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Officiellement, les thèmes du Sommet de Québec étaient « le renforcement de la démocratie, la création de la prospérité et la réalisation du potentiel humain ». Dans les faits, l'enjeu principal de cette rencontre aurait plutôt été les négociations de la ZLEA.

Cette zone de libre-échange aura des impacts importants sur plusieurs aspects de la vie économique, politique et sociale des pays concernés. Mais, étant donné que le processus de la ZLEA fonctionne par consensus, les textes de l'accord ne peuvent pas être rendus publics sans l'assentiment des 34 pays participants.

Au-delà des divergences idéologiques, cette absence de transparence dans les négociations de la ZLEA a suscité de nombreuses critiques. Ainsi, un rapport de la Commission sur les institutions de l'Assemblée nationale du Québec indique que cette rareté de l'information est la cause d'un « déficit démocratique ».

« Malgré les engagements fermes de transparence du processus, il y a manifestement une très nette absence d'informations pour tout ce qui touche la ZLEA de près ou de loin. Cette constatation a fait presque l'unanimité des témoignages et ce, tant dans des groupes du monde des affaires que des représentants des travailleurs et des observateurs. […] Ce manque d'information nous apparaît nuisible au succès du projet, en cela qu'il alimente les pires craintes et favorise toutes les spéculations. »

Les parlementaires revendiquent le droit de participer davantage aux négociations de la ZLEA. Certains d'entre eux projetaient même de se joindre à la foule des manifestants qui était attendue à Québec.

Les 34 chefs d'État ou de gouvernement des Amériques ont mis sur pied un comité consultatif sur la participation de la société civile aux négociations de la ZLEA, mais cette mesure n'a pas suffi à calmer les inquiétudes de la population sur la transparence du processus. Sur toutes les tribunes, on a réclamé la divulgation des documents de travail de la ZLEA. Quelques centaines de manifestants se sont même rendus à Ottawa avec l'intention de fermer le bâtiment du ministère des Affaires étrangères et de saisir ces documents. Cette action de désobéissance civile s'est soldée par l'arrestation de 87 manifestants.

Pourtant, le Canada ne s'est pas opposé à la divulgation de ces documents, contrairement à certains de ses partenaires, dont le Mexique. Pour montrer sa bonne volonté, Ottawa a mis à la disposition du public, depuis décembre 2000, tous les textes que le gouvernement fédéral a soumis à la réunion préparatoire des ministres du Commerce qui a eu lieu début avril à Buenos Aires, en Argentine.

Au terme de cette rencontre, le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, Pierre Pettigrew, a d'ailleurs annoncé qu'il avait réussi à convaincre ses homologues de rendre ces documents publics. Cependant, leur publication a été retardée après la tenue du Sommet des Amériques en raison des délais imposés par leur traduction dans les quatre langues principales du continent. Les documents, qui comptent au total 900 pages, existent déjà dans leurs versions anglaise et espagnole, mais pas dans leurs versions française et portugaise.

Par ailleurs, un important dispositif de sécurité a été déployé à Québec par les autorités fédérales et provinciales en prévision du sommet. Le ministre de la Sécurité publique du Québec, Serge Ménard, avait même annoncé l'évacuation de la prison d'Orsainville (600 places) pour accueillir les manifestants arrêtés lors du Sommet. Un périmètre de sécurité avait aussi été dressé autour des sites où se déroulaient les activités. Ce périmètre de sécurité, qui touchait 35 000 résidants et travailleurs du quartier, a servi à contrôler les activités dans le secteur et à protéger les 9000 délégués et journalistes. Quelque 6000 policiers ont été mobilisés pour l'événement.

Réagissant à ces annonces, la Ligue des droits et libertés du Québec a mis sur pied un comité de surveillance des activités policières pour s'assurer du respect des libertés publiques durant le Sommet. Par ailleurs, un avocat, Marc Tremblay, a déposé au Palais de justice de Québec une demande d'injonction pour faire cesser l'érection du périmètre de sécurité. Cet avocat revendiquait le droit de manifester à proximité des endroits où se sont réunis les 34 chefs d'État et de gouvernement.

Autre sujet de controverse, des grandes compagnies avaient accès à certaines activités du Sommet moyennant l'achat de commandites. Ainsi, Alcan et la Banque Scotia ont versé 500 000 dollars chacune pour commanditer la soirée de gala du premier ministre Jean Chrétien, tandis que d'autres entreprises ont versé 75 000 dollars pour que leur logo figure en bonne place lors des pauses-café. Les gens d'affaires ont pu, en retour, avoir des rencontres informelles avec les chefs d'État et de gouvernement, mais n'ont pas pu être présents, cependant, lors des séances de travail à huis clos.

Selon Philippe Duhamel, porte-parole de l'Opération SalAMI, la commandite des compagnies est une des raisons qui ont poussé des milliers de manifestants à protester contre l'OMC lors de la réunion de Seattle, en 1999.


Extraits du rapport no 2000/08 du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) intitulé L'antimondialisation, un phénomène en pleine expansion


« Ces rencontres sont une source de revenus et permettent de mettre en valeur le caractère démocratique du Canada auprès de la communauté internationale. Les activités de protestation et les manifestations pourraient cependant ternir cette belle image, surtout si la couverture médiatique est négative. »

« Les responsables de la sécurité doivent être renseignés sur les manifestants qu'ils doivent contenir et se préparer en conséquence et planifier soigneusement le caractère et l'importance de leur intervention. Des mesures excessives peuvent produire un effet contraire à celui qui est recherché et fournir aux manifestants du matériel de propagande qu'ils utiliseront contre le gouvernement et les forces de sécurité elles-mêmes. »

 

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« L’objectif du Sommet sera de libéraliser le commerce et les investissements dans les Amériques. […] On peut discuter de la démocratie, des droits de l’Homme, mais ces sujets ne devraient pas faire partie d’un traité commercial. »
— Sam Boutziuvis, vice-président du Conseil canadien des chefs d’entreprises, dans un article de Recto-Verso



« Malgré les engagements fermes de transparence du processus, il y a manifestement une très nette absence d'informations pour tout ce qui touche la ZLEA de près ou de loin. »
— Le Québec et la ZLEA


Manifestations au Sommet de l'APEC à Vancouver, en 1997

 

 

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