Vladimir Vladimirovitch Poutine


JOURNALISTE
Florence Meney

Novembre 2002

Quelques repères historiques :

Avril 2000 : les Russes ratifient le traité Start II sur la réduction des arsenaux nucléaires russe et américain. Start II, signé à Moscou en 1993 et ratifié par le Sénat américain le 26 janvier 1996, prévoit une réduction des deux tiers des arsenaux russe et américain.

Août 2000 : un incendie dans la tour de transmission de Moscou fait trois morts.

Août 2000 : le sous-marin nucléaire Koursk s'abîme en mer de Barents, entraînant dans la mort son équipage.

Décembre 2001 : fin du traité ABM. Ce traité russo-américain, en vigueur depuis une trentaine d'années, limitait le nombre de missiles défensifs.

Mai 2002 : la Fédération russe entre officiellement dans l'OTAN.

Octobre 2002 : un commando tchétchène prend en otage les 700 spectateurs et la troupe d'un théâtre moscovite. Soixante heures plus tard, l'assaut final fera 170 victimes, dont 115 otages.


La présidence de Vladimir Poutine

Quand Eltsine le choisit, Poutine est virtuellement un inconnu hors du cercle des services secrets. Sera-t-il une nouvelle marionnette au service de Boris Eltsine, ce président vieillissant et capricieux qui ne semble pas vouloir lâcher le pouvoir et qui limoge premier ministre après premier ministre ?
Qui est-il ? Son passé d'agent secret prête à toutes les spéculations, on y distingue difficilement le vrai de la fiction. Pourtant, quelques mois plus tard, au moment de l'élection présidentielle, la popularité de cet homme impénétrable atteindra des sommets. On parlera même de « l'effet Poutine ».

 

 

Le programme électoral (sommaire) de Vladimir Poutine

Il s'agit d'un programme électoral teinté de populisme et de patriotisme musclé. Vladimir Poutine, qui a bâti sa popularité sur le conflit en Tchétchénie, prône l'application de la loi pour lutter contre toutes les formes de criminalité qui minent la société russe.

Selon lui, le manque de volonté et l'absence de fermeté ont permis l'éclosion des groupes criminels dans toute la Russie. Poutine présente les succès militaires des troupes fédérales en Tchétchénie comme un exemple de la manière dont l'ordre doit être rétabli en Russie

Lettre ouverte de Vladimir Poutine aux électeurs russes

 

Le 31 décembre 1999, Boris Eltsine, sous les pressions croissantes, démissionne de la présidence, laissant le champ libre à son premier ministre, qui devient d'abord président par intérim. Vladimir Poutine a alors 48 ans. Il sera élu dès le premier tour de la présidentielle en mars 2000.

 

Résultat de l'élection de mars 2000 : 108 millions d'électeurs se sont prononcés. Vladimir Poutine a recueilli 52,2 % des voix. En deuxième place, le candidat communiste Guennadi Ziouganov est maintenu sous la barre des 30 %. Vladimir Poutine voit ainsi confirmée la grande popularité que lui accordaient les sondages d'opinion. Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe estiment que le scrutin a été libre et honnête.

 

On intronisera le président au cours d'une cérémonie marquée par le faste, en mai suivant. C'est en fait la première passation démocratique du pouvoir que connaît la Russie en onze siècles d'histoire. Vladimir Poutine devient ainsi le deuxième président de la Fédération russe.

Vladimir Poutine prête serment
Site des nouvelles de Radio-Canada, 2000

 

Pour l'occasion, la garde présidentielle a revêtu un uniforme impérial qui remonte à Pierre le Grand. Vladimir Vladomirovitch Poutine jure « de respecter et de préserver les droits de l'homme et les droits civiques ». C'est lui qui, pourtant, quelques mois auparavant, avait lancé l'offensive contre la Tchétchénie après les premiers attentats dans la capitale russe et les incursions de combattants tchétchènes au Daghestan.

Nouvelle offensive des forces russes en Tchétchénie
Site des nouvelles de Radio-Canada, mai 2000

 

Les pouvoirs du président russe


Le président de la Fédération est le chef de l’État et le commandant en chef des forces armées. Il détermine les grandes orientations de la politique intérieure et extérieure. La Loi fondamentale le dote de vastes prérogatives.

Il a la haute main sur la nomination du gouvernement. C’est lui qui propose la candidature du premier ministre ainsi que celle des vice-premiers ministres, et qui les révoque. Le président dirige également l’activité des organes de l’exécutif compétents pour les questions de sécurité : ministères de la Défense, des Affaires étrangères, de l’Intérieur, des Situations d’urgence, Service fédéral du renseignement extérieur, Service fédéral de la sécurité (FSB) et Agence fédérale pour les communications et l’information gouvernementales.

Le président a le droit d’initiative législative. Il peut également légiférer par décrets.

Source : La documentation française

 

Premier discours annuel de Vladimir Poutine
Site des nouvelles de Radio-Canada, 2000

Poutine se retrouve donc à la tête d'un pays à l'histoire tourmentée, dont l'économie est à terre. Il consacrera la première année de sa présidence à renforcer son contrôle sur l'assemblage hétéroclite que forme la Fédération de Russie, à redonner au Kremlin une légitimité après des années de déliquescence du pouvoir central.

 

Le jeune président bénéficie donc d'une forte popularité que l'on explique difficilement tant son image est terne et fuyante. Dans un article du magazine Le Figaro publié en 2001, Patrick de Saint-Exupéry avance comme explication que cette absence d'image forte est justement l'atout de l'homme, que regarder Poutine est comme contempler son propre reflet dans un miroir et qu'il peut offrir à chacun le reflet de lui-même.

 

Mais qu'est-ce qui plait chez Vladimir Poutine ?

Peu avant l'élection présidentielle de 2000, un sondage du journal Itogi montrait que les Russes, toutes tendances confondues, admiraient chez l'homme ce qui manquait chez son prédécesseur : la jeunesse, la sobriété, le dynamisme, l'ouverture.

Sa fermeté (un euphémisme) face à la Tchétchénie avant son élection lui a attiré la faveur d'un public frappé par la psychose des attentats.

Deux ans plus tard, malgré les remous, sa popularité semble se maintenir. Bien qu'il n'ait que peu d'expérience politique, Poutine s'est avéré un leader éloquent dans les rencontres internationales.

La popularité durable de Vladimir Poutine tient peut-être en partie à son idéal patriotique. Il offre à ses concitoyens le rêve d'une renaissance de la Grande Russie des tsars, glorieuse, loin de l'humiliation des années de marasme qui ont suivi la chute de l'empire soviétique. Son discours simple, simpliste même, prône les valeurs du pays.

Une chanson populaire chante même les vertus du président russe :
« Et maintenant, je veux un homme comme Poutine », chante d'une voix le groupe Singing Together (chanter ensemble), formé de quatre jeunes femmes russes.

En voici le refrain :
« Un homme comme Poutine, plein d'énergie,
Un homme comme Poutine, qui ne boit pas,
Un homme comme Poutine, qui ne me blessera pas,
Un homme comme Poutine, qui ne me quittera pas »

 

La dérive autoritaire ?

Tant en Russie que sur la scène internationale, les défenseurs des droits de la personne ont vu d'un mauvais œil l'élection de Poutine, apparatchik du KGB, certains ayant payé cher leurs contacts involontaires avec les services secrets de l'ex-Union soviétique. Après tout, cet homme est issu des organes d'oppression qui ont pesé lourd sur l'histoire contemporaine du pays. On craint une dérive autoritaire et, avec le temps, plusieurs indices tendent à valider ces craintes.

Bien qu'il affirme n'être en rien nostalgique du régime communiste, Poutine s'empresse de rétablir l'ancien hymne soviétique et de rendre le drapeau rouge à l'armée, deux gestes hautement symboliques.

Dès son accession à la présidence, Poutine, fort de sa volonté de reconstruire le pouvoir central, s'entoure dans son premier cercle d'une brochette d'anciens du FSB (ex-KGB). Il contrôle la télévision publique pour juguler l'opposition et s'attache à marginaliser les petits partis libéraux. Dans la couverture médiatique du conflit tchétchène, il exercera une censure sans faille.

Le président veut aussi redéfinir les relations entre le pouvoir central et les régions. Pour contrer les velléités d'indépendance ou d'autonomie des régions, mais aussi, de façon plus positive, pour assurer une meilleure cohésion de la Fédération, Poutine a consacré l'un de ses premiers décrets après son investiture à créer sept super-régions dirigées par des hommes qui lui obéiront. Ces sept représentants présidentiels sont chargés de veiller à la conformité des législations locales avec la loi fédérale russe.

Réforme de la Fédération russe
Site des nouvelles de Radio-Canada, 2000

Par ailleurs, Vladimir Poutine se dit favorable à l'allongement de la durée du mandat présidentiel de quatre à sept ans.

Moscou : un député influent renonce à son siège
Site des nouvelles, juillet 2000

Goussinski inculpé
Site des nouvelles, juin 2000

 

« Lorsque nous parlons de renforcer l'État, nous ne voulons pas réduire les libertés démocratiques parce que, sans institutions démocratiques, les droits de la personne, y compris la liberté de faire des affaires, et l'économie de marché ne peuvent pas se développer. »

(En entrevue à l'émission Le Point, 2000)

 

Qu'en disent les observateurs ? Les avis sont partagés, car l'occident a vu d'un bon œil les tentatives de rapprochement du président et ses efforts pour remettre de l'ordre dans les affaires russes. Par contre, ses gestes pour étouffer l'opposition et son attitude inflexible dans le conflit tchétchène inquiètent.

Igor Bunin, politologue et analyste russe, exprime l'opinion suivante au sujet de Vladimir Poutine : « Cet homme ne pense pas en termes de démocratie. Psychologiquement, c'est un technocrate, un pragmatique, un accro du travail, qui n'envisage pas de contrepoids au pouvoir. Il est dans sa nature, et aussi dans la nature de la façon dont il a accédé à la présidence, de tenter de prendre en main tous les leviers du pouvoir, de contrôler tout et tout le monde. »

 

Un aperçu des objectifs politiques
de Vladimir Poutine

L'objectif premier de Poutine est d'assurer une continuité avec le régime soviétique sans toutefois envisager un retour à l'ancien régime. Il prône une tradition de «gossoudarstvennost», de primauté de l'État.

 

Il travaille à la consolidation de ses pouvoirs, une condition nécessaire pour gouverner efficacement dans ce pays fragmenté. Il veut effectuer un laminage de l'opposition. Il s'attachera à l'élimination systématique des figures emblématiques de l'oligarchie russe.

« Les oligarques n'ont pas le droit de dicter les décisions de l'État; ils ont seulement le droit d'exercer une influence par l'intermédiaire des institutions légitimes telles que le Parlement. »

Poutine continue son ménage
Site des nouvelles, janvier 2000

Il est décidé à relancer sous la férule de l'État le processus de réforme économique. Pour y parvenir, il dit vouloir nettoyer le pays de la corruption, de l'emprise de la mafia qui draine l'économie et qui constitue la gangrène de la fonction publique.

Pourtant, on peut se demander jusqu'où va cette volonté : pendant son intérim, Vladimir Poutine a édicté un décret octroyant immunité à vie à son prédécesseur, Boris Eltsine, le protégeant ainsi de toute poursuite, notamment en matière de fraude.

 

Les hommes du président

Poutine a-t-il rompu avec son passé d'agent secret, ce qui pourrait être un indice de ses intentions en matière de démocratie ? Les vieilles habitudes sont difficiles à changer, et on constate qu'au cours des mois qui ont suivi son élection, Vladimir Poutine s'est entouré de quantité d'anciens officiers du KGB, qu'il n'a pas hésité à placer à des postes sensibles. Parmi ceux-ci, Sergueï Ivanov, secrétaire du Conseil de sécurité, Vladimir Ivanov, responsable du personnel au Kremlin, et Viktor Cherkassov, numéro deux du FSB, un homme au passé inquiétant qui a fait la chasse aux dissidents dans les années 80.

 

 
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