JOURNALISTE
Florence Meney


 

 



DU BLEU AU ROUGE
À la tête du camp fédéraliste québécois

C'est avec la démission de Daniel Johnson de la direction du Parti libéral du Québec que la carrière politique de Jean Charest bascule. Il faut dire que l'idée de le voir prendre la tête des fédéralistes du Québec ne date pas d'hier. Déjà en 1993, à la suite de sa défaite face à Kim Campbell, Jean Charest était pressenti dans l'opinion publique comme successeur éventuel de Robert Bourassa. Pendant la campagne référendaire, Jean Charest est le politicien fédéraliste le plus populaire au Québec.

 

En 1998, le chef conservateur ne ferme plus la porte à la possibilité d'un saut en politique provinciale, d'autant plus que les sondages montrent qu'aux yeux du public, lui seul peut relancer les libéraux du Québec. En fait, les pressions pour qu'il prenne la tête des libéraux du Québec sont énormes. Au Canada anglais, on écrit que Charest est l'homme qui peut réunir les deux solitudes. Les autres provinces lui font aussi des avances : le porte-parole des premiers ministres provinciaux, Roy Romanow, de la Saskatchewan, va jusqu'à promettre de rouvrir les discussions constitutionnelles si Jean Charest devient premier ministre du Québec.

 

À cette époque, la presse d'expression anglaise, avec une rare unanimité, exhorte le chef du Parti conservateur du Canada à se tourner vers la scène provinciale et vers les libéraux. Pour elle, Charest est ni plus ni moins que le sauveur du Canada.

« Qui sauvera le Canada à présent? » se demandait le Ottawa Sun, tandis que le Toronto Star titrait : « Le successeur de Johnson : est-ce Charest? »

 

Au Québec aussi, au sein du Parti libéral, les appels se font pressants : le président de la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec, Jonathan Sauvé, demande officiellement à Jean Charest de prendre la tête du parti pour mieux l'unir.

L'avenir de Jean Charest sur toutes les lèvres (mars 1998)

C'est ainsi que Jean Charest, son épouse et leurs trois enfants tournent le dos à 14 années passées à Ottawa. De son expérience sur la scène fédérale, Jean Charest dira avoir retenu deux ou trois réalisations concrètes, notamment la lutte contre le décrochage scolaire.

Charest fait ses adieux au Parti conservateur (avril 1998)

Jean Charest fait le ménage à Ottawa (mai 1998)

 

À Ottawa, Joe Clark succède à Jean Charest à la tête des conservateurs. La démission de Jean Charest ouvre la porte aux réformistes, qui tentent de réaliser l'union de la droite dans l'ouest du pays.

 

 

Campagne au leadership du Parti libéral du Québec : deux hommes face à face.

Charest pose sa candidature à la direction du PLQ (avril 1998) :

Jean Charest brigue donc la succession de Daniel Johnson, et il ne rencontrera pas beaucoup d'obstacles sur son chemin. L'effet Charest est à son comble, et le nouveau converti au parti fera n'aura pratiquement pas d'adversaire. Jean Charest courtise le reste du Canada, se présente comme le rassembleur, le garant de la stabilité du pays. Il martèle un message simple, jouant sur la peur des séparatistes : la survie du Canada, selon Charest, dépend du résultat des prochaines élections québécoises.

 

Réactions :
Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, déclare avoir été impressionné par la performance de Jean Charest après que ce dernier eut annoncé qu'il entendait succéder à Daniel Johnson à la tête du Parti libéral du Québec. M. Chrétien estime que Jean Charest a parlé des « vrais problèmes des Québécois » et qu'il a été fin stratège en touchant Lucien Bouchard sur son point le plus sensible, soit la tenue d'un autre référendum. (mars 1998)

Le premier ministre de l'Ontario, Mike Harris, félicite Jean Charest pour le courage qu'il démontre en prenant la tête du Parti libéral du Québec.

Le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, nie les rumeurs concernant son retour au Parti libéral dans la foulée de l'entrée en scène de Jean Charest. Il ajoute que les libéraux sont au désespoir puisqu'ils s'en remettent à un messie poussé par Ottawa.

 

 

L'ADQ critique la venue de Jean Charest (mars 1998)

Bouchard dit que Charest est le candidat du Canada anglais (mars 1998)

Charest est maintenant chef du PLQ (mai 1998)

Mais ce n'est pas tout de prendre la tête du Parti libéral du Québec, encore faut-il remporter les élections. Celles-ci sont annoncées pour l'automne; Lucien Bouchard en a même retardé l'annonce pour permettre aux libéraux de se choisir un leader, ou peut-être est-ce pour attendre que l'effet Charest retombe? Peu importe, Lucien Bouchard, ancien allié devenu ennemi dans un monde où les allégeances sont mouvantes, est un adversaire formidable.

 

Lucien Bouchard et Jean Charest à cette époque :

En 1998, Jean Charest a 40 ans et Lucien Bouchard en a 60. Pourtant, des deux, c'est Jean Charest qui compte le plus d'années en politique comme élu.
Ce sont deux anciens conservateurs et, au moins au départ, des créatures politiques de Brian Mulroney. Mais Lucien Bouchard incarne à présent le modèle québécois et la sociale-démocratie, tandis que Jean Charest est un adepte du libéralisme. Depuis l'épisode de Meech et le départ de Lucien Bouchard du Parti conservateur, les deux hommes sont devenus de véritables frères ennemis.

 

Un sondage en mars 1998

Jean Charest engage la bataille avec Lucien Bouchard et son parti. Il fustige le Parti québécois pour ce qu'il qualifie de « politiques économiques réductrices » et promet que, contrairement au PQ, le Parti libéral présentera bientôt un programme économique axé sur la croissance du Québec. Sur la question constitutionnelle, il accuse le premier ministre d'alimenter la confusion en déclarant qu'il ne tiendra pas de référendum sur la souveraineté si la population n'en veut pas.

 

Mais Jean Charest a de gros handicaps, à commencer par une méconnaissance du détail des dossiers québécois et une certaine faiblesse dans son équipe de conseillers politiques. Depuis qu'il a annoncé sa candidature comme chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest multiplie les entrevues pour tenter d'expliquer sa démarche et ses orientations, sans toujours y parvenir. Quand on lui demande ce qu'il pense des problèmes en matière de santé, d'éducation ou de réforme sociale, M. Charest répond qu'il n'a pas encore eu le temps de se faire une opinion précise.

Jean Charest nuance sa position sur le report du déficit zéro (avril 98)

 

Un sondage SOM, réalisé pour le compte du quotidien montréalais The Gazette, indique que les anglophones québécois appuient massivement le Parti libéral et son nouveau chef, Jean Charest. Pourtant, le chef du PLQ rejette l'idée de partition, à laquelle adhère la moitié des personnes interrogées. (29 mai 1998)

 

Libéral sur toute la ligne (mai 1998)

Première victoire des libéraux de Jean Charest (1998)

 

 

 
Jean Charest

Chef du Parti libéral du Québec