Vladimir Vladimirovitch Poutine


JOURNALISTE
Florence Meney

Novembre 2002

Il a dit :

« Le patriotisme, dans le meilleur sens du mot, doit être l'armature de notre nouvelle idéologie. »

« En dehors des classiques comme Dostoïevski et Tolstoï, j'aime beaucoup Hemingway. Dans ma jeunesse, j'ai lu Saint-Exupéry. [...] Je connaissais presque par cœur Le petit prince. »
- En entrevue avec l'écrivain Marek Halter.

« La concurrence n'est plus du côté militaire mais du côté économique. Il faut reconnaître la réalité, la Russie figure au milieu du peloton des pays les plus développés au monde. Pour ce qui est du potentiel économique, nous sommes quinzièmes. Les perspectives pour la Russie sont très bonnes et nous pouvons envisager l'avenir avec optimisme. »
- En entrevue à l'émission Le Point

 

On a dit de lui :

« Son attitude à l'égard de la démocratie constitue la principale inconnue. Il n'y est pas farouchement hostile, mais il considère que certains concepts démocratiques lui barrent le chemin. »
- Michael McFaul, l'un des membres de la Fondation Carnegie pour la paix internationale

« Rien, chez lui, aucun incident particulier, ne laisse entrevoir le Poutine profond. Il ressemble à un iceberg : nous en voyons le sommet, mais nous ne savons rien de ce qui se trouve sous la surface. »
- Mikhaïl Boïarski, ami et chanteur


Le secret pour nom de famille

Vladimir Poutine est un espion professionnel; certains ont même écrit que l'espionnage est inscrit dans ses gènes. Il entre au KGB un peu comme on entre en religion. Sa carrière dans les services secrets se divisera en deux périodes. Poutine sera d'abord employé dans les services de sécurité de l'État entre 1975 et 1991, pour y revenir plus tard aux plus hauts niveaux. Il y connaîtra, de l'avis de son entourage, un avancement rapide dû en bonne partie à son application au travail, bien qu'il n'ait pas été un espion hors pair. Il accèdera au grade de lieutenant-colonel au sein de l'organisation.

On saura peu de choses sur la véritable nature de ses activités, si ce n'est par recoupements. Voici comment Vladimir Poutine définit lui-même son travail d'agent secret :

« Vous obteniez des informations des sources qui étaient à votre disposition, vous traitiez l'information, la faisiez parvenir aux instances et obteniez votre évaluation ».
(Extrait de « À la première personne » — Discussion avec Vladimir Poutine, 2000)

Pourtant, ses débuts seront modestes. Il connaîtra d'abord un entraînement de plusieurs mois dans une école spécialisée, qui porte de nos jours le nom d'Académie du service extérieur de renseignements.

 

Quand Poutine entre au KGB, il a 23 ans, et Brejnev est au pouvoir.

Il choisira de se marier en partie pour se conformer à la règle du KGB, règle selon laquelle un agent célibataire est trop fragile, trop susceptible aux tentations. Le 28 juillet 1983, le jeune officier du KGB épouse Ludmilla Chkrebneva, une hôtesse de l'air trilingue de la compagnie Aeroflot qu'il a rencontrée au théâtre. Leurs deux filles naîtront en Allemagne.

 

Il cachera cependant pendant 18 mois sa profession à celle qui allait devenir sa femme. Celle-ci le croyait dans la police.

Par la suite pourtant, Vladimir Poutine n'a jamais cherché à dissimuler ou à minimiser ses années au service du KGB. Contrairement à son prédécesseur Boris Eltsine, Poutine ne porte pas de jugement moral sur l'État soviétique et sur les activités de la police secrète.

« Je suis absolument certain de n'avoir jamais rien fait de mal.
J'ai travaillé comme un fou pour les intérêts de ce pays.
 »

 

À 26 ans, il est admis à la première direction principale du KGB, la plus prestigieuse, celle de l'espionnage extérieur. À 31 ans, il est major et entre à l'Académie du renseignement extérieur à Moscou (qui deviendra bientôt l'Institut Andropov). Il y reçoit un nom d'emprunt, celui de camarade Platov.

Poutine sera affecté en République démocratique allemande de 1985 à 1990. Il pourra y observer le fonctionnement du régime communiste allemand. Il assistera aussi à son effondrement. Par ailleurs, il y acquiert une très bonne connaissance de l’allemand, mais n'accomplira pas de grands faits d'armes. Son travail en Allemagne consistera à recruter des agents et analyser des données sur les pays de l'OTAN. Il se spécialisera aussi dans l'espionnage industriel dans les domaines de l'informatique et de l'intelligence artificielle.

 

Le KGB, ou Comité pour la sécurité de l'État

C'est à cette époque une gigantesque machine de répression, disposant de 3000 personnes et de moyens illimités. Au quartier général, plus de 1000 agents sont à l'écoute des téléphones, jour et nuit. Les « guébistes » sont partout, ils infiltrent les réseaux de dissidents.

L'un des grands personnages du KGB et un homme pour lequel Poutine aura un grand respect est Iouri Andropov. En 1967, il est nommé président du KGB, en remplacement de Vladimir E. Semitchasny. Il restera à la tête du KGB durant quinze ans.

Le KGB et tous les mauvais souvenirs qui l'accompagnaient est mort pour renaître en 1992 sous le nom de FSB, sorte de FBI russe. Mais l'agence actuelle a beaucoup perdu de moyens et fait beaucoup moins peur. Des milliers d'employés ont été mis à pied.

De nos jours, un musée offre aux visiteurs la possibilité de jeter un œil sur ce monstre du passé et sur tout l'attirail de l'espion professionnel.

 

Poutine rentre d'Allemagne après la chute du mur de Berlin et commence à enseigner à Leningrad (il sera directeur adjoint de l'Université d'État) tout en demeurant officier de contre-espionnage. Cette couverture lui permet de surveiller les groupes réformateurs qui se sont constitués quelques années plus tôt avec le début de la perestroïka.

En 1991, après le putsch raté des conservateurs contre Michael Gorbatchev en août, il démissionne du KGB. Il veut se refaire une virginité dans ce monde neuf et il entre en politique à la mairie de Leningrad; il devient premier adjoint d’Anatoli Sobtchak, le maire démocrate de la ville, qui fut son professeur de droit et qui demeure son ami. Il le secondera jusqu’à sa défaite électorale en 1996. Poutine est alors appelé à Moscou par Anatoli Tchoubaïs, qui dirige l’administration présidentielle.


Anatoli Tchoubaïs

 

Poutine a déjà la réputation d'un jeune homme sérieux et zélé, respectueux de la hiérarchie. Il semble, d'après tout ce que l'on peut lire à propos de lui, que jamais des questions d'ordre moral ne l'ont effleuré dans ses activités.

 


Comment vit-il la chute de l'empire soviétique ?

Quand l'Union soviétique s'écroule, rien n'indique que Poutine ait éprouvé une nostalgie particulière. Il a pourtant servi de longues années ce système. Rien ne montre non plus qu'il souhaite faire renaître l'URSS de ses cendres. Cependant, il est consterné par le chaos et le marasme économique qui s'installent dans le pays.

Plus tard, il dira : « Les gens portent encore les cicatrices des horreurs des camps de Staline. C'est la vie, il faut respecter leur opinion. Par contre, je crois que si nous prétendons que nous ne pouvons être fiers de rien de ce qui s'est passé durant l'ère soviétique, je pense que nous commettons une grande erreur ».

 

 

Bon officier, fiable en tout, Vladimir Poutine se distingue aussi par sa réputation d'homme probe (il compte parmi les rares hommes de pouvoir à n'avoir jamais été accusé de corruption). Il parle peu et fera aussi très peu de déclarations publiques, ce qui ne changera guère après son accession à la présidence.

 

Après être passé par la direction chargée de gérer le patrimoine du Kremlin (donc de faire l'inventaire de tous les biens appartenant au Kremlin), une mission dont le juriste s'acquitte parfaitement, il entre, en 1997, dans le cercle restreint des proches du président Eltsine. Il sera nommé chef du FSB (anciennement le KGB) en 1998. Poutine s'emploie alors à protéger les hauts dirigeants, les proches du président Eltsine en particulier, éclaboussés par plusieurs scandales. Il fera ainsi limoger le Procureur général Iouri Skouratov, qui menace cet entourage par ses enquêtes, après le coulage d'une bande vidéo montrant le magistrat entre les mains expertes de prostituées. Poutine s'active. Il constitue des dossiers sur la quasi-totalité du personnel politique, tant dans la capitale qu'en région.

Poutine prouve donc assez vite sa loyauté, il sera celui qui protégera la « famille ». Il gagne ainsi la confiance de Boris Eltsine, qui en fera son poulain. En avril 1999, celui que l'on surnomme « l'homme de fer » est nommé secrétaire du Conseil de sécurité puis, en août, il est appelé à diriger le gouvernement à l'issue d'une succession rapide de premiers ministres auprès d'un président malade et despotique. Vladimir Poutine sera en effet le cinquième premier ministre russe en 17 mois.

« Il saura consolider autour de lui ceux qui assureront le renouveau de la Russie du XXIe siècle et cela lui vaudra les suffrages des électeurs à la présidentielle de l’an 2000. »
- Boris Eltsine

Pour la petite histoire, Boris Eltsine raconte dans ses mémoires comment il décida, en 1994, que Poutine serait promis à un avenir radieux. Au cours d'une halte pendant une partie de chasse, un sanglier menaçant était apparu dans une clairière. Deux coups de feu éclatèrent, l'un tiré par Vladimir Poutine, qui avait touché la bête droit au cœur. Boris Eltsine affirme s'être dit : « Moscou a besoin de ce genre d'homme ! ».

 

 
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