Pierre Elliott Trudeau

(1919 - 2000)

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JOURNALISTE
Sophie-Hélène Lebeuf

 

Son héritage politique

Pierre Elliott Trudeau, ex-premier ministre influent

En novembre 1984, Pierre Elliott Trudeau reçoit le prix Albert-Einstein pour la paix. Il remet alors en question l'utilité de l'OTAN. En 1985, une autre distinction s'ajoute à celles déjà reçues : il devient Compagnon de l'Ordre du Canada. En outre, après sa retraite, il ajoute de nombreux livres à contenu politique à sa bibliographie, déjà importante.

S'étant toujours opposé à tout statut distinct pour le Québec, Pierre Elliott Trudeau dénonce publiquement, en 1987, l'accord du lac Meech défendu par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney. L'entente proposée, qui vise l'intégration du Québec à la fédération canadienne, s'appuie sur les cinq conditions « minimales » exigées par le Québec.


Le premier ministre du Québec, le libéral Robert Bourassa, réclame pour la province la reconnaissance du statut de « société distincte » et d'un droit de veto sur les changements à la Constitution, la restriction du pouvoir de dépenser d'Ottawa, la garantie d'un plus grand rôle dans les politiques d'immigration et une participation à la nomination des juges de la Cour suprême.

L'ancien premier ministre exerce encore une influence; même si Ottawa et toutes les provinces signent l'entente en juin 1987, l'accord mourra trois ans plus tard : le Manitoba ajourne sa session sans avoir débattu de la question, et le premier ministre terre-neuvien, Clyde Wells, refuse de tenir le vote au parlement provincial pour ratifier l'entente.


En 1992, Pierre Elliott Trudeau sort de nouveau de sa retraite pour dénoncer l'entente constitutionnelle de Charlottetown, qui prévoit la représentativité du Sénat ainsi que le droit des autochtones à l'autodétermination, et qui reprend l'essence de l'entente du lac Meech. Six provinces rejettent l'accord, dont le Québec.

En octobre 1995, Pierre Elliott Trudeau reste toutefois à l'écart des débats sur le deuxième référendum sur la souveraineté du Québec, à la demande du camp fédéraliste, confiera-t-il plus tard. En novembre 1998, il est durement secoué par un drame personnel : le plus jeune de ses fils, Michel, meurt emporté par une avalanche au cours d'une excursion de ski.

Seize ans après avoir quitté la vie publique, Pierre Elliott Trudeau survit dans la mémoire collective. En 1999, le palmarès Environnics des Canadiens les plus populaires le place troisième, derrière les vedettes de l'heure Céline Dion et Wayne Gretzky. Et, à l'aube de l'an 2000, un sondage de la Presse canadienne, mené auprès des médias canadiens, le consacre figure dominante du siècle au pays. Cependant, auprès des médias québécois, il se fait coiffer de peu par son frère ennemi, René Lévesque.

Pierre Elliott Trudeau, qui souffrait de la maladie de Parkinson et du cancer de la prostate, meurt le 28 septembre 2000. Il laisse dans le deuil ses enfants Sacha, Justin et Sarah Élisabeth.

Une vision qui survit

Pierre Elliott Trudeau passera évidemment à l'histoire pour avoir permis au Canada de devenir officiellement un État indépendant de la couronne britannique, grâce au rapatriement de la Constitution. Mais, tout comme il y a 20 ans, il manque sur ce document la signature d'une des dix provinces. Sa vision d'un gouvernement central fort subsiste encore et se heurte toujours aux indépendantistes et aux tenants d'une autonomie provinciale accrue. Si Pierre Elliott Trudeau a gagné le référendum, il n'a pas tué le nationalisme québécois, et la confrontation est toujours de mise entre Québec et Ottawa, sans compter que l'Ouest continue lui aussi de trouver le gouvernement central peu réceptif à ses intérêts.

Sa Charte des droits et libertés a reconnu une place à l'individu — au détriment des droits collectifs, diront certains —, en plus de modifier radicalement le rôle des tribunaux du pays, particulièrement celui de la Cour suprême, qui doit, depuis 1982, statuer sur des questions qui lui étaient autrefois étrangères. Si les uns s'ennuient de la sécurité sociale et de l'État-providence que son gouvernement incarnait, les autres critiquent sa gestion, à l'origine de déficits qui ont alourdi la dette publique léguée aux gouvernements suivants.

Rarement un politicien a-t-il suscité une charge émotive aussi forte — quelle qu'elle soit —, et le nom de Pierre Elliott Trudeau trouve encore un écho auprès de la population. Si, à la fin de sa vie publique, il était peu populaire auprès des Westerners et continuait d'avoir la cote auprès des Québécois, la tendance s'est inversée par la suite, notamment à cause de sa campagne « anti-Meech ». Pierre Elliott Trudeau a alors récupéré l'essentiel de son capital politique au Canada anglais, alors que sa popularité s'est effondrée chez les francophones du Québec. Avec sa mort, une page se tourne. Lui et René Lévesque partis, deux titans de la politique se sont éteints, mais leurs visions, bien vivantes, continuent de s'affronter.