Accueil Québec: un 3e enfant? Être parent en FranceUne politique sociale?

 

- Les promesses électorales

- Du baby-boom à la petite famille

- Un système trop rigide?

 

 

 

Au Québec, 1 femme sur 2 qui accouche n'a pas droit à un congé de maternité.

 

 

 


Québec : un 3e enfant? Non merci!


Le congé de maternité : pour une maman sur deux

Au Québec, une femme sur deux qui accouche n'a pas droit à un congé de maternité payé. Plus précisément, ce sont seulement les femmes qui sont sur le marché du travail qui y ont droit. Ainsi, toute femme qui travaille de façon autonome ou au foyer en est privée. Une politique qui n'est pas sans provoquer de mécontentement chez un grand nombre de parents québécois, qui qualifient cette mesure de discriminatoire.




« C'est le statut de travail qui détermine si on va avoir un congé de maternité ou non. Pourtant, c'est la même maternité, ce sont les mêmes besoins, et ce n'est pas considéré! » - Marie Leahey, directrice générale, Service d'intégration des femmes au travail

 

« Ce ne sont pas des politiques familiales, ce sont des politiques qui s'adressent aux salariés du marché du travail. »
- Nathalie Burlone, chercheuse, Institut Vanier de
la famille à Ottawa

 

« On veut toujours responsabiliser les familles en leur disant “Il faut que vous fassiez des enfants”. Mais regardez le Québec : il est en plein en voie de dénatalité. On tient une espèce de double discours : de l'autre côté, on n'est pas prêt non plus à leur donner des mesures de soutien. »
- Francine Descarries, sociologue, UQAM




Les parents salariés, de loin les plus favorisés?

Alors que la campagne électorale bat son plein au Québec, les partis promettent d'apporter plus de soutien aux familles québécoises pour concilier la famille et le travail : semaine de 4 jours aux parents d'enfants de moins de 12 ans, 3 semaines de vacances après un an de service, sans compter les garderies à 5 $, pour lesquelles on vise les 200 000 places d'ici 2005. Des promesses qui viendront certes donner un coup de pouce aux couples salariés réguliers. Mais qu'en est-il des parents travaillant à temps partiel? Des travailleurs autonomes? Et des mamans et papas au foyer? Encore une fois, de jeunes parents crient à l'injustice.



Mères au foyer, mères oubliées?

« Si j'étais éducatrice en garderie avec 4 enfants à la maison, l'État me verserait un salaire par jour de 100 $. Mais je ne demande pas ça pour élever mes enfants, je demande qu'à la fin du mois, mon allocation compense un peu le fait que ces enfants ne coûtent rien à l'État
en garderie. »
- Mélanie, mère au foyer, 4 enfants

« Tout l'argent a été concentré dans les garderies à 5 $, qui sont un très bon service, mais qui ne nous laissent plus le choix d'aller travailler. »
- Nadine, 1 enfant



Nadine, étudiante à temps plein en traduction, n'avait que 21 ans à la naissance de sa petite Zoé. Dans l'espoir de toucher quelques sous à la naissance de sa fille, elle a dû se trouver un emploi afin d'être éligible à un congé de maternité. Depuis 1999, Nadine Viau s'implique activement pour sensibiliser et inciter les gens et le gouvernement à revaloriser la famille dans la société. À l'été 2002, elle a même organisé une parade de poussettes dans les rues de Montréal pour souligner l'urgence d'améliorer la condition des jeunes familles.



Travailleurs et travailleuses autonomes et à temps partiel : aussi pénalisés

Depuis les années 70, le travail pour son propre compte, l'emploi à temps partiel et les autres formes d'emploi atypique se multiplient; entre 1976 et 1995, le nombre de travailleurs indépendants est passé de 229 000 à 460 000, tandis que le nombre de personnes travaillant à temps partiel augmentait de 230 000 à 548 000.

Or, les travailleurs indépendants ne bénéficient pas de congés de maternité ni de congés parentaux payés, tandis que les personnes occupant un emploi à temps partiel y ont un accès limité, en raison des normes restrictives du programme fédéral d'assurance-emploi. Ainsi, depuis janvier 1997, le nombre minimal d'heures de travail nécessaires pour être admissible au congé de maternité est passé de
300 à 600 heures.

 

Projet du régime d'assurance parentale

Depuis 1997, le gouvernement du Québec dit envisager d'instaurer un nouveau régime d'assurance parentale qui aurait pour objet de remplacer une partie importante du revenu personnel lors des congés de maternité et des congés parentaux, et ce afin de soutenir et de favoriser la naissance ou l'adoption d'un enfant. Le régime projeté prévoit notamment la protection de : tous les travailleurs salariés et indépendants résidant au Québec et dont les revenus de travail auront été gagnés au Québec ou au Canada; toute personne dont le revenu assurable au cours de la dernière année est supérieur à 2000 $. Depuis 1997, Québec et Ottawa négocient l'instauration d'un tel régime. Or, aucune entente n'a toujours été conclue.


Famille à revenu moyen = famille appauvrie?

« On est fatigués, on est fatigués, on est fatigués. On ne dort pas. La nuit, il y a toujours quelqu'un qui se réveille. » - Mélanie, mère de quatre enfants

Mélanie a une formation en tourisme. Alors qu'elle allaitait sa deuxième, elle a eu la surprise d'apprendre, avec son conjoint Louis, qu'elle était de nouveau enceinte, mais cette fois de jumelles. Avec quatre jeunes enfants, elle a dû quitter son travail. Ce qui a eu aussitôt un impact désastreux sur le budget familial. Louis, qui est chef cuisinier dans un grand hôtel d'Alma, est donc devenu le seul soutien financier de la famille.


Comme toutes les études le démontrent, Louis et Mélanie doivent, par rapport à un couple sans enfant, consacrer le tiers de leur revenu annuel uniquement à leurs filles. Des dépenses qui s'ajoutent à l'impôt prélevé sur le salaire et aux autres obligations financières du couple.



Pour réussir à joindre les deux bouts depuis la naissance des jumelles, Louis a accepté d'assumer plus de responsabilités à l'hôtel, ce qui veut dire de longues journées au travail. Mais cela entraîne aussi une baisse des allocations familiales. « Faut-il se mettre à calculer qu'on est mieux d'avoir des diminutions de salaire ou de plafonner à un certain salaire? Ou de travailler au noir? », se demande-t-il.


Si l'aide, depuis 10 ans, est principalement dirigée vers les familles à faible revenu, elle entraîne des effets pervers, comme chez ce mécanicien qui travaille au noir depuis des années, après sa journée normale au garage. Il nous affirme que l'argent ainsi caché au fisc lui permet de rejoindre les deux bouts, mais aussi et surtout de conserver ses allocations familiales.

Pour la chercheuse Nathalie Burlone, il n'y a pas de doute : une famille comme celle de Louis et Mélanie, à revenu moyen, ne peut s'en sortir avec un seul salaire : « Si tu gagne un salaire moyen, ça prend un an et demi pour payer toutes tes dépenses, alors c'est impossible de le faire [avec un seul salaire]. Je comprends les gens qui décident de s'arrêter ou de ne pas avoir d'enfant pour ces raisons-là ».