Lucien Bouchard

En bref

De Saint-Cœur-de-Marie à Paris : la formation d’un politicien

L’expérience conservatrice

L’expérience bloquiste

L’expérience péquiste

Le constat d’échec

Quelques livres

Hyperliens

 



JOURNALISTE:
NICOLAS DUGUAY


Rester dans l’ombre



« Je ne vais certainement pas commenter les actions et les décisions du gouvernement. Je ne vais pas non plus commenter les prises de position de l’opposition même si parfois, j’imagine, il y aurait matière à le faire »
- Lucien Bouchard, expliquant qu’il ne comptait pas, une fois retiré de la politique active, commenter les décisions de ses successeurs



L’expérience bloquiste

Au lendemain de la Saint-Jean-Baptiste 1990, Lucien Bouchard et huit autres députés indépendants québécois qui, comme lui, ont tourné la page sur le fédéralisme dans la mouvance de Meech, se réunissent pour former ce qui devient alors le Bloc québécois, une formation politique fédérale ayant pour but de défendre les intérêts du Québec à Ottawa.

« Notre mission à Ottawa est temporaire. Notre succès se mesurera à la brièveté de notre mandat. »
- Lucien Bouchard expliquant la création officielle du Bloc québécois, le 15 juin 1991

Un peu moins d’un an plus tard, le 15 juin 1991, le Bloc québécois est officiellement fondé, et Lucien Bouchard est placé à sa tête.

En 1992, il s’implique encore une fois dans les querelles constitutionnelles canadiennes en occupant la fonction de vice-président du comité du NON lors du référendum sur les accords de Charlottetown. Ils furent rejetés, le 26 octobre, par une majorité de Canadiens et de Québécois.

C’est donc au sortir du second rejet, en à peine plus de deux ans, d’une proposition de modification constitutionnelle que Lucien Bouchard rédige le premier véritable programme électoral du Bloc québécois. Les bloquistes soutiennent, dans un document intitulé « Un nouveau parti pour l’étape décisive », que les députés fédéraux, tant conservateurs que libéraux, ont trahi à deux reprises les Québécois qui avaient voté pour eux. Ainsi, un vote pour le Bloc québécois, c’est, selon Lucien Bouchard, un vote pour une représentation exclusive des intérêts des Québécois.

Cette thèse porte ses fruits au sein de la population québécoise, et les élections générales du 25 octobre 1993 permettent au Bloc québécois de s’ancrer solidement sur l’échiquier politique canadien. Lucien Bouchard est réélu dans la circonscription de Lac-Saint-Jean, comme 53 autres candidats bloquistes à travers le Québec.

Fort de 54 représentants à la Chambre des communes et de l’appui de près de la moitié des électeurs québécois, le Bloc devient, dans son rôle d’opposition officielle, un des plus importants acteurs politiques à Ottawa. Le nouveau chef de l’opposition entraîne ses troupes à prendre position en faveur de l’autonomie et de la souveraineté du Québec.

Lucien Bouchard, qui se positionne au centre gauche, va aussi profiter de son statut pour talonner le gouvernement Chrétien lorsque celui-ci lancera ses controversées réformes de l’assurance-emploi.

« Que l’on continue »

Tous les Québécois sont pris par surprise, le 29 novembre 1994, en apprenant que Lucien Bouchard, hospitalisé d’urgence à l’hôpital Saint-Luc de Montréal, doit être amputé de la jambe gauche. Il est atteint d’une myosite nécrosante, le streptocoque de type A, aussi surnommé « bactérie mangeuse de chair ». Lucien Bouchard, revenant à lui après l’opération, griffonne sur un bout de papier une note à l’attention de ses médecins, « Que l’on continue, merci ! », qui deviendra par la suite un des slogans de la cause souverainiste.

Dès son retour à l’avant-scène, en février 1995, il en profite pour critiquer ouvertement, à quelques mois du référendum sur la souveraineté du Québec, la position du premier ministre québécois, Jacques Parizeau. Lucien Bouchard et le Bloc québécois réussiront ainsi à inclure dans la question référendaire une offre de partenariat qui serait faite au reste du Canada.

Le 7 octobre 1995, en pleine campagne référendaire, Lucien Bouchard, qui vient de signer avec le péquiste Jacques Parizeau et l’adéquiste Mario Dumont une entente prévoyant qu’une offre formelle de partenariat serait faite au Canada avant de proclamer l’indépendance du Québec, est nommé négociateur en chef de cette entente promise.

À la suite du rejet in extremis de la proposition souverainiste par la population québécoise et de l’annonce de la démission du premier ministre Parizeau, Lucien Bouchard exprime, le 21 novembre, son intention de se porter candidat à la présidence du Parti québécois. En janvier 1996, il démissionne donc de ses fonctions de chef de l’opposition officielle à Ottawa et de député fédéral du Lac-Saint-Jean et abandonne la présidence du Bloc québécois.