Stockwell Day
Le rêve inachevé d'unification de la droite


JOURNALISTE
Florence Meney

 

 

 

 

 

 

 

 

28 novembre 2000 - Stockwell Day : la prochaine campagne est déjà commencée

9 juillet 2001 - Stockwell Day s'accroche après avoir proposé de partir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un malheur ne vient jamais seul...

L'Alliance canadienne, qui en a déjà plein les bras avec la question du leadership de Stockwell Day, éprouve aussi des difficultés financières.

Le parti reconnaît que sa dette dépasse le million de dollars, sans vouloir donner de chiffre exact. Une source provenant du parti parle même d'une dette de plus de trois millions.

Il faut ajouter à cela que le nombre de membres a dramatiquement chuté depuis les dernières élections. Ils sont environ 140 000 au printemps 2001, deux fois moins qu'un an auparavant.


Grandeurs et misères — après les élections

Le 23 novembre, les libéraux sont victorieux et forment un gouvernement majoritaire, emportant 172 des 301 sièges aux Communes. L'Alliance conserve son statut d'opposition officielle, avec 66 sièges, mais fait peu de gains, et aucun en Ontario, une province déterminante pour le parti.

Résultats des élections de 2000
Parti Élu % 
Parti Lib„ral 173 40,78
Alliance Canadienne 66 25,50
Bloc Qu„b„cois 37 10,68
N„o D„mocrate 13 8,53
Parti Conservateur 12 12,21
Autres partis 0 2,29

 Commentant le résultat des élections, Stockwell Day a reconnu que le premier ministre Jean Chrétien avait mené une meilleure campagne que son propre parti, particulièrement, dit-il, en déclenchant des élections avant que les Canadiens n'aient eu la chance d'apprendre à connaître le chef de l'Alliance.

Stockwell Day admet aussi que l'Alliance a fait face à plusieurs pépins au cours de la campagne. Il accuse les libéraux d'avoir mené une campagne de peur contre lui. Bien que l'Alliance ait échoué dans sa tentative de s'implanter en Ontario, Stockwell Day fait ressortir que l'appui à son parti s'est accru, le candidat de l'Alliance finissant deuxième dans 80 circonscriptions ontariennes. Selon lui, à l'exception du Parti libéral victorieux, l'Alliance est le seul parti à avoir augmenté à la fois sa part du vote populaire et le nombre de ses députés aux Communes. Mais la révolte gronde dans les rangs alliancistes. Les dissidents se font entendre de plus en plus clairement et ouvertement. En avril, Day nie avoir engagé un « espion » pour surveiller les libéraux, dont Jean Chrétien. Il gère mal cette question révélée dans The Globe and Mail, changeant sa version des faits en cours de route et entachant ainsi sa crédibilité déjà fragilisée.

Le 24 avril 2001, un vent de mutinerie souffle au sein de l'Alliance. Des éléments-clés du caucus — Deborah Grey et le whip en chambre Chuck Strahl — rendent leur tablier, indiquant qu'ils ne peuvent continuer à suivre ce leader.

La liste des dissidents s'allonge au fil des semaines : Val Meredith, Jay Hill, Jim Pankiw, Jim Gouk et Grant McNally, après Art Hanger et Gary Lunn, suspendus du caucus pour avoir critiqué leur chef.

Été 2001, selon un sondage Environics, plus de 70 % des Canadiens croient Stockwell Day incapable de rétablir sa crédibilité en tant que chef de l'Alliance canadienne. Près de la moitié des sympathisants alliancistes pensent la même chose.

Le chef allianciste ne récolte plus que 13 % de l'appui des Canadiens, comparativement à 52 % à son arrivée. Chez les électeurs de l'Alliance, il est moins populaire que la leader du Nouveau Parti démocratique, Alexa McDonough, et que le dirigeant conservateur, Joe Clark. L'enquête a été réalisée auprès de 1970 Canadiens, entre le 20 juin et le 10 juillet 2001.

Un autre irritant pour la formation : le 9 juillet, Stockwell Day se livre à une valse-hésitation, laissant d'abord entendre qu'il est prêt à partir, puis se rétractant.

Finalement, après beaucoup de résistance, de tergiversations, devant l'éclatement de sa formation, un an après sa nomination au leadership, le chef de l'Alliance canadienne propose la tenue d'une course au leadership en 2002, pour résoudre la crise dans laquelle est plongé son parti.

Le caucus de l'Alliance, réuni à Calgary, a approuvé à l'unanimité la proposition de Stockwell Day, qui n'a pas précisé alors s'il sera candidat.

La constitution du parti stipule que ce congrès devrait se tenir au plus tôt à la mi-octobre et au plus tard dans un an. Stockwell Day a indiqué qu'il démissionnerait dès le déclenchement de la campagne, soit 90 jours avant la tenue du vote.

En même temps, le schisme s'officialise. Le groupe de députés dissidents de l'Alliance canadienne a décidé de former un nouveau caucus parlementaire. Chuck Strahl sera le leader parlementaire du groupe et Deborah Grey, la présidente.

Le groupe, qui porte le nom de Représentants démocrates, réclamera le budget et le droit de parole prévus pour un parti officiel à la Chambre des communes.

Chuck Strahl a précisé que le groupe tenait à conserver ses liens avec l'Alliance canadienne et qu'il continuerait à mettre de l'avant les idées et les politiques qui ont présidé à la fondation de l'Alliance canadienne. Il ajoute que, quand la crise du leadership sera résolue au sein de l'Alliance, la collaboration pourra peut-être reprendre entre les deux groupes.

Le phénomène Stockwell Day laisse plus d'un observateur sceptique, intrigué : comment cet homme, au bagage politique finalement plutôt mince et au programme plus ou moins clair, a-t-il pu émerger de façon aussi fulgurante en politique nationale, devenant même pendant les quelques mois qui ont précédé les élections fédérales de novembre 2000 l'aspirant le plus crédible au poste de premier ministre du Canada ? Comment cet homme a-t-il pu détrôner le fondateur du Parti réformiste pour incarner aux yeux de beaucoup le renouveau d'une droite unie ?

Puis, comment, à peine quelque mois plus tard, ce nouveau prodige de la politique a-t-il pu tomber si bas, sa crédibilité rongée par les attaques, les dissensions internes et le relent de scandale ? Il aura fallu moins d'un an pour suivre cette trajectoire, digne d'une étoile filante au firmament de la politique canadienne. Stockwell Day est-il le plus pur produit de l'engouement sans lendemain des médias pour la politique-spectacle ? Ou bien ses efforts ont-ils été minés par certains de ses ennemis politiques, ceux-là même qu'il a su évincer lors de la course au leadership de l'Alliance ?

Quel avenir pour l'Alliance canadienne
et Stockwell Day ?

À la suite de tous ces rebondissements, le premier ministre de l'Alberta, Ralph Klein, s'est dit inquiet pour l'avenir de l'Alliance canadienne. Il craint que les déchirements à l'intérieur du parti ne viennent compromettre les chances du mouvement de la droite conservatrice de renverser un jour le gouvernement libéral. Il n'est pas le seul à partager cette opinion.

Dans un éditorial au quotidien La Presse, le professeur de sociologie Claude Denis, de l'Université de l'Alberta, explique cependant que tout n'est peut-être pas perdu pour Stockwell Day. Les difficultés du leader allianciste renversent le rapport de force entre l'Alliance et le Parti conservateur en vue d'une possible unification de la droite, mais peu de candidats à la succession se présentent pour mettre Stockwell Day en échec. Le nom de Stephen Harper circule, et celui-ci participe à la course au leadership, mais cet ancien député réformiste semble à peine mieux placé que Day pour dialoguer avec les troupes conservatrices.

Et, en fin de compte, cette débandade des forces de la droite canadienne constitue une source de liesse... pour les libéraux de Jean Chrétien, encore confortés dans leur position.

 

Le 11 décembre 2001, Stockwell Day part... pour mieux revenir

Le chef de l'Alliance canadienne, Stockwell Day, a annoncé qu'il quittait son poste afin de lancer la course au leadership du parti. La course des alliancistes aura lieu à la fin de l'hiver. Bien qu'il ne l'ait pas encore annoncé, il semble que M.Day soit fortement intéressé à soumettre sa candidature pour reconquérir son leadership. Jusqu'à maintenant, seul l'ancien député du Reform Party, Stephen Harper, a confirmé sa candidature à la direction de l'Alliance canadienne.

Les premiers résultats du vote des membres de l'Alliance canadienne seront connus le 2O mars et le congrès du parti se tiendra le 4 avril, à Edmonton. Rappelons que c'est Stockwell Day lui-même qui a annoncé le lancement de cette course au leadership, après les dissensions internes des derniers mois au sein de son parti.

7 janvier 2002

Stockwell Day a annoncé qu'il allait tenter de se succéder à lui-même comme chef de l'Alliance canadienne. Stockwell Day a reçu un coup de pouce de sept membres de l'exécutif des jeunes conservateurs du Québec, qui ont décidé de se joindre à lui. Les sept démissionnaires affirment que le parti conservateur ne les a pas suffisamment écoutés, alors que Stockwell Day comprend mieux les aspirations des jeunes Québécois, notamment en matière constitutionnelle. En jouant la carte du Québec, M. Day souhaite ainsi démontrer qu'il est le seul candidat d'envergure nationale.

Le leader adjoint de l'Alliance canadienne à la Chambre des communes, Grant Hill, la députée de Calgary, Diane Ablonczy, et le président de la Coalition nationale des citoyens et ex-député réformiste, Stephen Harper sont les autres principaux candidats.