Stockwell Day
Le rêve inachevé d'unification de la droite


JOURNALISTE
Florence Meney

 

« C'est le même parti, on a changé de nom, de chef, les idées sont plus que jamais à droite, cela va nous donner l'occasion de débattre des vraies valeurs canadiennes... »
Alfonso Gagliano, ministre libéral

« M. Day personnifie le changement mais, en fait, il veut ramener les vieilles valeurs. Ce qu'on doit viser, c'est un meilleur agencement de la relation provinciale-fédérale. Les gens de droite dans mon parti sont partis; tant mieux s'ils sont à l'aise. Écoutez, il masque ses idées, il a dit que les Juifs viennent du diable. »
Pierre-Claude Nolin, député conservateur


L'apprentissage de la politique

En 1978, dans la petite communauté de Bentley, en Alberta, Stockwell Day fonde une école qui adhère au principe d'une lecture stricte des écritures religieuses.

Ses efforts pour faire reconnaître son école par le gouvernement se soldent par un échec, et c'est alors qu'il décide de se lancer en politique. Il a 36 ans.

En 1986, Stockwell Day est élu député provincial de la circonscription de Red Deer, en Alberta, sous la bannière conservatrice.

Il se fait vite remarquer par son esprit et ses talents d'orateur, et le premier ministre de la province, Ralph Klein, l'intègre rapidement à son cabinet.

Il occupera au fil des années plusieurs fonctions dans les gouvernements successifs de Ralph Klein à titre de whip en chef, ministre du Travail, ministre des Services sociaux, ministre responsable du Trésor, ministre des Finances et bras droit du premier ministre.

C'est lui qui, le premier, instaure le taux d'imposition unique pour tous les contribuables, un concept qui a depuis fait couler beaucoup d'encre.

Tout comme le premier ministre Ralph Klein, Stockwell Day récolte les bénéfices d'une économie florissante en Alberta, ce qui lui permet en particulier d'assainir les finances publiques sans avoir à imposer de mesures d'austérité draconiennes aux Albertains. Sur le site de l'Alliance canadienne, Stockwell Day dresse son propre bilan de son passage au gouvernement albertain. À l'en croire, il a réussi à diminuer de 40 % le budget du ministère du Travail, il a « réformé le régime d'aide sociale de l'Alberta, pour permettre à des milliers d'assistés sociaux de retourner sur le marché du travail », etc. Mais, au-delà de ses gestes en matière économique et fiscale, ce sont les croisades morales de Stockwell Day qui le font se démarquer et qui lui gagnent du capital politique auprès des électeurs des régions rurales de l'Alberta.

En tant que ministre au sein du gouvernement de Ralph Klein, Stockwell Day ordonne à ses fonctionnaires de ne plus confier la garde d'enfants à des familles d'accueil gaies ou lesbiennes.

À cette époque, il exprime haut et fort son opposition à la promotion des droits des homosexuels, son désir d'un retour aux valeurs familiales traditionnelles, son opposition à l'avortement. Il prône aussi le rétablissement de la peine de mort, réclame un système de justice plus dur à l'égard des criminels.

Stockwell Day devient ainsi la nouvelle incarnation de la droite canadienne, une droite rajeunie et musclée, mais qui véhicule fondamentalement les idées les plus traditionnelles. Son relatif bilinguisme lui confère une envergure nationale, ce qui correspond à ses ambitions.

De par ses apparitions médiatiques à l'américaine, toujours au cœur de quelque action sportive ou distrayante, Day devient l'enfant chéri des médias, en mal d'originalité et de personnages hauts en couleur.




L'affrontement avec Preston Manning

En 1996, il préside un congrès où se discutent les grandes orientations d'une droite unifiée. L'idée directrice du chef du Parti réformiste, Preston Manning, est de créer un grand mouvement rassembleur des forces de droite qui transcenderait les courants régionalistes (comme le Parti réformiste lui-même) et se présenterait comme une solution de rechange crédible aux yeux des Canadiens de toutes les provinces, y compris l'Ontario. L'idée initiale était d'y englober le Parti progressiste-conservateur. C'est cette vision qui verra la création de l'Alliance canadienne, et la disparition du Parti réformiste.

En juin 2000, 60,5 % des réformistes qui participent au référendum sur la création de l'Alternative unie, nouveau parti politique ayant pour but de rallier les forces de la droite, appuient l'initiative de leur chef, Preston Manning. Certains grands noms conservateurs, comme le premier ministre Ralph Klein, d'Alberta, et l'ancien premier ministre de la Saskatchewan, Grant Devine, appuient le projet. Le chef du Parti conservateur, Joe Clark, décline cependant l'invitation de Preston Manning, fermant ainsi la porte à toute union entre les deux partis.

Le 8 juillet 2000, Alliance canadienne : le combat des chefs


Preston Manning a fondé le Parti réformiste il y a 13 ans.

Stockwell Day veut prendre la direction
du nouveau mouvement et déloger
Preston Manning. Malgré les appuis
qu'il récolte, cette lutte n'est pas
sans obstacles.

 

 

 

Pendant la course au leadership, le personnage de Stockwell Day attire les critiques, dont celles de l'Ontarien Tom Long. Il met en garde la droite canadienne : les positions radicales de Stockwell Day sur certaines questions d'ordre moral seraient un repoussoir pour l'électorat canadien.

 

Le 8 juillet 2000, Stockwell Day remporte la lutte qui l'opposait à Preston Manning dans la course à la direction de l’Alliance canadienne. Manning, qui a sacrifié le parti qu’il avait fondé il y a une dizaine d’années, le Parti réformiste, aura donc perdu son pari. Toutefois, lors d'un discours suivant l'annonce de sa défaite, il invite tous les partisans de l'Alliance à se regrouper derrière le nouveau chef.

La dernière partie de la campagne a été marquée par des accusations du camp Manning envers le camp adverse, qui aurait intimidé des députés qui n'appuyaient pas leur candidat. Un des supporteurs de Stockwell Day décrit comme un individu d’extrême droite aurait notamment envoyé au député de Calgary-Centre, qui soutenait Preston Manning, une lettre évoquant la possibilité de représailles s’il poursuivait ses critiques publiques contre M. Day.

La bataille pour le leadership de l'Alliance aura été âpre et laissera un goût amer parmi les opposants de Stockwell Day. Certains ne lui pardonneront jamais d'avoir « usurpé » la place de chef.

22 mars 2001 : Preston Manning quitte la vie politique