JOURNALISTE
Florence Meney



« Nous avons changé la politique en Ontario. Arriver au pouvoir n'est plus une fin en soi, c'est devenu un moyen de servir les citoyens. »

 


 


Le chef libéral Jean Charest a souligné que le premier ministre démissionnaire de l'Ontario aura marqué l'histoire de l'Ontario et du Canada à bien des égards et en particulier au chapitre des politiques économiques.

Le premier ministre Jean Chrétien a réagi en déclarant qu'il avait toujours entretenu de bonnes relations avec M. Harris, en soulignant que les deux avaient en commun d'être originaires de petites villes, loin des grands centres.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, a dit perdre un allié : « On ne s'entendait pas toujours sur tous les points, mais on réussissait à établir un consensus, et je crois que ça aidait pour faire avancer les causes qui nous étaient chères à tous les deux. J'ai beaucoup de respect pour M. Harris. »

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L'impôt sur le revenu des particuliers a été réduit de 20 % pendant les mandats de Mike Harris.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Taux de chômage en Ontario en septembre 2001 : 6,6 % (moyenne nationale : 7,2 %).


 


En bref...

• Né en 1945 à North Bay, en Ontario.
• Marié et père de deux garçons, Mike (16 ans) et Jeffrey (9 ans).
• Député de Nipissing.
• Premier ministre de l'Ontario depuis 1995.

Le 16 octobre 2001, le premier ministre de l'Ontario, Mike Harris, annonce son départ. Il demande au président du Parti conservateur de l'Ontario d'organiser une course au leadership dès que possible et précise qu'il continuera à représenter la circonscription de Nipissing jusqu'à la fin de son mandat. Sa décision, dit-il, est motivée par des raisons personnelles. Mike Harris a révélé récemment qu'il tentait de se réconcilier avec sa femme, Janet, dont il vivait séparé depuis le mois d'août 1999, après 25 ans de mariage.

Ce départ survient alors que la popularité du premier ministre est au plus bas. Les prochaines élections provinciales doivent avoir lieu en 2003.


Notes biographiques

Deuxième fils de Hope et Deane Harris, Mike Harris est né en 1945 à North Bay, dans le Nord ontarien.

Son père exploitait une entreprise de matériel de soudage. À 15 ans, sa famille fit l'acquisition d'un établissement touristique à Callander Bay, sur les rives du lac Nipissing.

Côté études, le jeune Mike Harris ne fait pas preuve d'une grande assiduité. Cet état de choses sera d'ailleurs souligné plus tard par ses adversaires pendant sa première campagne électorale.

Mike Harris préfère les joies du plein air aux livres. Adolescent, il travaille pour son père comme guide, menant les touristes aux meilleurs endroits pour la pêche. C'est un adepte de golf.

Mike Harris se lance en politique sous la bannière conservatrice. Il deviendra député de Nipissing, puis ministre des Ressources naturelles et de l'Énergie en 1985, avant de devenir, en mai 1990, leader du Parti conservateur de l'Ontario.

En 1990, son parti arrive troisième aux élections provinciales, derrière le NPD et le Parti libéral.

Il lui faudra cinq ans pour redonner grandeur à un parti dont la déchéance avait été profonde, après des années d'hégémonie.


La révolution du bon sens

Lorsque Mike Harris aborde la campagne de 1995, le gouvernement néo-démocrate de Bob Rae est très impopulaire. Alors qu'au départ la presque totalité des observateurs prévoyaient la victoire des libéraux, les conservateurs réussissent à s'imposer avec un programme politique radical, axé sur la crise des finances publiques.

Bob Rae

Le 8 juin 1995, Mike Harris remporte les élections et devient le 22e premier ministre de l’Ontario. Les conservateurs de Mike Harris ont obtenu 82 sièges sur 130, reléguant les néo-démocrates sortants du premier ministre Bob Rae au 3e rang avec 17 sièges.


La plate-forme électorale qui a assuré l'élection des conservateurs ontariens en 1995 : la réforme de l'aide sociale, les réductions d'impôt et les compressions dans les dépenses, une approche aux antipodes de celle des néo-démocrates de Bob Rae.

 

Le nouveau gouvernement publie rapidement La révolution du bon sens, un document dans lequel on sent l'influence des valeurs de la nouvelle droite américaine et de la réforme Klein en Alberta. Les intentions du gouvernement Harris sont réaffirmées le 27 septembre dans un discours du Trône, dont la lecture à Queen's Park donne lieu à une manifestation houleuse. On y fait, entre autres, référence à la nécessité d'un réaménagement massif du secteur de la santé.

On y note également une première au Canada : l'obligation du travail communautaire ou du recyclage professionnel pour les prestataires d'aide sociale monoparentaux, une mesure qui sera décriée.

Le discours annonce l'abolition de la loi sur l'équité en matière d'emploi, de même que des changements majeurs aux législations relatives à la planification urbaine et aux relations de travail. Dès le 4 octobre, on dépose le projet de loi 7 « pour rétablir l'équilibre et la stabilité dans les relations de travail ainsi que la prospérité économique ». Ce projet de loi va plus loin que ce qui était attendu dans ce domaine. On veut annuler les dispositions de la loi 40 sur les briseurs de grève, rendre plus facile la privatisation des services publics et plus difficile l'accréditation des syndicats.


Sur le plan stratégique, le gouvernement Harris a été manifestement influencé par l'expérience Klein en Alberta, en particulier en ce qui concerne la rapidité à procéder aux changements annoncés et la relation politique directe que le premier ministre entend établir avec la population. Le projet ontarien de réduction d'impôt est l'un des principaux éléments qui distinguent la réforme Harris de son homologue albertain.
(observations de l'ENAP- 1995)


Les réformes du gouvernement Harris se heurtent rapidement aux mouvements syndicaux et à ceux qui défendent les moins nantis. Les manifestations se succèdent devant Queen's Park, la législature ontarienne, parfois dans la violence.

Cependant, plusieurs aspects de la politique conservatrice plaisent aux Ontariens à cette époque, à commencer par les importantes baisses d' impôt sur le revenu.


Un contexte économique favorable

La croissance économique indéniable durant cette période donne des munitions à Mike Harris pour poursuivre ses réformes, dont l'objectif est de réduire la taille du gouvernement et de privatiser certains services.

Lors de la campagne électorale de 1999, de nombreux électeurs soulignent que le premier ministre a rempli les promesses faites quatre ans plus tôt, ce qui est plutôt rare au sein de la classe politique.

Mais tous les Ontariens ne chantent pas les louanges du gouvernement et de ses baisses d'impôt. Pour offrir ces baisses, le gouvernement a dû mettre la hache dans les budgets de la santé et de l'éducation, faisant souffrir les écoles et les hôpitaux, dénoncent les syndicats.

La province s'est également débarrassée de certaines dépenses en transférant des responsabilités aux gouvernements municipaux, sans toutefois leur offrir un financement adéquat, souligne l'Association des contribuables canadiens. Les municipalités sont dorénavant responsables des services sociaux, des ambulances et de 85 % du réseau routier.


Nouvelle victoire :
Mike Harris est réélu sans peine en juin 1999

Les conservateurs obtiennent 59 sièges, les libéraux, 35, et les néo-démocrates, 9. Les conservateurs forment donc, pour une deuxième fois de suite, un gouvernement majoritaire, du jamais vu en Ontario depuis les années 1960.

Après la victoire, le chef conservateur s'engage à concrétiser toutes ses promesses, en particulier celle de la baisse des impôts sur le revenu.

Le deuxième mandat de Mike Harris se déroulera un peu plus calmement que le premier quant aux affrontements avec les syndicats et les groupes communautaires. Par contre, ces années seront marquées par plusieurs scandales, dont un qui entachera l'équipe du premier ministre, et Mike Harris lui-même : celui de l'eau contaminée de la communauté de Walkerton.

Au fil des mois, les conservateurs, Mike Harris en tête, perdront du terrain, comme en témoignent plusieurs sondages. Autre signe d'insatisfaction de l'électorat : les conservateurs perdront trois sièges lors d'élections complémentaires.


Retour en arrière
Le 7 septembre 2000, Mike Harris dresse un bilan

Le premier ministre de l'Ontario a fait un bilan des réussites de son gouvernement au terme de la première journée d'une retraite fermée de son caucus, à Haliburton, au nord-est du lac Simcoe. Mike Harris dit que le gouvernement conservateur, après avoir été révolutionnaire, doit maintenant être visionnaire pour maintenir le cap sur la prospérité économique. Il a expliqué que ses troupes veulent planifier l'avenir de l'économie ontarienne et des programmes de la petite enfance. Au cours des prochains mois, un autre défi attend le gouvernement : détourner l'attention des enquêtes sur le drame de l'eau contaminée, à Walkerton. (extrait du site des nouvelles de Radio-Canada)

 

Récemment, à la suite des attentats du 11 septembre 2001 et de leurs conséquences sur l'économie, Mike Harris a indiqué qu'il accélérerait les réductions d'impôt des particuliers et des entreprises, dans le but de contrer la récession. Dans un discours télévisé aux Ontariens, Mike Harris a précisé qu'une partie des diminutions d'impôt serait en vigueur dès maintenant.


Quelques dossiers chauds
pendant les mandats de Mike Harris


L'environnement

Les groupes environnementaux se sont toujours plaints du manque de place que le gouvernement Harris accordait aux questions environnementales. On l'a accusé (non sans fondement) de sabrer dans les programmes de protection de l'environnement et de déréglementer pour favoriser l'entreprise privée.

Octobre 1999 - Déchets toxiques : le gouvernement Harris montré du doigt

Août 2000 - La pollution en Ontario affaiblit le Canada


La tragédie de Walkerton

27 août 2001 - Le coroner dépose son rapport préliminaire

Une vigilance rigoureuse et des règles claires et coercitives sur la sécurité en matière d'eau potable devront remplacer le « climat de confiance » naïf qui régnait avant la pire tragédie liée à la bactérie E. coli que le Canada ait connue. C'est la conclusion à laquelle en est venu le coroner en chef de l'Ontario.

La contamination du réseau d'aqueduc de Walkerton, en mai 2000, a fait sept morts et des centaines de malades. La remise du mémoire du coroner marque la fin de la première phase de l'enquête, qui se poursuit par un examen plus large de la sécurité de l'eau potable en Ontario.


Les services en français, le dossier de l'hôpital Montfort

L'Hôpital Montfort : l'Association canadienne française de l'Ontario soutient que le gouvernement Harris n'a pas respecté la loi 8 sur les services en français quand il a changé la vocation de l'hôpital universitaire francophone Montfort. La cause a été entendue par les tribunaux, et l'Association a eu gain de cause.

Notre dossier sur la tragédie

17 mai 2001 - La cause de l'Hôpital Montfort en cour d'appel


Le dossier d'Ipperwash

En 1995, lors d'affrontements entre un groupe d'autochtones et la police provinciale au parc Ipperwash, un jeune autochtone, Dudley George, est abattu. La famille accuse le premier ministre d'avoir ordonné à la police de recourir à la force pour disperser les manifestants.

De son côté, Mike Harris insiste pour dire que sa rencontre avec la police provinciale avant le drame n'avait rien d'exceptionnel, qu'elle avait été organisée pour discuter de l'intention du gouvernement de demander une injonction à la cour pour mettre fin à l'occupation illégale du parc.


Conclusion

Traçant le bilan de ses années au pouvoir, le premier ministre s'est dit fier des réalisations de son gouvernement, citant notamment les réductions d'impôt, l'assainissement des finances publiques, les réformes de l'éducation et du système d'aide sociale de l'Ontario. Pourtant, les derniers sondages montrent une nette baisse de popularité du gouvernement conservateur à la suite du scandale de l'eau contaminée de Walkerton et des compressions dans les secteurs de l'éducation et de la santé.

Au cours des derniers mois, les conservateurs de Mike Harris ont cherché à se réinventer; ils étaient à la recherche d'une nouvelle vision, près de sept ans après La révolution du bon sens. C'est dans ce contexte que Mike Harris a annoncé son départ, disant avoir perdu le feu sacré et vouloir se tourner vers des occupations familiales.

Son successeur aura à relever le défi de renouveler le message du parti pour lui donner un nouveau souffle.


La succession

Plusieurs ministres actuels du gouvernement ontarien sont des candidats potentiels à la succession. Parmi ceux-ci, on peut mentionner le ministre des Finances, Jim Flaherty , ainsi que le ministre de la Santé, Tony Clement, la ministre de l'Environnement, Elizabeth Witmer, dans le camp des modérés, de même que la ministre de l'Éducation, Janet Ecker. Un autre candidat potentiel est Chris Hodgson, des Affaires municipales, qui serait le protégé de Mike Harris. Un dernier, Chris Stockwell, au ministère du Travail, est l'enfant terrible de l'Assemblée législative.

 


Mike Harris
La révolution du bon sens