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Novembre 1994 : Le Conseil de sécurité de l'ONU décide la création du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour juger les responsables du génocide.

Décembre 1994 : Une commission d'experts de l'ONU publie un rapport qui conclut que les extrémistes hutus ont mis en œuvre un plan intentionnel d'extermination de la minorité tutsie.

Décembre 1995 : Le TPIR, établi à Arusha en Tanzanie, procède aux premières inculpations de suspects de génocide.

Février 1996 : Le Rwanda établit son propre système judiciaire pour rechercher et juger les présumés coupables de génocide.

Novembre 1996 : Le gouvernement rwandais, convaincu de l'imminence d'une attaque des extrémistes hutus depuis les camps de réfugiés au Zaïre, lance une offensive militaire contre ces camps.

Décembre 1996 : Ouverture du premier procès pour génocide devant un tribunal rwandais.

25 mars 1998 : Bill Clinton visite le Rwanda et exprime son remords pour n'être pas intervenu lors du génocide.

2 août 1998 : Début d'une rébellion armée dans l'est de l'ex-Zaïre, rebaptisé République démocratique du Congo, soutenue par le Rwanda et l'Ouganda. Le régime de Kigali accuse la RDC de laisser les milices hutues rwandaises mener des incursions sanglantes depuis son territoire.

4 septembre 1998 : L'ancien premier ministre rwandais, Jean Kambanda, le plus haut dignitaire à comparaître devant le TPIR, est condamné à la prison à vie après avoir plaidé coupable le 1er mai.

2000 : Paul Kagame est désigné président par le Parlement.

2001 : La justice belge condamne à des peines de 12 à 20 ans de réclusion 4 Rwandais, dont 2 nonnes, reconnus coupables d'avoir pris part à l'extermination.

2002 : Les tribunaux communautaires traditionnels gacaca sont rétablis pour juger les présumés coupables de génocide.

2003 : Le président sortant, Paul Kagame, est réélu avec 95 % des voix. Le résultat est contesté par l'opposition.

Justice et pardon

Comment rescapés, proches des victimes et bourreaux peuvent-ils parvenir à vivre sur un même sol? Pour fermer les plaies ouvertes laissées par le génocide, les coupables doivent être jugés.

Au début, les tribunaux conventionnels rwandais ont expédié les procès, et plusieurs inculpés qui se présentaient seuls devant les juges étaient souvent condamnés à mort. La situation a par la suite été corrigée afin que les suspects reçoivent l'aide d'avocats européens et africains et qu'ils aient un procès juste et équitable. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda, créé par les Nations unies, est quant à lui désigné pour poursuivre les grands responsables du génocide.

Agathe Habyarimana

Veuve du président assassiné, l'ancienne première dame du Rwanda a une réputation d'extrémiste, à laquelle n'est pas étrangère son animation des milices hutues et de leur vecteur de haine, la Radio-télévision des mille collines. Soupçonnée par certains d'avoir planifié le génocide à la tête de son clan, l'Akazu, voire même d'être impliquée dans l'élimination de son mari, elle ne fait néanmoins l'objet d'aucune poursuite.

Dix ans après le génocide, plus de 100 000 suspects entassés dans des prisons surpeuplées attendent toujours de passer en justice. Des observateurs font remarquer qu'au rythme où vont les choses, témoins et accusés seront morts avant que justice soit faite.

Jugements sur pelouse

Pour sortir de l'impasse, le gouvernement Kagame a décidé depuis 2002 de recourir au système de justice coutumier. La gacaca (du nom de la pelouse où s'asseyait jadis les chefs de clan) servait traditionnellement à juger les voleurs de bétails et d'autres affaires de droit commun. Aujourd'hui, les juges élus par la population sont chargés de la difficile tâche d'amener bourreaux et victimes à vivre ensemble à nouveau.

Pas d'avocats, ni pour la poursuite ni pour la défense. La communauté est appelée à témoigner devant des assemblées publiques pour tenter de reconstituer les faits. Les objectifs sont clairs : accélérer les jugements et unir les Rwandais en forçant la réconciliation.

Après la punition, la réconciliation

Les planificateurs du génocide échappent aux compétences des tribunaux gacaca et seront jugés par le TPIR. Mais pour les exécutants, la gacaca prévoit des réductions de peine considérables. Un meurtrier passible de 25 ans de prison peut s'en sortir avec 7 ans, s'il reconnaît sa culpabilité. La moitié de la peine peut être purgée hors de prison, dans le cadre de travaux communautaires. C'est ainsi que plusieurs suspects emprisonnés depuis 1994 ou 1995 pourront être réintégrés dans la société s'ils avouent leur crime.

Certains problèmes se posent toutefois. Ceux qui sont innocents et refusent d'avouer des crimes qu'ils n'ont pas commis pourraient rester en prison plus longtemps que des meurtriers. Les juges de la gacaca, qui ont reçu une formation express, sont souvent aussi très peu scolarisés, et la menace de collusion lors de ces jugements en plein air n'est pas à négliger. De plus, le fait que les Tutsis qui se sont livrés à des actes de représailles massifs à la suite du génocide ne sont pas admissibles à la gacaca alimente une certaine rancœur chez les Hutus.

Sans être la solution idéale, le recours à la justice gacaca est fortement appuyé par la population rwandaise. La gacaca a le mérite de confronter bourreaux, rescapés et proches de victimes et de révéler la vérité au grand jour. La plupart des meurtriers blâment l'État de les avoir trompés en les enjoignant à tuer les Tutsis. Ceux qui avouent leur crime publiquement reçoivent parfois le pardon des familles des victimes.

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