Québécois qui se convertissent
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La conversion, un phénomène 
 
À l'encontre de plusieurs analystes, Frédéric Castel ne croit pas que les religions soient en train de disparaître. Au recensement de 2001, 95 % des Québécois, toutes origines confondues, disaient adhérer à une religion. Même si on ne pratique pas, ça ne veut pas dire qu'on ne croit pas, souligne M. Castel. Le fait que les gens ne pratiquent pas indique selon lui que les gens sont rebelles non pas envers la religion, mais envers les institutions. Les gens tiennent à avoir une croyance.  
 
« Le phénomène des convertis nous interpelle. Comment se fait-il qu'on se convertisse au bouddhisme à 40 ans ou à l'islam à 25, 30 ans. Ça montre que l'humain est toujours à la recherche. Si je prends des conversions non chrétiennes, bouddhisme ou islam, il y aurait deux modèles. Premièrement, des gens en quête spirituelle qui magasinent depuis 10 ou 20 ans dans différentes religions et qui en choisissent une. Deuxièmement, des relations interpersonnelles, l'attraction du nombre, première cause de conversion. » 
 
Il n'y a peut-être pas de portrait type du converti, mais, selon M. Castel, il y a quand même des modèles qui semblent se dégager. Par exemple, les convertis sont surtout dans la vingtaine ou la trentaine pour les musulmans. Pour les bouddhistes, on parle plutôt de 40 ou 50 ans. Dans le cas de conjoints, on peut observer aussi qu'il est plus fréquent de rencontrer une femme avec un musulman que l'inverse. Chez les bouddhistes, c'est le contraire, on rencontre plus souvent un homme non bouddhiste avec une femme bouddhiste. 
 
Même si on ne peut chiffrer le phénomène, M. Castel note aussi que les immigrants d'origine chinoise ou vietnamienne continuent d'adhérer au catholicisme. 
 
 
La déferlante évangélique 
 
Quant aux tendances actuellement au Québec, ce qui semble se dessiner, c'est l'importance accrue que prennent les religions évangéliques. Environ 70 000 Québécois francophones appartiennent à des églises protestantes, surtout évangélistes. Il s'agit, pour l'essentiel, de convertis et de leurs enfants qui ont changé de religion dans les années 70-90. L'église baptiste est même majoritairement francophone.  
 
Les évangéliques québécois sont donc dix fois plus nombreux que les 7500 convertis à l'islam, et vingt fois plus nombreux que les 3400 chrétiens qui se sont convertis au bouddhisme. 
 
L'immigration en provenance des pays en voie de développement compte pour beaucoup dans l'essor du mouvement évangélique et contribue à diminuer l'âge des adhérents. La moyenne d'âge des membres des églises catholique et protestante est beaucoup plus élevée que dans les mouvements évangéliques. Selon les données de M. Castel, la moyenne d'âge est de 40 ans chez les catholiques romains et de 42 ans dans les églises protestantes traditionnelles, comparativement à une fourchette qui oscille entre 28 et 33 ans dans les mouvements évangéliques. 
 
« L'affaiblissement des grandes églises historiques et la montée des églises évangéliques au Québec sont deux mouvements qui sont en phase avec ce qui s'observe ailleurs au Canada », souligne M. Castel. Ces tendances sont toutefois plus accentuées au Québec. 
 
La popularité du mouvement évangélique chez les francophones
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[ Notes biographiques ]

Frédéric Castel

Frédéric Castel est religiologue.  
 
Il enseigne au Département des sciences religieuses de l'Université du Québec à Montréal.  
 
Il prépare aussi une thèse de doctorat sur le phénomène des conversions.
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