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La Révolution tranquille a 40 ans

Quelques architectes

La Révolution tranquille n'a-t-elle qu'un seul père ?

Véritable maître d'œuvre des changements majeurs que le Québec traverse, le premier ministre Jean Lesage est considéré comme le père de la Révolution tranquille. Lesage était pourtant un politicien conservateur qui s'est souvent opposé aux idées progressistes de son entourage, telles que la nationalisation de l'électricité et la syndicalisation des fonctionnaires. Mais il est un homme intelligent, tourné vers l'action, et qui sait faire collaborer de fortes personnalités pour mener à bien des réformes d'envergure.

Le véritable réformiste, c'est davantage son prédécesseur au Parti libéral, Georges-Émile Lapalme, un homme ouvert aux débats politiques et sociaux qui ont cours dans les années 1950. Intellectuel qui favorise des changements sociaux et l'autonomie provinciale, il rassemble des idées nouvelles pour former un programme politique dont s'inspirera largement Jean Lesage. En 1959, Lapalme rédige Pour une politique, où il consigne sa vision du Québec moderne. Le nouveau chef libéral lui demandera de résumer les grandes lignes de son projet pour l'élection : le programme libéral est ainsi mis sur papier.

Il reste que Paul Sauvé (1907-1960), qui prend la tête de l'Union nationale à la mort de Duplessis, en 1959, se distingue de son ancien chef et amorce des réformes. Le « désormais » dont il ponctue ses discours marque une coupure avec le passé. Au cours de son court règne de 100 jours — il meurt en fonction —, il interdit les congédiements pour activité syndicale et ouvre la voie à l'établissement d'un plan d'assurance santé.


Quelques ministres-clés de « l'équipe du tonnerre »

Jean Lesage (1912-1980) : Avocat, il fait son entrée en politique fédérale à 33 ans. En 1953, il accède au cabinet de Louis Saint-Laurent en tant que ministre des Ressources et du Développement économique. Il est réélu aux élections fédérales de 1958 mais, devant la défaite libérale, il démissionne trois jours après le scrutin. La même année, il fait le saut en politique provinciale, tout en demeurant un fédéraliste convaincu. Le chef du Parti libéral du Québec remporte les élections de 1960. Il garde pour lui les ministères du Revenu (1963) et des Finances, et celui des Affaires fédérales-provinciales, de 1961 à 1966. Relégué dans l'opposition en 1966, il y restera jusqu'en 1970, année de sa retraite.

Georges-Émile Lapalme (1907-1985) : Avocat, il devient député à la Chambre des communes de 1945 à 1950 sous la bannière libérale. Il dirige le Parti libéral du Québec de 1950 à 1958, avant de céder sa place à Jean Lesage. Député à l'Assemblée nationale à partir de 1953, il tire sa révérence avant l'élection de 1966. Peu avant la mort de Duplessis, il rédige Pour une politique, livre qui résume sa vision du Québec moderne. Il sera Procureur général (1960-1963) et vice-premier ministre (1960-1964). Premier titulaire du ministère des Affaires culturelles du Québec (1961-1964), il travaillera à la mise sur pied de la Délégation générale du Québec à Paris.

René Lévesque (1922-1987) : Inscrit en droit, il bifurque vers le journalisme. Il est notamment correspondant de guerre sous l'uniforme américain lors de la Deuxième Guerre mondiale, et travaille au Service international de Radio-Canada de 1946 à 1951. Il anime l'émission d'actualité Point de mire de 1956 à 1959 avant de devenir député libéral en 1960. Tour à tour ministre des Travaux publics et des Ressources hydrauliques (1960-1961), des Richesses naturelles (1961-1966) de la Famille et du Bien-être social (1965-1966), il est un des membres les plus réformistes du cabinet Lesage. Il quitte le PLQ en 1967 pour fonder avec d'autres le Mouvement souveraineté-association, qui deviendra le Parti québécois en 1968. Défait en 1970 et 1973, il est réélu en 1976, année de la prise du pouvoir du PQ. Il sera premier ministre jusqu'en 1985. Parmi les initiatives de son gouvernement, on compte la loi 101, la Loi sur l'assurance-automobile et la tenue du référendum du 20 mai 1980.

POINT DE MIRE SUR RENÉ LÉVESQUE
Dix épisodes d'une heure sur l'ex-premier ministre (documents radio)

Paul Gérin-Lajoie (1920 - ) : Avocat, il devient député libéral de la circonscription de Vaudreuil-Soulanges en 1960-1969. Ministre de la Jeunesse de 1960 à 1964, il sera ensuite le premier titulaire du ministère de l'Éducation en 1964 ainsi que vice-président du conseil des ministres. À l'origine des premières ententes de coopération avec la France, il lancera aussi le concept de la francophonie, une idée vite relayée par certains présidents de pays africains. Après sa retraite politique, il préside l'Agence canadienne de développement international (ACDI), de 1970 à 1977. Il crée en 1977 la Fondation Paul Gérin-Lajoie, organisme axé sur l'éducation et qui vient en aide aux pays défavorisés d'Afrique.

Pierre Laporte (1921-1970) : Journaliste au quotidien Le Devoir durant 16 ans, il est avocat de formation. Défait en tant que candidat indépendant en 1956, il devient député libéral lors d'une élection partielle, en 1961. Jean Lesage le nomme ministre des Affaires municipales (1962-1966), puis ministre des Affaires culturelles (1964-1966). Il perd la course à la direction du Parti libéral en 1970. Il devient ministre du Travail et de la Main-d'œuvre dans le cabinet Bourassa. Il sera enlevé et assassiné par le Front de libération du Québec (FLQ) lors de la crise d'octobre 1970.

À l'arrière-scène, de nombreux fonctionnaires jouent un rôle déterminant. Plusieurs d'entre eux œuvreront plus tard en politique active. L'économiste Jacques Parizeau (sur la photo) est un des principaux conseillers économiques des premiers ministres des années 1960 et membre du premier conseil d'administration de la Caisse de dépôt et placement. Claude Morin rédige les discours de Lesage (1960-1966) puis devient conseiller politique et sous-ministre des Affaires fédérales-provinciales (1963-1967). Claude Castonguay, conseiller spécial du gouvernement de Jean Lesage, préside la Commission royale d'enquête sur la santé et le bien-être à partir de 1966. Bernard Landry est conseiller technique du ministre des Richesses naturelles de 1964 à 1968 et adjoint du directeur général de la planification du ministère des Richesses naturelles.


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Autres sections du dossier

Repères
Grandes lignes du dossier.

Une lumière qui naît du néant ?
La société québécoise de la « grande noirceur ».

On passe à l'action !
Les réformes politiques, économiques, en éducation, dans les soins de santé, la nationalisation de l'électricité, etc.

La sortie de piste des libéraux
En 1966, l'Union nationale devra résoudre le dilemme qui divise le gouvernement Lesage : faut-il continuer les réformes ou y mettre un frein ? 

Vers une autre révolution ?
Quarante ans après le début de la Révolution tranquille, que faut-il faire avec l'héritage de cette période ?

 

Dernière mise à jour : 20 juin 2000