Stockwell Day
Le rêve inachevé d'unification de la droite


JOURNALISTE
Florence Meney

 

 

 

 

10 novembre 2000 - Débat des chefs : Chrétien estime s'en être bien tiré.

11 novembre 2000 - Jean Chrétien accuse Stockwell Day de vouloir donner plus de pouvoir aux provinces.

Les discours des chefs sur notre site

 

 

 

Stephan Bureau rencontre Stockwell Day (10 novembre 2000)


Grandeurs et misères — avant les élections

En septembre 2000, après avoir remporté 70 % des voix aux élections partielles de la circonscription d'Okanagan-Coquihalla, Stockwell Day fait son entrée à la Chambre des communes à titre de chef de l'opposition officielle. Très rapidement, après l'élection de Stockwell Day à la tête de l'Alliance, des élections fédérales sont déclenchées. Le nouveau chef de l'Alliance dispose de peu de temps pour s'organiser et pour mobiliser ses troupes. Cependant, il dit espérer récolter entre 15 et 20 sièges.

On apprend bientôt que le chef de l'Alliance canadienne fait l'objet d'une poursuite en diffamation intentée par Lorne Goddard, avocat de Red Deer, en Alberta. Maître Goddard reproche à M. Day des critiques faites en avril 1999 au sujet de sa défense d'un pédophile reconnu coupable. Dans une lettre publiée par le journal Red Deer Advocate, M. Day laissait entendre qu'un lien pouvait exister entre les arguments présentés au tribunal par Maître Goddard et son point de vue personnel sur l'acceptabilité de la pornographie juvénile.

À cette époque, Stockwell Day était ministre des Finances de l'Alberta et député de Red Deer-Nord. On apprend que cette poursuite a coûté près 800 000 dollars aux contribuables albertains.

Pendant la campagne électorale, Stockwell Day se démarque en annonçant qu'il ne fera pas campagne le dimanche, journée qu'il compte dédier à sa famille. Le chef des alliancistes veut se présenter comme le candidat du changement. Son parti compte réduire massivement les impôts des Canadiens tout en s'attaquant en même temps à la dette. Stockwell Day accuse le gouvernement Chrétien d'avoir relancé le cycle des dépenses et parle de ramener la démocratie au Parlement.

Très vite, ses positions sur certains sujets comme l'avortement et l'homosexualité reviennent le hanter. Il fait l'objet de critiques de la part de ses adversaires et dans les médias. Le 5 octobre, alors qu'il s'apprête à dévoiler son programme électoral (A Time for Change), un manifestant l'asperge de lait au chocolat. « J'aurais bien besoin d'une combinaison de plongée », plaisante Day. Mais c'est aussi le début d'incohérences qui lui seront difficilement pardonnées : son parti abandonne maintenant l'idée d'un seul pallier de taxation pour tous les Canadiens.

Plus tard, il connaît des ratés dans ses discours en tentant de séduire par son style imagé, par exemple lorsqu'il attaque Chrétien sur la question de l'exode des cerveaux, devant les chutes du Niagara, tout en oubliant que l'eau des chutes se dirige vers le nord... Des cahiers de l'Alliance révèlent que le parti serait prêt à tenir des référendums sur certaines questions délicates telles que l'avortement, si au moins 3 % des électeurs signaient une pétition en ce sens.

C'est l'occasion pour la satire politique de se payer la tête du chef de l'Alliance. La série télévisée de CBC This Hour Has 22 Minutes lance sa propre pétition visant à faire changer le prénom de Stockwell Day en... Doris ! Plus d'un million de personnes ont signé la pétition sur le site Internet de l'émission.

Surviennent ensuite les deux débats des chefs, l'un en français, l'autre en anglais. Pour Stockwell Day, ce doit être l'occasion de prouver à ses détracteurs qu'il est un homme de substance. Pourtant, les débats sont décevants : en français, Day est mal à l'aise. En anglais, il ne marque pas de points, se contentant de demeurer effacé.

À l'écart pendant de nombreux échanges, le chef de l'Alliance canadienne, Stockwell Day, a reconnu qu'il n'était pas aussi à l'aise que MM. Duceppe et Chrétien en français et qu'il avait eu de la difficulté à s'imposer dans les débats. « Je ne dis pas que je suis un parfait bilingue », a-t-il reconnu.

M. Day a expliqué qu'il ne voulait pas se mêler des échanges qui ont pris un ton agressif entre MM. Duceppe et Chrétien. Sa stratégie, c'est de montrer qu'il peut offrir une « paix constitutionnelle et la prospérité économique aux Québécois ». Il essuie aussi des attaques de Jean Chrétien.

Pendant le débat, le chef libéral s'en est pris particulièrement à Stockwell Day, lui reprochant de cacher ses véritables intentions politiques. Selon M. Chrétien, le chef allianciste tient deux discours : l'un public et l'autre, caché, très à droite. Jean Chrétien a même déclaré qu'il préférait l'ancien chef du Parti réformiste, Preston Manning, qui, selon lui, donnait au moins l'heure juste sur son programme.