ROMÉO DALLAIRE

Un général dans la tourmente rwandaise

Accueil

Sa carrière

La mission au Rwanda

Hyperliens



JOURNALISTE
Sophie-Hélène Lebeuf

On a dit de lui:

«S'il est un être humain qui a fait preuve d'une conduite exemplaire dans toute cette affaire, c'est bien le général Dallaire.»
- Stephen Lewis, membre de la commission internationale chargée d'enquêter sur la tragédie du Rwanda

Il a dit:

«Depuis 1990, on savait qu'il se commettait des massacres dans certaines régions. Moi, j'arrive le 22 octobre 1993. La veille, le 21, un coup d'État a eu lieu au Burundi. Dans les 10 jours, 300 000 réfugiés burundais inondent le Rwanda. Les rivières charrient 50 000 morts.»
- La Presse, 17 septembre 2000

 

«Les médias? Mais la patineuse Tonya Harding a fait plus de gros titres en Amérique que les massacres du Rwanda!»
- Le Devoir, 13 décembre 2003

 


«L'ONU était sous le joug des États-Unis et de la France qui, pour des raisons diverses, ont tout fait pour torpiller ma mission et ont fini par aider les auteurs du génocide.»
- Le Devoir, 13 décembre 2003

 


«Nous n'étions que deux Canadiens à Kigali. Moi et mon chef de cabinet, le major Beardsley, qui a attrapé un microbe et qui a failli mourir en essayant de sauver des vies sur le terrain. Je n'avais personne à qui me raccrocher. C'est là que j'ai senti et su qu'il existait quelque chose d'autre. Qu'on appelle ça Dieu ou autrement.»
- Le Soleil, 14 octobre 2000


La mission au Rwanda

En 1993, le Rwanda se relève à peine d'une guerre civile qui a duré trois ans, entre Hutus et Tutsis. Le lieutenant général Roméo Dallaire arrive dans ce pays d'Afrique de l'Est en août 1993. Il y restera un an. Commandant en chef de la Mission d'observation des Nations unies Ouganda-Rwanda (MONUOR) et de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR), il est mandaté par l'ONU pour aider les parties à trouver une solution politique au conflit. Dès son arrivée, la mission humanitaire des Casques bleus se révèle un défi de taille.

«Dans mon âme et dans mes pensées, je demeure convaincu que seule la main du diable lui-même peut expliquer ce désastre. Le démon est venu et on le voyait dans leurs yeux. Un jour, un des chefs de milice est venu me rencontrer pour une négociation, et il avait encore du sang sur les mains!»
- La Presse, 15 avril 2000

La situation devient encore plus complexe lorsque l'avion qui transporte les présidents du Rwanda et du Burundi s'écrase, en avril 1994. Alors que les troupes onusiennes sont sur place pour maintenir la paix, les signes de guerre se multiplient. Puisqu'elles n'ont pas le mandat d'intervenir dans le génocide, le lieutenant général Dallaire tente de convaincre la communauté internationale d'agir pour conjurer les massacres annoncés.


Il réclame de l'ONU plus de soldats, de l'équipement adéquat et la permission de passer à l'offensive, afin, dans un premier temps, de prévenir les atrocités, puis de les arrêter. Il intervient également auprès du gouvernement rwandais pour qu'il empêche l'escalade de la violence.


Ses appels ne sont pas entendus. Au cours de l'été, 800 000 Rwandais (Tutsis et Hutus modérés) sont massacrés, la plupart à la machette. Si la mission a permis de sauver des vies, elle n'aura toutefois pas prévenu le génocide.

«Des yeux ronds, innocents, de jeunes enfants. Des yeux las, fatigués, de vieillards et de femmes. D'autres plus sauvages, comme dans un état de rage. Mais ceux qui font le plus mal, ce sont les yeux bouleversés. Comment dire? Ceux par exemple d'un mourant, affaissé sous la pluie au bord d'une route de montagne sur laquelle marche, hagarde, une foule de dizaines de milliers de personnes. Un mourant que vous prenez dans vos bras, qui reconnaît votre béret bleu et qui lève vers vous un regard bouleversé, l'air de dire: "Qu'est-ce qui est arrivé? Je vais mourir, je ne comprends pas..."»
- Le Devoir, 13 décembre 2003

Un génocide qui survit dans les cauchemars

«Le soleil commence à baisser. J'ai les yeux braqués sur le ciel. Les bras en l'air. Au début, il n'y a que des corps. Mais parmi eux, des vivants! Puis surviennent les odeurs. Des odeurs de poissons qu'on remue dans les marchés publics. Ensuite, des bruits. Un bruit gluant, visqueux, qui s'amplifie tout le temps. Je suis couvert de sang. [...] Mon corps devient hyperépuisé. J'ai peur du silence. J'ai peur de la noirceur. Je prends une pilule pour m'assommer la nuit. Pour que mon corps puisse se reposer et reprendre des forces. Mon esprit aussi a besoin de repos. J'ai passé des années à ne pas dormir la nuit.»
- Le Soleil, 14 octobre 2000


En janvier 2004, il témoigne devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha, en Tanzanie, contre Théoneste Bagosora, ancien chef de cabinet du ministre rwandais de la Défense, considéré comme le cerveau du génocide, et Anatole Nsengiyumava, ancien chef de la gendarmerie rwandaise. Son témoignage sera entendu jusqu'à la fin du mois.



Rwanda: aperçu historique

Il y a presque 10 ans, se produisait un des plus terribles génocides de l'histoire: celui des Tutsis du Rwanda.

Le Rwanda bascule dans l'horreur dans la nuit du 6 au 7 avril 1994. En seulement 3 mois, 800 000 Tutsis (près de 8000 par jour), des enfants, des femmes, des vieillards, sont massacrés à coups de machettes par des milices hutues. Un génocide visiblement bien planifié, et dont les images ont fait le tour du monde, mais que la communauté internationale a été incapable d'enrayer.

Que s'est-il passé? Depuis des siècles, deux groupes sociaux se partagent le Rwanda. Les Hutus, majoritaires, qui forment près de 85 % de la population, et les Tutsis qui, bien que minoritaires (14 %), ont dominé le pays pendant des siècles.

En 1923, la Belgique reçoit le mandat d'administrer le pays. Mais l'administration belge maintient les privilèges de la minorité tutsie. En réaction, le nationalisme hutu devient de plus en plus violent; il explose en 1959. C'est à ce moment que les Hutus s'emparent du pouvoir et tentent d'éliminer leurs anciens maîtres tutsis. De 1959 à 1973, la population tutsie est victime de plusieurs massacres. Le pays glisse dans la guerre civile.


Des accords de paix venaient tout juste d'être signés lorsque s'est déclenché le terrible génocide de 1994. Des milliers de Casques bleus de l'ONU étaient pourtant sur place. Mais ils n'ont pas eu le droit d'intervenir. Le lieutenant général canadien Roméo Dallaire était alors sur place, à la tête des Casques bleus.
Extrait de la page du Point (29 octobre 2003)