Mère Teresa

Vers la canonisation?

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D'institutrice à infirmière

Le prix Nobel de la paix

Vers la canonisation?



JOURNALISTE
Jean-Philippe Cipriani

« Nous ne saurons jamais tout le bien qu'un simple sourire peut faire. »

« Le pauvre n'a pas faim seulement de pain, il est aussi terriblement avide de dignité. L'amour, le fait d'exister aux yeux d'un autre, nous est d'une absolue nécessité. »

« Il est si simple de parler des pauvres qui sont au loin. Il est plus difficile, et peut-être moins raisonnable, de prêter attention et de se soucier du pauvre qui vit à deux pas de chez nous. »

« Il y a des maladies qui ne se guérissent pas avec de l'argent, mais avec de l'amour. »

 

 

 


Le prix Nobel de la paix

En 1962, elle obtient sa première distinction pour son œuvre humanitaire, le Padma Shri, un prix important en Inde qui récompense le « service rendu à la nation ». Au fil des ans, elle utilisera les sommes accompagnant de telles récompenses pour financer l'ouverture de nouveaux établissements.

En 1979, sa contribution est reconnue mondialement lorsqu'elle reçoit le prix Nobel de la paix pour son « aide apportée à l'humanité qui souffre ». Jean-Paul II visite sa mission l'année suivante et lui rend un vibrant hommage. En 1982, son influence prend une tournure politique lorsqu'elle intervient pour faire cesser le feu en pleine guerre du Liban, afin de faire évacuer 37 jeunes malades mentaux d'un hôpital de Beyrouth, ville assiégée.

L'aide aux lépreux suit. Pour ces malades délaissés, mère Teresa ouvre Shantinagar, puis beaucoup d'autres léproseries. Au cours des dernières années de sa vie, elle vient aussi en aide aux victimes du sida et fonde un centre pour eux aux États-Unis.

La première ministre indienne, Indira Ghandi, lui remet en 1980 l'ordre de Bharat Ratna, la plus haute distinction civile en Inde. Les États-Unis font de même cinq ans plus tard avec la médaille de la Liberté.

La santé vacille

Alors qu'elle rendait visite au pape Jean-Paul II à Rome, en 1983, elle est victime d'une première crise cardiaque. Elle en aura une seconde en 1989, et les médecins lui implanteront un stimulateur cardiaque.

Malgré l'âge et les troubles cardiaques, qui l'ont conduite de plus en plus fréquemment à l'hôpital vers la fin de sa vie, elle continue à parcourir le monde, aussi bien pour aider les pauvres et les malades du SIDA que pour dénoncer la contraception, le divorce et l'avortement. Attachée aux valeurs les plus traditionnelles de l'Église, mère Teresa assure un jour à un journaliste que si elle avait vécu à l'époque de Galilée, elle aurait donné raison à l'Église contre lui.

Critiquée pour ses prises de positions conservatrices, mère Teresa n'en reste pas moins une « autorité morale », respectée jusqu'à sa mort. Elle annonce son intention de se retirer de la tête des Missionnaires de la Charité en 1990, mais les religieuses convoquées pour lui désigner un successeur la réélisent lors d'un vote secret, avec une seule voix contre : la sienne. Mère Teresa doit renoncer à quitter son poste.

Mère Teresa au Canada

Les Canadiens ont eu droit à 2 visites de mère Teresa au cours des 12 dernières années de sa vie. La première fois, en juin 1986, sa présence avait rassemblé plus de 1500 personnes autour d'une messe fort matinale, célébrée à 6 h 40 à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde de Montréal. La foule s'était encore gonflée après la célébration, au moment de l'allocution prononcée par la religieuse à l'hôtel Reine-Elizabeth.

Des personnalités telles que John Turner, alors chef de l'opposition à Ottawa, Pierre-Marc Johnson, Jean Campeau et Lise Bacon avaient écouté la fondatrice des Missionnaires de la Charité leur demander de s'occuper des pauvres de leur ville. Mère Teresa avait précisé que la faim n'était pas uniquement physique, qu'il existait aussi « une faim du cœur, de la Parole de Dieu, de la solitude et du rejet ». Elle ne s'était pas non plus privée de dénoncer l'avortement devant les Montréalais, et avait préconisé l'adoption comme moyen de l'éviter.

Mère Teresa était aussi passée à Québec afin de prononcer un discours dans le cadre d'un congrès sur le droit international et de recevoir un doctorat honoris causa à l'Université Laval. Lors de son passage, elle avait insisté pour rencontrer des défavorisés. Elle avait ainsi visité sept ou huit organismes œuvrant auprès des plus démunis dans la même journée.

En septembre 1988, mère Teresa avait de nouveau fait escale au pays afin de prêter main-forte au mouvement contre l'avortement, qui tentait de convaincre le gouvernement de Brian Mulroney de présenter un projet de loi en ce sens. Mais sa visite à Ottawa avait été un échec populaire. La Coalition pour la vie anticipait un ralliement de 50 000, voire 100 000 Canadiens sur la colline parlementaire; il n'en était venu que 10 000.

Mère Teresa était par la suite allée à Montréal pour faire entendre son message, reprenant sa croisade contre l'avortement devant environ 2500 personnes, à l'église Saint-Jean-Baptiste. La missionnaire avait une fois encore évoqué l'Évangile sous les applaudissements nourris d'une foule gagnée d'avance à la cause. En entrevue à l'émission Le Point de Radio-Canada, elle avait déclaré que « même l'enfant du viol [avait] le droit de naître ».

Lors des funérailles de mère Teresa, en 1997, Aline Chrétien, épouse du premier ministre, a assisté à la cérémonie à titre de « représentante de tous les Canadiens ».

Des problèmes cardiaques consécutifs à une pneumonie contractée au Mexique la forcent à être hospitalisée en 1991, en Californie. Deux ans plus tard, elle se fracture trois côtes lors d'une chute à Rome, puis divers autres problèmes la ralentissent au cours de l'année.

Les États-Unis la font citoyenne d'honneur en 1996, un an avant que de nouveaux problèmes de santé ne l'affectent. Le 13 mars 1997, elle abandonne ses fonctions à la tête des Missionnaires de la Charité.

Elle s'éteint le 5 septembre 1997, à l'âge de 87 ans, dans sa maison des Missionnaires de la Charité, à Calcutta. Le gouvernement indien lui organise des funérailles officielles, et son corps est enterré dans la maison-mère de l'ordre religieux. Sa tombe devient rapidement un lieu de pèlerinage et de prière.

L'Albanie, qui avait tenté en vain d'obtenir le transfert de sa dépouille à sa mort, a proclamé 2004 « Année mère Teresa », et a fait du 19 octobre, jour prévu de sa béatification, un jour férié en son honneur. Mère Teresa est toujours considérée comme la citoyenne la plus méritante de l'Inde indépendante, devant l'ancien premier ministre Jawaharlal Nehru.