JOURNALISTE
Florence Meney


 

 

 

 

 

 


« Nous avons beaucoup de travail à faire pour éduquer, je suis le premier à l'admettre. Il nous faut établir notre raison d'être. Si les gens ne croient pas en nous, si trop peu de gens y croient, nous ne faisons pas notre travail. »

« Quand j'ai une opinion, je vais assurément l'exprimer, je vais assurément la défendre et je ne retraiterai pas. C'est ma personnalité. »

 

 

 

 

« Il faut lui donner la chance de faire ses preuves. Nous ne le jugerons pas avant qu'il ne prenne position, mais disons que je serais surpris si je constatais qu'il facilite les choses. »
Joseph Facal

"His style is not merely adversarial; it veers on take-no-prisoners."
The Gazette

 

 

 

 

 

Une cause majeure a fait connaître Brent Tyler des médias : celle dite du Lion et du Morse (Lyon and Walrus). Cette cause touche, elle aussi, la question de l'affichage. Elle a été plaidée devant la Cour du Québec en juin 1999. En octobre 1999, la juge Grenier a déclaré invalide l'exigence de prédominance du français dans l'affichage; le gouvernement est allé en appel, et a gagné. Brent Tyler a pu à son tour réclamer un appel de cette dernière décision. Mais le 24 octobre 2001, le tribunal rejette l'appel. La disposition de la loi 101 est maintenue.

La nouvelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« J'ai indiqué à Brent et aux membres du conseil que je vois comme un problème le fait qu'un avocat soit à la fois président et accepte des causes pour cet organisme », a déclaré le président sortant, Anthony Housefather.

 


EN BREF...

Président d'Alliance Québec depuis août 2001.
Parfaitement bilingue.
Avocat.
Marié, sans enfant.


Repères

Le 15 août 2001, le groupe de défense des droits de la minorité anglophone Alliance Québec élisait un nouveau président, l'avocat Brent Tyler. L'ancien président, Anthony Housefather, souhaitait se consacrer à la politique municipale et convoitait un poste de conseiller dans la nouvelle ville fusionnée de Montréal.

C'est par 21 voix contre 15 (pour la vice-présidente aux régions, Jo-Anne Fandrich), que les membres du conseil ont choisi Brent Tyler, 45 ans, qui assume l'intérim jusqu'en mai 2002, date du congrès de l'organisme.

Au cours des dernières années, le groupe de défense de la minorité anglophone a été plongé dans la controverse, surtout sous la présidence de celui que beaucoup décrivent comme un extrémiste ou, à tout le moins, un partisan de la ligne dure face au Parti Québécois : Bill Johnson.

Ce dernier avait démissionné de son poste en février 2000, parce qu'il ne croyait plus que son style pouvait rassembler les anglophones du Québec. Or, Brent Tyler est l'émule de Bill Johnson.

Qui est cet homme? Quelles seront les conséquences de cette élection sur le mouvement, qui a vu son effectif diminuer au cours des dernières années?



Le « bloke » de Drummondville
par lui-même

Brent Tyler est né à Ottawa. À l'époque, sa famille habitait Nicolet.

Quand le petit Brent eut quatre ans, son père alla voir le curé de la paroisse de Nicolet et lui dit : « Je veux que mon fils et ses trois soeurs fréquentent l'école (d'expression française) de la paroisse, que mes enfants soient bilingues. » Ce à quoi, déclare Brent Tyler, le curé répondit : « Monsieur, il y a un problème. Vos enfants sont protestants. » À la suite de cet incident, le père décide de déménager avec sa petite famille à Drummondville.

C'est là que Brent passera ses jeunes années (jusqu'à 17 ans). À 11 ans, quand son fils aborde les études secondaires, le père de Brent Tyler tente de nouveau de l'inscrire à l'école française, à Drummondville. Il essuie encore un refus. Le jeune homme étudie donc au Collège Sainte-Anne-de-Bellevue, puis obtient un baccalauréat en philosophie de l'Université Bishop.

Puis, pour la première fois de sa jeune vie, Brent Tyler peut finalement faire des études en français, comme le souhaitait son père. Il fait son droit à l'Université de Sherbrooke.

Ses premières armes dans la pratique active du droit se feront au sein de gros cabinet d'avocats tels McCarthy-Tétrault (pendant deux ans) et Monty-Coulombe. Il est déterminé à mener une vie tranquille (il habite alors à North Hatley, en Estrie), mais ne résiste pas longtemps aux attraits de la ville. Quand la firme où travaille actuellement l'ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard lui fait signe, il saute à pieds joints.

Après quelques années de pratique, Brent Tyler découvre sa vraie vocation : il veut se lancer dans la promotion des droits et libertés des minorités et mettre ses connaissances de la loi au service de cette cause, exclusivement.

Pour entamer une lutte qu'il poursuit encore aujourd'hui, il ouvre son propre cabinet et devient avocat plaideur, « 100 % consacré à la pratique de la défense des droits et libertés ».

Brent Tyler explique que les luttes de son père pour le faire intégrer dans le système scolaire d'expression française ont sans doute laissé des traces et expliquent, du moins en partie, ses positions actuelles.

« Ce n'est pas bon pour la société quand nous avons des règles qui excluent les libertés pour les parents. Il n'y a pas d'autre pays sur la planète qui a adopté ces critères d'enseignement basés sur la langue du parent pour décider si un enfant a accès à un service public qui est l'enseignement public. »

Sa carrière est ensuite jalonnée de causes de plus ou moins grande envergure dont l'enjeu est toujours lié à cette question des droits d'une minorité, particulièrement de la minorité de langue anglaise.

Les clients de Brent Tyler ont contesté toutes les clauses des lois visant à protéger la langue française au Québec, de l'affichage commercial unilingue à l'obligation pour un francophone d'envoyer ses enfants à l'école française.

Dans l'une de ses causes actuellement devant les tribunaux, Brent Tyler représente un groupe de familles francophones comptant une vingtaine d'enfants. Il a plaidé que le critère de la langue d'enseignement des parents est discriminatoire.

Brent Tyler se joint à Alliance Québec en 1993 et y joue un rôle de plus en plus actif jusqu'à son élection en août 2001.

Il a aussi oeuvré au sein de plusieurs autres regroupements voués à la défense de la minorité anglophone, et, en 1994, il s'est présenté comme candidat du Parti Égalité dans la circonscription de Westmount-St.Louis.

De par sa croisade pour la minorité de langue anglaise, Brent Tyler ne s'est pas fait que des amis. Sa personnalité, à la fois chaleureuse et explosive, déplaît à certains. Il a aussi été l'objet de plusieurs menaces de mort et son bureau a été vandalisé à trois reprises au cours des quatre dernières années.

 


Une élection controversée

Le choix de Brent Tyler pour prendre la direction d'Alliance Québec est un repoussoir pour les modérés, qui ne se reconnaissent pas dans son style très direct, agressif même, diront certains.

Les partisans de la ligne dure, comme le militant Howard Galganov, appuient sans réserve Brent Tyler et ce qu'il représente. Dans un éditorial publié dans le quotidien The Gazette, Galganov affirme que Tyler est un véritable défenseur des droits de la personne : « Il mène une guerre contre le nationalisme ethno-centriste, la discrimination érigée en système par le gouvernement québécois. »

Howard Galganov s'est fait connaître au Québec par ses combats ouverts pour faire changer les lois de la province, selon lui discriminatoires, en particulier sur la question de l'affichage.

Howard Galganov repart en guerre (5 avril 2000)

Plusieurs groupes ultraconservateurs comme le National Citizens' Coalition soutiennent aussi Brent Tyler et ses idées.

 

Par ailleurs, certains éléments, surtout parmi l'aile modérée du mouvement, lui reprochent de profiter de cette élection pour faire fructifier son propre cabinet. Dans les faits, Brent Tyler devient ainsi son propre client. Dans le quotidien de langue anglaise The Gazette, Don MacPherson souligne le 18 août 2001 que si on ne sait pas encore si cette élection se traduira par des gains pour Alliance Québec et la communauté qu'elle prétend représenter, il est certain qu'elle sera avantageuse pour M. Tyler lui-même. En effet, explique l'éditorialiste, l'avocat continuera à défendre des causes au nom de l'Alliance, tout en en étant le président.

Pour répondre aux accusations de conflit d'intérêt, Brent Tyler a décidé de limiter ses frais à 25 000 dollars pour les causes qui dépendent d'Alliance Québec. Par contre, et à l'inverse de ses deux prédécesseurs, Brent Tyler accepte la rémunération annuelle de 25 000 dollars pour son travail à la tête d'Alliance Québec.


Brent Tyler
« Je ne suis pas un radical »