Pierre Elliott Trudeau

(1919 - 2000)

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L'intellectuel voyageur

Le premier mandat (1968-1972) : des années explosives

Les deuxième et troisième mandats (1972-1979) : ce NPD qui défait les gouvernements

Le dernier mandat (1980-1984) : l'unité nationale au menu

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JOURNALISTE
Sophie-Hélène Lebeuf

 

Le dernier mandat (1980-1984) : l'unité nationale au menu

Les libéraux obtiennent un autre mandat, quelques mois avant la tenue du référendum au Québec sur la souveraineté-association, une proposition d'entente qui inclut notamment le pouvoir exclusif du Québec en matière d'impôts, de lois et de politique étrangère. À Ottawa, les Communes seront pour la première fois présidées par une femme, Jeanne Sauvé.


Au cours de la campagne référendaire, qui divise la population québécoise, Pierre Elliott Trudeau promet qu'Ottawa réformera le fédéralisme. Un vote pour le « non » n'est pas un vote pour le statu quo, soutient-il. Pari gagné pour le chef de gouvernement du Canada : 59,5 % des Québécois rejettent l'offre du PQ, tandis que 40,4 % l'acceptent. Le taux de participation dépasse 85 %.

Cette même année, son gouvernement lance le Programme national d'énergie. Cette mesure déclenchera un mécontentement général dans les provinces de l'Ouest — particulièrement l'Alberta — productrices de pétrole et de gaz, ressources dont Ottawa veut assurer l'approvisionnement. Par des taxes, le fédéral entend en outre augmenter ses recettes sur l'exploitation énergétique.


Dans la foulée de la victoire du « non », Pierre Elliott Trudeau entend doter le pays d'une nouvelle constitution. La bataille entre Ottawa et les provinces sera ardue et s'étirera sur dix-huit mois. Du 2 au 5 novembre 1981, les gouvernements fédéral et provinciaux participent à une conférence dite « de la dernière chance » sur le rapatriement de la Constitution (Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867), assortie d'une formule d'amendement et d'une déclaration des droits de la personne.

Au départ, les provinces sont solidaires. Mais, à la dernière minute, le premier ministre du Québec, René Lévesque, se retrouve isolé tandis que ses homologues provinciaux et le fédéral se réunissent pour conclure une entente au cours de ce que certains appelleront « la nuit des longs couteaux ». Ottawa rapatrie unilatéralement la Constitution de Londres l'année suivante.


La reine Elisabeth proclame la Loi constitutionnelle de 1982 lors d'une cérémonie officielle tenue à Ottawa; le Canada acquiert alors officiellement son indépendance du Royaume-Uni.


Une fois réglée la question nationale, Pierre Elliott Trudeau estime pouvoir se tourner vers l'étranger. Dans le dernier sprint de son mandat, le Canada n'hésite pas à critiquer plus ouvertement la politique extérieure et la politique de défense américaines. Ottawa défend par ailleurs plus fermement ses intérêts économiques face à l'Oncle Sam.


Pendant cette période, Pierre Elliott Trudeau encourage le dialogue Nord-Sud et entame, en 1983, une croisade en faveur de la paix dans le monde et du désarmement nucléaire, au cours de laquelle il rencontre plusieurs chefs de gouvernement des blocs de l'Ouest et de l'Est, dont le président de l'URSS, Konstantine Tchernenko, ainsi que le pape Jean-Paul II. Mais les essais américains du missile Cruise en territoire canadien, que son gouvernement a permis, éveillent une forte opposition au sein de la population.

Au pays, l'inflation et le chômage persistent, les déficits s'accumulent. La popularité du premier ministre, dans les années 1980, décline. Peu avant son départ, il nomme Jeanne Sauvé au poste de gouverneur général. Elle est la première femme à occuper cette fonction. Pierre Elliott Trudeau abandonne son poste de premier ministre du Canada en juin 1984. Quelques jours plus tard, il est nommé membre des Compagnons d'honneur de la Reine. En septembre, à titre de conseiller juridique, il se joint au cabinet d'avocats Heenan Blaikie, une firme dont les bureaux sont situés, ironiquement, sur le boulevard René-Lévesque, à Montréal. Malgré son retrait de la vie politique, il fera quelques sorties remarquées dans les années qui suivront pour défendre sa vision du Canada.