JOURNALISTE
Florence Meney

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Quel avenir pour la social-démocratie canadienne ?

Écoutez le reportage de Sans frontières

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les difficultés du NPD et de la gauche canadienne :
le leadership d'Alexa McDonough remis en cause

Malgré la présence d'Alexa McDonough à sa tête (et, diront ses détracteurs, en partie à cause de cela), le Nouveau Parti démocratique du Canada est en perte de vitesse depuis plusieurs années.

Le rêve d'Alexa McDonough de lui redonner de la vigueur semble de plus en plus difficile à concrétiser.

Cette modérée s'en tient à accuser Ottawa de violer ses promesses électorales et de sabrer dans les programmes sociaux. Aux yeux de nombreux militants, elle n'est pas plus efficace que sa prédécesseure, Audrey McLaughlin, dans ses efforts pour remettre le NPD sur la carte politique.


Le NPD vers le centre ?

En 1999, lors d'un grand congrès, Alexa McDonough veut donner une nouvelle orientation à sa formation politique en se rapprochant du milieu des affaires, un peu à l'image du Parti travailliste de Tony Blair, au Royaume-Uni.

La lutte contre la pauvreté et l'écart entre les riches et les pauvres demeure prioritaire, mais le NPD propose d'adopter des politiques tenant davantage compte des besoins des petites et moyennes entreprises du pays.



Pendant la campagne électorale de 2000

C'est en particulier lors des élections fédérales de novembre 2000 qu'ont été mises en évidence les lacunes dans le leadership d'Alexa McDonough. On constate qu'elle a en général mené une campagne sans grande envergure. Ses difficultés à parler français ont sans doute constitué un handicap important, surtout lors du débat des chefs.

Ses positions sur des sujets donnés


Pauvreté : Alexa McDonough tient les libéraux de Jean Chrétien responsables de l'accroissement du nombre d'enfants pauvres au Canada. Selon le rapport rendu public par l'organisme Campagne 2000 pendant la campagne, le nombre d'enfants vivant sous le seuil de la pauvreté s'est accru de 400 000 au Canada depuis 1989, année où la Chambre des communes a voté en faveur de l'élimination de la pauvreté infantile au pays pour l'an 2000.

À l'heure actuelle, 1,34 million de Canadiens de moins de 18 ans, soit un sur cinq, vivent sous le seuil de pauvreté établi par Statistique Canada. Alexa McDonough estime qu'avec les surplus budgétaires dont disposait Ottawa au moment des dernières élections, les libéraux auraient les moyens de s'attaquer au problème, de la même façon qu'ils s'y sont pris pour éliminer le déficit.

« Au lieu de cela, les libéraux ont opté pour des réductions d'impôt générales », déplore la chef du NPD. Elle soutient que seul son parti est en mesure d'obliger les libéraux à se pencher sur les véritables priorités des Canadiens.

Programmes sociaux, santé : Alexa McDonough suggère que le gouvernement fédéral procède à un examen complet des politiques de santé au pays. La chef néo-démocrate continue de marteler que les surplus budgétaires du gouvernement fédéral pourraient être utilisés pour créer un régime d'assurance-médicaments national, un programme de soins à domicile ainsi qu'un fonds national de la petite enfance incluant des services de garderie.

Alexa McDonough dénonce le système de santé américain


Les femmes : Alexa McDonough demande aux femmes de réfléchir sérieusement à la performance du chef libéral Jean Chrétien dans le dossier de la condition féminine. Elle estime que les autres partis n'ont rien à offrir aux femmes dans leur programme.

Aussi : Pendant la campagne, Alexa McDonough s'en prend durement aux positions de Stockwell Day sur l'avortement. Elle accuse le chef allianciste de vouloir s'attaquer au droit à l'avortement.


Par ailleurs, des difficultés persistent au sein de son parti, et aussi dans ses rapports avec les syndicats.

Ainsi, le président des Travailleurs canadiens de l'automobile, Buzz Hargrove, s'est souvent opposé à Alexa McDonough et à l'orientation du parti.

 

 

 

Maladresses en campagne

La chef du Nouveau Parti démocratique, qui a reproché au Parti libéral d'offrir des baisses d'impôt qui profiteront surtout aux plus fortunés, estime que tous ceux qui ont un revenu de 60 000 dollars ou plus sont riches. Des porte-parole du NPD qui accompagnaient Mme McDonough dans sa tournée électorale se sont empressés par la suite de préciser qu'ils ne considéraient pas 60 000 $ comme un revenu élevé.

22-11-2000 : Alexa McDonough compare Stockwell Day à une coquerelle


 

Dans l'embarras : Le 13 novembre 2000, la chef du Nouveau Parti démocratique a été embarrassée lorsqu'une journaliste lui a rappelé que Power Corporation, qu'elle venait juste de dénoncer devant des militants, avait versé une contribution à son parti. Alexa McDonough a répondu qu’elle n’était pas au courant.

Elle a ajouté que la politique de son parti était claire et que le NPD n’acceptait pas de contributions des grandes sociétés. « Nos contributions proviennent essentiellement des gens ordinaires et des organisations démocratiques de travailleurs », a-t-elle affirmé.

Le quotidien torontois The Globe and Mail publiait pourtant, quelques jours plus tôt, des informations sur les contributions de Power Corporation aux partis fédéraux. Selon le quotidien, le NPD aurait reçu une contribution de 3000 $ en 1999, les libéraux auraient reçu 90 000 $ et les conservateurs, 81 000 $. Un porte-parole d'Élections Canada a confirmé ensuite que le NPD avait rapporté une contribution de 3000 $ de Power Corporation en 1999.

 

Soirée électorale, novembre 2000

À Halifax, la chef du Nouveau Parti démocratique, Alexa McDonough, a été la première parmi les chefs des cinq grands partis fédéraux à être réélue (28 novembre).

Par contre, après avoir boudé le Parti libéral en 1997, les provinces de l'Atlantique ont choisi cette fois de redonner leur confiance à l'équipe de Jean Chrétien. Sur 32 circonscriptions, 19 vont aux libéraux, neuf aux conservateurs et quatre aux néo-démocrates. Les libéraux ont gagné sept sièges aux dépens des conservateurs et des néo-démocrates.

 

Au lendemain des élections fédérales de novembre, il est clair que le NPD n'a gardé son statut de parti officiel que de justesse : treize néo-démocrates sont élus (12 sièges sont requis pour avoir droit au statut de parti officiel).

Le NPD avait remporté 21 sièges et obtenu 11 % du vote aux élections fédérales de 1997.

Sur la carte électorale, on ne trouve le NPD que dans des poches régionales. Dans bien des endroits, il est pratiquement absent.

 

Si le NPD était élu

Ottawa investirait davantage dans la santé, en plus de mettre en place des programmes nationaux de soins à domicile et d'assurance-médicaments. L'idée est que le fédéral investisse dans la santé 25 cents pour chaque dollar qu'y consacreront les provinces et les territoires.

Le programme néo-démocrate propose aussi une plus grande vigilance face aux questions environnementales, un régime d'assurance-emploi amélioré et de l'aide pour les entreprises agricoles familiales.

 

Alexa McDonough affirme que même si son parti a perdu des sièges, il est toujours une force politique avec laquelle il faut compter. Elle dit vouloir continuer à se battre pour défendre les dossiers de la santé, de l'éducation et de l'emploi.

Selon la chef du NPD, les 13 néo-démocrates élus pourront continuer à défendre aux Communes les intérêts des Canadiens les plus démunis.

Par ailleurs, Alexa McDonough déclare qu'elle n'a pas l'intention d'abandonner la direction du NPD. Elle rappelle que le NPD est allé chercher quatre circonscriptions en Atlantique, une région où il n'avait qu'un seul siège avant les élections de 1997.



 

Les attentats terroristes aux États-Unis ont donné l'occasion à Alexa McDonough de reprendre un peu du « poil de la bête » et d'affirmer son leadership. Au lendemain des attentats, elle a plaidé pour une réaction mesurée, tout en reconnaissant qu'il fallait une réponse. Mme McDonough a déclaré que cette réponse devait être décidée par la communauté internationale : « Aucun pays ne devrait tenir à la fois les rôles de juge, de jury et d'exécuteur des décisions », a poursuivi la chef du NPD, qui a insisté pour que les civils ne souffrent pas des opérations militaires.

Les Communes condamnent les attaques (17 septembre 2001)

Le 13 octobre 2001 : le NPD s'oppose toujours aux frappes militaires
Le Nouveau Parti démocratique continue de s'opposer aux frappes militaires contre l'Afghanistan. C'est ce qu'a déclaré Alexa McDonough devant quelque 80 délégués réunis pour le Conseil national de son parti à Ottawa. Le NPD est le seul parti à la Chambre des communes qui prône plutôt des négociations diplomatiques menées par l'Organisation des Nations unies dans la lutte contre le terrorisme. Alexa McDonough dit toutefois soutenir les militaires canadiens qui participent à ces missions.


 

Un leadership affaibli pour Alexa McDonough


Sortis affaiblis des dernières élections fédérales, les néo-démocrates fédéraux effectuent une traversée du désert. Ils sont l'objet de critiques de la part de leurs alliés traditionnels, et beaucoup de membres ont mis en doute la qualité du leadership d'Alexa McDonough.

Le NPD cherche désespérément un rôle. La gauche canadienne l'a déserté. Les chefs syndicaux, Buzz Hargrove en tête, trouvent le NPD trop timide. Le parti ne s'est pas encore remis des expériences désastreuses de Bob Rae en Ontario, de Glenn Clark en Colombie-Britannique et de Roy Romanow en Saskatchewan.

Longtemps la conscience du Canada, le grand parti des Tommy Douglas, David Lewis et Ed Broadbent se cherche un créneau quelque part entre la responsabilité fiscale et l'appui aux manifestants antimondialisation.

Tandis que les forces politiques de la droite canadienne tentent de s'unir, certains néo-démocrates veulent former une coalition avec des militants de mouvements sociaux, comme les écologistes et les opposants à la mondialisation.

 

« Il ne s'agit pas de diviser la gauche, mais plutôt de l'unifier. Et le NPD serait au cœur de ce projet. »
Svend Robinson

 

 

 


 

25 novembre 2001 :
Alexa McDonough réélue à la tête du NPD, mais son avenir est alors fragile

Alexa McDonough a été réélue en 2001 avec 84 % des voix lors du congrès de sa formation politique. Réunis à Winnipeg, les 1400 délégués du NPD ont alors renouvelé leur soutien à leur chef et à sa stratégie pour l'avenir du parti.

Lors de ce congrès crucial, les délégués ont également rejeté une résolution qui visait à ancrer le parti plus à gauche sur l'échiquier politique, après avoir adopté une résolution qui appuyait les efforts de la direction du parti visant à renouveler la formation politique sans la saborder.

Dans son discours de clôture, Mme McDonough a souligné la participation exceptionnelle au congrès qui célébrait le quarantième anniversaire du parti. Elle a également tenté de rallier les jeunes et les antimondialistes et s'est engagée à rapidement mettre sur pied un comité de planification électorale.

Les prochaines élections générales sont vitales pour le NPD qui ne compte plus que 13 députés aux Communes et qui n'est crédité, dans les derniers sondages, que de 9 % des intentions de vote.

Ces deux résolutions ont marqué un bon appui pour Alexa McDonough et sont une cinglante défaite pour les responsables et les militants qui souhaitaient le sabordage du NPD et la création d'un nouveau parti. Un certain nombre de délégués n'ont d'ailleurs pas assisté à cette dernière journée du congrès, ce qui laisse présager une véritable cassure au sein du parti.

L'an dernier, le député Svend Robinson et le chef du Syndicat des travailleurs canadiens de l'automobile, Buzz Hargrove, ont mis sur pied un mouvement pour une nouvelle initiative politique, dont l'objectif est de créer un nouveau parti positionné plus à gauche sur l'échiquier politique.

Reportage sur le congrès

 

Une entrevue avec Alexa McDonough (automne 2001)

Ses origines, ses débuts en politique

À propos de la piètre performance du NPD aux dernières élections fédérales,
et la façon de voir l'avenir du parti, la question de son leadership

Sur les difficultés du NPD au Québec

Ce qui a changé depuis le 11 septembre 2001, les défis à relever


 

Janvier 2003 :
Jack Layton succède à Alexa McDonough à la tête du NPD

Finalement, Alexa McDonough a annoncé son départ en juin afin, dit-elle, de permettre un renouvellement du NPD. Il faut dire que le parti se situe actuellement très bas dans les intentions de vote des électeurs, et ce tout particulièrement au Québec.

Jack Layton, conseiller municipal de Toronto, est devenu, en janvier 2003, le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique fédéral.


Alexa McDonough