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Un reportage d'Enjeux signé Solveig Miller et Nicole Messier

Dossier Internet:
Florence Meney


 

Petites annonces
Male, 38 years old, in excellent health, AB positive blood type, is willing to donate a kidney for a compensation of not less than 100 000 USD. Serious offers accepted.

If you need kidney transplantation, you can do it quick and easy here in Yugoslavia, performed by a world-known expert.

Kidney or liver for sale, single mom of 2. Healthy 36 years old.

 

 


En pièces détachées (organes, cornées, tissus), un corps humain vaudrait jusqu'à 220 000 $ US.


 

 

Quelques données :

En 2000, au Canada, on a effectué 1112 greffes de reins (724 avec donneurs cadavériques et 388 avec donneurs vivants).

Listes d'attente :
Près de 3700 Canadiens et Canadiennes sont sur des listes d'attente pour une transplantation qui pourrait améliorer leur vie, ou même la sauver.
En 2000, 147 patients en attente d'une greffe sont décédés faute d'organes disponibles.
En avril 2001, on comptait 3269 Canadiens en attente d'une greffe cornéenne.

Sondage
Ce que pensent les Canadiens du don d'organes :
Soixante-dix-huit pour cent des Canadiens et Canadiennes croient qu'il existe un besoin d'organes.
Soixante et onze pour cent des Canadiens et des Canadiennes sont disposés à faire le don de tout organe en vue d'une transplantation.
Les femmes sont plus portées que les hommes à donner un organe.

L'âge moyen des donneurs cadavériques se situe entre 34 et 48 ans.

 

 

Des individus prêts à vendre un organe

Des individus sont prêts à vendre un organe, à soumettre leur corps au stress d'une intervention chirurgicale majeure et à mettre leur santé en danger, à abandonner une partie vitale d'eux-mêmes, en échange d'argent ou parfois de certains services. Au Québec, au Canada et aux États-Unis, comme dans la plupart des pays, la loi interdit la vente d'organes. Cependant, les candidats à la greffe peuvent tout simplement aller acheter l'organe manquant — dans la majorité des cas un rein — au marché noir. Les patients, désespérés de la longueur des listes d'attente, se tournent particulièrement vers des petites annonces publiées sur Internet, qui est devenu la plate-forme de choix pour les vendeurs. Pour la plupart des gens qui se cherchent un rein, pas besoin de moyens extrêmes. Il suffit d'avoir accès à Internet et d'inscrire dans un important moteur de recherche : « Kidney for sale, Rein à vendre ».

 

« Seriez vous prêt à acheter un rein ?
- Oui n'importe quand, n'importe quand. »

— Un patient en attente d'une greffe.

Aux États-Unis, 40 000 personnes sont en attente d'un rein, et mille d'entre elles vont en mourir.


Même s'il est illégal dans presque tous les pays, le trafic des reins est florissant et ne se limite plus aux pays en voie de développement. Il est solidement implanté en Europe et en Amérique, même au Canada. Ebay est le plus grand marché en ligne au monde. Tout y est mis aux enchères, même les reins. C'est en fait sur ce site que la vente d'organes a vraiment démarré, en 1999. Un Américain désirant vendre un rein a alors fait monter les enchères jusqu'à 5,7 millions de dollars. Le commerce électronique des organes allait par la suite prendre tout son essor.

Tout de même, c'est dans les pays les plus pauvres que le phénomène est le plus courant. La misère pousse hommes, femmes et parfois enfants à monnayer leur corps. En Inde, par exemple, c'est souvent avec un rein que les femmes paient leur dot ou remboursent les dettes de la famille. Là où la pauvreté est endémique, les vendeurs d'organes font de bonnes affaires.

Les individus prêts à vendre une partie de leur corps ne réclament pas toujours de l'argent. Parfois, c'est la citoyenneté d'un pays comme le Canada qu'ils convoitent.


« Je sais seulement que l'on peut vivre avec un seul rein. Il y a beaucoup de personnes qui vivent avec un seul rein... c'est pas un problème. »
— Rachid, 27 ans, qui espère troquer un rein contre la nationalité canadienne.

 

Il existe aussi maintenant une sorte de tourisme de transplantation. Dans les dernières années, les Israéliens seraient le groupe le plus important à avoir pratiqué ce genre de tourisme aux États-Unis. Pour ceux qui n'ont pas les quelque 125 000 à 150 000 $ US qu'il faut pour se payer une transplantation dans un hôpital américain, il existe maintenant des voyages tout compris, de moins en moins chers. La dernière destination à la mode : Lima, au Pérou, où un médecin américain d'origine péruvienne organise des forfaits 5 étoiles, donneur compris, pour 30 000 dollars. Des centaines de Canadiens cherchent eux aussi chaque année le salut à l'étranger. Cependant, comme pour tout marché noir, aller se faire traiter à l'étranger comprend des risques considérables. Les patients s'exposent non seulement à des maladies infectieuses, mais aussi à de graves problèmes de santé liés au manque de suivi médical et, parfois, à la piètre qualité de l'intervention et de l'organe greffé. De plus, ces patients vulnérables, à la merci des vendeurs, sont des proies faciles pour des actes de fraude et même de violence.

Qui profite de ces transactions ? Les médecins véreux qui pratiquent les interventions, en particulier dans certains pays en voie de développement, s'approprient la plus grosse part du gâteau. Les individus qui perdent un organe, eux, ne récoltent souvent que les miettes. Dans ce marché, les inégalités sont flagrantes entre les pays. Un donneur iranien, par exemple, ne touchera que 240 dollars environ; en Afrique du Sud, le prix avoisinera 700 ou 800 dollars. Aux Philippines, on touchera 1200 dollars, et 1000 en Inde. Un paysan Moldave percevra 3000 dollars pour son rein.

 

Les avantages d'un organe provenant d'un donneur vivant :
La tentation de s'acheter un rein est d'autant plus grande que les chances de succès des greffes de donneurs vivants sont de beaucoup supérieures à celles effectuées avec un organe provenant d'un cadavre. Le docteur Ralph Loertcher, néphrologue à l'Hôpital Royal Victoria de Montréal, aime comparer la performance d'une greffe vivante à celle d'une voiture neuve par rapport à une voiture usagée. De son côté, le Dr Raymond Dandavino, de l'Hôpital Maisonneuve, à Montréal, trouve que la qualité des organes cadavérique a considérablement diminué au cours des années.

« Le donneur, aujourd'hui, ce n'est plus le jeune homme de 20 ans qui meurt dans un accident de motocyclette. À présent, c'est souvent un individu qui meurt des suites d'une maladie. Donc, nos donneurs ne sont plus ce qu'ils étaient et, forcément, le donneur vivant a un rein de meilleure qualité. »
— Dr Raymond Dandavino


Les risques de « donner » un rein :
Même si des études épidémiologiques américaines prouvent qu'une personne vivant avec un seul rein a la même longévité qu'une personne ayant deux reins, se départir d'un organe n'est pas sans risque et peut s'accompagner, dans de rares cas, de problèmes de santé.