Silvio Berlusconi
Le « self-made man » à l'Italienne


JOURNALISTE
Florence Meney

Un rapport d'experts de la Banque d'Italie pour le parquet de Palerme estime qu'entre 1977 et 1985, 200 milliards de lires, au bas mot, ont transité par les comptes des 22 sociétés du Holding Italiana de Berlusconi.


À la conquête de l'argent

Silvio Berlusconi est né à Milan le 29 septembre 1936, au sein d'une famille assez modeste (son père était employé de banque).

Très tôt, l'enfant montre des signes d'une ambition sans borne et un sens aigu du commerce : surnommé « Mandrake » (Superhéros) par ses camarades, il aide les autres élèves à faire leurs travaux scolaires en échange d'argent ou de menus objets.

Il tâte ensuite de plusieurs petits métiers pour financer ses études universitaires, devenant tour à tour photographe de mariages et d'enterrements, vendeur d'aspirateurs et animateur de croisières, allant jusqu'à chanter pour sa riche clientèle.

En 1961, il obtient sa licence en droit et devient employé de banque, comme son père. Le vendeur se fait entrepreneur et se lance dans toutes sortes d'activités, sans qu'on sache toujours où il déniche l'argent nécessaire à cette course effrénée vers la fortune.

Un exemple de cela, jamais éclairci : il lance le projet Milano, qui consiste en la construction d'un grand complexe résidentiel près de Milan et qui sera suivi, à la fin des années 60, par Milano 2. Des projets dont le financement a des origines troubles.

Une fois sa fortune établie, Berlusconi part à la conquête de l'audiovisuel : il fait son entrée dans le monde de la télévision avec sa première chaîne câblée pour les habitants de Milano 2. Il constitue peu à peu un véritable réseau de télévisions locales qu'il regroupe et qui évoluera vers la constitution d'un puissant pôle privé.

Il possède aussi la première agence de publicité du pays, une maison d'édition grand public, un patrimoine immobilier exceptionnel et un des plus prestigieux clubs de football d'Italie, le Milan AC.

Il lui faut beaucoup d'argent et de solides appuis politiques. Silvio Berlusconi, qu'on surnomme « Sua Emittenza » (Son Éminence), voit son influence croître sans cesse. Inscrit à la loge maçonnique Propaganda 2, il trouve l'argent au moyen de montages financiers dont la Banque d'Italie n'a toujours pas pu démontrer les tenants et les aboutissants.

Berlusconi contourne allégrement la loi par l'utilisation de prête-noms pour ses activités et en répartissant ses sociétés au sein de sa famille.

Aujourd'hui, Berlusconi contrôle, de fait, les trois chaînes publiques de la RAI.