Jim Jeffords

Un républicain fatigué de la dérive à droite


JOURNALISTE
Florence Meney

« Je suis devenu républicain non pas par naissance, mais à cause des principes fondamentaux que défendaient beaucoup de républicains : la modération, la tolérance, la rigueur budgétaire. »

« De plus en plus, je me trouve en désaccord avec mon parti. »

« Je n'ai pas été élu pour devenir quelqu'un que je ne suis pas. »

« C'est un mauvais orateur, un peu maladroit, mais dans sa tête, il y a un cerveau incroyable ».
Un de ses anciens attachés politiques

Le New York Post l'appelle « Benedict Jeffords ».


En mai 2001, un sénateur expérimenté et tranquille du Vermont fait un geste qui porte le premier coup à la toute nouvelle présidence de George W. Bush : James Jeffords annonçait alors qu'il quittait le Parti républicain pour siéger comme indépendant. Sa défection est perçue comme un désaveu des politiques du chef de la Maison-Blanche.

Avant la décision de Jeffords, le Sénat américain était divisé en deux blocs égaux de 50 sénateurs républicains et 50 sénateurs démocrates.




James Jeffords a 67 ans et est un républicain de longue date.

Il est originaire du Vermont, qu'il représente au Sénat. Auparavant, il a représenté son État à la Chambre (en tout, il représente le Vermont depuis 26 ans). Il a été formé à Yale et à l'école de droit de Harvard.

Ce fils de juge de Cour suprême est un homme aux luttes multiples : il est devenu sénateur du Vermont dans les années 1960 pour défendre les dossiers liés à l'environnement, livrant bataille aux papetières qui déversaient leurs résidus polluants directement dans le lac Champlain.

Plus tard, il se battra contre le nucléaire.

Pendant de nombreuses années,
il refusera tout don de plus de 100 dollars.


Avant l'annonce de son départ du Parti républicain, il présidait la Commission de la santé, de l'éducation, du travail et des retraites.

C'est un homme qu'on connaît finalement assez peu, car il n'a rien fait par le passé pour attirer l'attention des médias. Dédaignant la grandiloquence et les coups d'éclat, Jim Jeffords jouit d'un grand respect parmi ses collègues, et c'est sans doute ce qui donne à son geste autant de poids.

Ceinture noire de taekwondo, c'est un homme plutôt austère et réservé, mais dont les convictions sont souvent inébranlables.

Au fil des années, il se fait remarquer par plusieurs gestes « dissidents » par rapport à son allégeance politique, en votant, par exemple, contre la nomination de Clarence Thomas, juge ultraconservateur, à la Cour suprême.

En 1980, c'est le seul républicain à voter contre les réductions d'impôt du président Ronald Reagan, ce qui lui vaut de perdre certains privilèges (la Maison-Blanche lui retire les billets de visite guidée qui sont habituellement distribués gracieusement aux élus).

À plusieurs reprises au cours de sa carrière de parlementaire, il se démarque de son parti en appuyant des projets démocrates : c'est le cas, par exemple, de la réforme du financement des partis politiques.

En 1999, il se prononce pour l'acquittement du président Bill Clinton, menacé de destitution.

Plus récemment, Jim Jeffords s'est opposé à George W. Bush, notamment en matière d'environnement, de programmes sociaux et d'avortement. Il a aussi voté contre le premier budget de l'administration Bush.


13 décembre 2000

Le démocrate Al Gore reconnaît sa défaite.
George W. Bush succède à Bill Clinton.

 



Sur le plan personnel

Au début des années 1980, il se sépare de sa femme et divorce, mais se remariera avec elle quelques années plus tard.

Son entourage le décrit comme quelqu'un d'économe jusqu'à la pingrerie. Pendant ses premières semaines à Washington, il a choisi, par exemple, de dormir dans sa fourgonnette.

On l'a souvent vu porter des chaussettes non assorties.

Il se voit comme une sorte d'héritier de Teddy Roosevelt et du sénateur du Vermont George Aiken, républicain qui s'éleva contre Joe McCarthy.