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La Révolution tranquille a 40 ans

On passe à l'action !

Petite chronologie de la Révolution tranquille

22 juin 1960 : Élection des libéraux de Jean Lesage.
5 juillet 1960 : Prise du pouvoir et formation du cabinet.
1960 : Fondation du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN).
1961 : Création de trois ministères : Affaires culturelles, Revenu et Affaires provinciales.
Avril 1961 : Mise sur pied de la Commission royale d'enquête sur l'enseignement (commission Parent).
1961 : Marie-Claire Kirkland-Casgrain devient la première femme élue députée à l'Assemblée nationale.
1962 : Début de la construction du métro de Montréal.
1962 : Mise sur pied de la commission fédérale d'enquête Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme.
Novembre 1962 : Réélection du Parti libéral, sous le thème de la nationalisation de l'électricité.
1963 : Nationalisation du réseau d'électricité.
Mars 1963 : Le Front de libération du Québec et l'Armée de libération du Québec posent leurs premières bombes.
1964 : Création du ministère de l'Éducation.
1964 : Marie-Claire Kirkland-Casgrain devient la première femme à occuper un ministère à l'Assemblée nationale, celui du Transport et des Communications.
1964 : Adoption de la loi 16, qui met un terme à l'incapacité juridique de la femme mariée.
10 octobre 1964 : Samedi de la matraque (répression policière à Québec, lors de la visite de la reine Elisabeth II).
1965 : À la suite de démarches de Québec, Ottawa adopte une loi qui permet à une province de se retirer d'un programme fédéral avec compensation financière.
Mai 1966 : Dépôt du rapport Parent.
5 juin 1966 : L'Union nationale de Daniel Johnson évince les libéraux du pouvoir.


Et la lumière fut… nationalisée

Parler de la Révolution tranquille, c'est parler de la nationalisation de l'électricité. Pourtant, cette mesure des plus symboliques n'était pas prévue au programme électoral de 1960. Les élections de 1962 s'articuleront autour de ce thème, cher au ministre René Lévesque. Vainqueur, le gouvernement Lesage nationalise onze compagnies d'électricité privées pour les intégrer au réseau d'Hydro-Québec, une compagnie publique qui contrôlait la distribution d'électricité sur l'île de Montréal. La création de cette entreprise assurera une meilleure uniformisation des tarifs dans la province et favorisera l'accession de francophones à des postes traditionnellement occupés par des anglophones.


Réformes électorales et politiques

Quatre ministères voient le jour, soit ceux des Affaires provinciales, de l'Éducation, du Revenu et des Affaires culturelles. On transforme par ailleurs le Bureau du Procureur général en ministère de la Justice. Pour contrôler les dépenses publiques, Québec forme le Conseil du trésor. Par ailleurs, en 1961, le gouvernement met sur pied l'Office québécois de la langue française. À partir de 1964, on transcrit les débats de l'Assemblée nationale.

L'État cesse de s'appuyer sur le clergé. Même le discours électoral change : on cesse de se référer à la religion. D'importants changements surviennent au sein même du PLQ. Lors du congrès de 1964, les délégués de la Fédération libérale du Québec décident de se séparer de la Fédération libérale du Canada, une décision qui leur confère plus d'autonomie.


Le Québec assainit en outre les mœurs politiques, notamment en prenant les moyens pour mettre un terme à la fraude électorale. Pour contrer les caisses occultes, le Parti libéral amorce une réforme sur le financement des partis, favorisant l'idée que les formations politiques s'appuient sur leur base militante. On leur impose un certain plafond, et on commence à réformer la carte électorale en 1965, le découpage favorisant les circonscriptions rurales.

Québec met sur pied la Commission sur la moralité dans les dépenses publiques, la commission Salvas. Le gouvernement Lesage s'attaque au favoritisme qui caractérisait le gouvernement précédent. René Lévesque, ministre des Travaux publics, donc responsable de l'attribution des contrats, insiste pour choisir les plus bas soumissionnaires. Il y a tout à coup un ensemble de normes et de procédures à respecter, avec la bureaucratie qui les accompagne. Les technocrates du gouvernement acquièrent du pouvoir.


Instruments économiques

L'État se donne un rôle déterminant dans l'économie pour y faire participer les Québécois. Le gouvernement Lesage crée ou renforce de nombreuses institutions publiques qui moderniseront l'économie québécoise, telles que le Conseil d'orientation économique du Québec, le Bureau d'aménagement de l'est du Québec (BAEQ) et la Société de développement industriel (SDI). Dès 1962, Québec met sur pied la Société générale de financement (SGF), qui soutient les entreprises éprouvant de la difficulté à se faire octroyer du crédit par les banques. Dans certains cas, la SGF empêche leur achat par des investisseurs étrangers.

Le gouvernement crée diverses sociétés d'État, comme SIDBEC (sidérurgie, 1964), la SOQUEM (mines, 1965), REXFOR (forêts) et la Caisse de dépôt et placement (1965). Celle-ci est instituée afin de soutenir financièrement les opérations du gouvernement. Mais jumelée aux sommes accumulées par la Régie des rentes du Québec, la Caisse soutient également l'entreprise privée.


Par ces outils, Québec stimule le développement de certaines industries et permet aux francophones de s'affirmer dans des secteurs où ils ne jouaient qu'un rôle mineur. Les caisses populaires du Mouvement Desjardins, par exemple, s'animent d'un nouveau dynamisme. Ces nouvelles institutions permettront également l'essor d'entreprises québécoises comme Bombardier, Quebecor ou Alcan.

Il y a cependant des ombres au tableau. Les régions du Québec connaissent un développement économique inégal. Par exemple, un travailleur du Bas-Saint-Laurent ou de la Gaspésie a un revenu deux fois moindre que dans le reste de la province.


L'éducation se démocratise

Par un ensemble de mesures, la Révolution tranquille transforme radicalement le monde de l'éducation. Dès 1960, Québec octroie des subventions aux commissions scolaires pour l'établissement de maternelles. L'année suivante, il rend la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, tout en instaurant des règlements pour assurer la gratuité scolaire jusqu'en onzième année. Québec améliore en outre son régime de prêts et bourses et accorde également à tous les parents le droit de voter aux élections scolaires. Le gouvernement met sur pied un programme de cinq ans pour le développement universitaire et oblige les commissions scolaires à assurer l'instruction des jeunes qui vivent sur leur territoire.

Mais surtout, en 1961, Québec crée la Commission royale d'enquête sur l'enseignement, dont le rapport sera le déclencheur de la modernisation du système d'éducation. Mieux connue sous le nom de commission Parent (1961-1966) en l'honneur de celui qui la préside, Mgr Alphonse-Marie Parent, elle mènera, entre autres, à la création du ministère de l'Éducation, en 1964, même si Jean Lesage s'était engagé envers le clergé à ne pas créer ce ministère. On en vient à un compromis avec les évêques pour maintenir la structure confessionnelle des écoles. La commission ouvre aussi la voie à la création des cégeps, en 1967.

Autrefois contrôlée par les communautés religieuses, l'école devient laïque. Puis, en 1965, le gouvernement lance « l'opération 55 », dont l'objectif est d'établir 55 commissions scolaires régionales chapeautant un réseau d'écoles secondaires publiques, qui seront connues sous le nom de polyvalentes. Alors que les baby-boomers arrivent massivement au secondaire, l'école se démocratise, notamment en s'ouvrant davantage aux filles et aux plus pauvres. La construction d'écoles va bon train et, pour appliquer le nouveau programme, on recrute des centaines d'enseignants.


Les soins de santé et autres mesures sociales

Les soins de santé deviennent plus accessibles et sont assurés par l'État et non plus par le clergé, et de nombreux hôpitaux sont construits. Première mesure sociale d'envergure, le gouvernement adopte en 1961 un programme public d'assurance hospitalisation qui assure la gratuité des soins hospitaliers. En 1966, Québec crée la Commission d'enquête sur la santé et le bien-être social (commission Castonguay-Nepveu).

Québec se dote d'un État providence comme celui d'Ottawa et adopte un ensemble de mesures sociales progressistes. En 1961, il crée un comité d'étude sur l'assistance publique. Avant la Révolution tranquille, le gouvernement n'accordait de l'aide qu'aux plus démunis de la société. Par ailleurs, il instaure en 1965 la Régie des rentes du Québec.

Le gouvernement Lesage libéralise plusieurs lois. Parmi celles-ci, la loi 16, qui met un terme à l'incapacité juridique de la femme mariée : celle-ci obtient enfin le droit de posséder une propriété sans son mari et de faire son testament. On remplace le Bureau de censure par un bureau de surveillance. En 1964, on révise en profondeur le code du travail. On réforme aussi la police provinciale. Au bout du compte, la majorité des citoyens voient leur niveau de vie s'améliorer.


La fonction publique

On réforme la fonction publique et ses modes de gestion. On classifie les emplois, on revoit l'échelle salariale des fonctionnaires, on affiche les postes dans le cadre de concours. Et comme les dépenses publiques augmentent, le nombre d'employés de l'État aussi. On recrute massivement dans les universités et dans la fonction publique fédérale.


Un des changements les plus importants réside dans la reconnaissance syndicale des fonctionnaires. En 1965, Québec substitue la Loi de la fonction publique à la Loi du service civil, qui donne aux fonctionnaires le droit de se syndiquer, de négocier et de faire la grève, et qui confère aux employés permanents la sécurité d'emploi. Bien sûr, les syndicats, la CSN en tête, doivent faire pression de façon importante pour que surviennent ces changements. Le mouvement syndical, qui finit de prendre ses distances avec le clergé, s'élargit et devient un partenaire social de l'État de première importance.


Les relations extérieures

Le Québec compte bien faire entendre sa voix à l'étranger et érige peu à peu un véritable réseau qui le représentera auprès d'autres pays. La province inaugure la Délégation générale du Québec à Paris en 1961, puis à Londres en 1963. Deux ans plus tard, le ministre Paul Gérin-Lajoie signe avec la France la première entente en matière d'éducation et de culture. Le ministre de l'Éducation lance en outre l'idée d'une francophonie, reprise par la suite par plusieurs pays de langue française. Québec commence aussi à participer à des conférences internationales, ce qui ne réjouit pas Ottawa.


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Autres sections du dossier

Repères
Grandes lignes du dossier.

Une lumière qui naît du néant ?
La société québécoise de la « grande noirceur ».

Quelques architectes
Présentation des premiers ministres Jean Lesage et Paul Sauvé ainsi que de quelques membres de « l'équipe du tonnerre » : Georges-Émile Lapalme, René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie et Pierre Laporte.

La sortie de piste des libéraux
En 1966, l'Union nationale devra résoudre le dilemme qui divise le gouvernement Lesage : faut-il continuer les réformes ou y mettre un frein ? 

Vers une autre révolution ?
Quarante ans après le début de la Révolution tranquille, que faut-il faire avec l'héritage de cette période ?

 

Dernière mise à jour : 20 juin 2000