Entete: Iran

 

UNE NATION EN ÉBULLITION

Le visage de la contestation

Depuis la fin des années 90, l'Iran est en proie à d'importantes manifestations devenues, avec les années, un mouvement de contestation incontournable pour le régime des mollahs. Porté par les étudiants et relayés par les journaux réformateurs, ce mouvement d'opposition populaire a conduit, à plusieurs reprises, des dizaines de milliers de manifestants dans les campus universitaires et les rues des grandes villes iraniennes. Ces masses éprises de changement réclament, depuis une décennie maintenant, un gouvernement laïc, démocratique et transparent, soit ni plus ni moins que la disparition du régime théocratique en place.

Répression contre les mouvements étudiants

À l'été 2003, des milliers de manifestants massés aux abords de la cité universitaire de Téhéran étaient matraqués par les forces de l'ordre et les milices religieuses. En 10 jours, plus de 4000 personnes furent arrêtées pour avoir scandé des slogans hostiles au guide suprême.

Même scénario en juillet 1999. Alors que d'importantes manifestations étudiantes avaient lieu à Téhéran, 3 jeunes ont été tués au cours des violences, tandis que 550 autres ont été arrêtés et incarcérés par les autorités lors d'affrontements contre des groupes de civils à la solde des policiers.

Ne voyant dans les aspirations démocratiques de la jeunesse iranienne que l'œuvre d'agitateurs à la solde de puissances étrangères, les mollahs, jusqu'ici, n'ont répondu aux forces du changement que par la censure et la répression.

Pour contenir les élans des contestataires, les mollahs disposent d'un appareil répressif composé de 300 000 gardiens de la révolution, les « Pasdarans », une puissante milice religieuse, ainsi que de plusieurs millions de paramilitaires, les « Basijis », qui veillent d'une main de fer au respect de « l'ordre islamique » et aux intérêts du régime.

Maintes fois dispersées par la répression des milices religieuses et de la police, qui a entraîné des milliers d'arrestations et la mort de plusieurs manifestants, les masses étudiantes contestataires sont, chaque fois, redescendues dans les rues, inlassablement portées par la même soif de changement et de liberté.

 

Une jeunesse à l'heure de l'Internet et des modes occidentales

Dans les années qui ont suivi la révolution islamique de 1979, la société iranienne a connu de profondes transformations, induites par un boom démographique important ainsi que par une série de politiques du gouvernement révolutionnaire favorisant le développement des infrastructures et de l'éducation dans tout le pays. Au cours des 20 années qui ont suivi la révolution, la population iranienne a pratiquement doublé, engendrant une société très jeune, dont les deux tiers des citoyens n'ont pas 30 ans. Pour ces nouvelles générations qui vivent à l'heure de l'Internet et des modes occidentales, le monolithisme des religieux à la tête de l'État et la morale islamique qu'ils imposent sont devenus beaucoup plus un fardeau qu'un idéal révolutionnaire.

 

Pas que des étudiants

Portée dans les rues et défendue sur toutes les tribunes par les mouvements étudiants, qui sont devenus les principaux vecteurs de propagation de cette vague réformiste, cette volonté de changement trouve également un large écho dans la population en général.

En effet, depuis 1997, le président réformateur Mohammad Khatami, élu à deux reprises par une imposante majorité de voix, a tenté inlassablement d'engager une modernisation de l'appareil d'État. Mais la farouche opposition que lui opposaient les conservateurs du Conseil des gardiens de la Constitution a eu raison de tous ses efforts et d'une bonne partie du soutien populaire dont il jouissait.

Au cours de cette période, les religieux conservateurs ont tenté d'endiguer la contestation populaire en muselant les publications et journaux réformateurs et en réprimant violemment les mouvements de contestation étudiants.

 

Les conservateurs, nouveaux maîtres du Parlement

En février 2004, les députés conservateurs sont redevenus majoritaires au Parlement iranien, à la suite d'élections législatives fortement contestées en Iran comme à l'étranger. Lors de ce scrutin controversé, les réformateurs, qui avaient obtenu 83 % des voix aux législatives de 2000, ont perdu leur majorité en chambre, après que 3600 de leurs 8000 candidats eurent été écartés des élections par les organes de contrôle conservateurs, sous prétexte qu'ils n'étaient pas suffisamment respectueux de l'islam.

Outrée par la manœuvre, près de la moitié des électeurs a refusé de voter, avec pour résultat un taux de participation d'à peine 50 %.

La soif d'ouverture d'une jeunesse majoritaire

Bien éduqués et très politisés, les jeunes Iraniens semblent avoir définitivement tourné le dos à l'absolutisme du guide suprême et à la domination religieuse de leurs institutions politiques. Faisant fi des arrestations, des coups de fouet et de l'emprisonnement dont ils sont passibles pour s'être opposés au régime, les jeunes Iraniens persistent à réclamer un système politique laïc où religion et pouvoir seraient séparés. Une idée inconcevable pour les mollahs, pour qui ces revendications signifient la fin de leur règne, et, pire encore, la victoire des valeurs démocratiques de l'Occident.

Autrefois portés au rang de demi-dieux par les Iraniens pour avoir abattu, aux côtés de l'ayatollah Khomeiny, la monarchie du chah, ces religieux rigoristes et radicaux sont aujourd'hui eux-mêmes devenus des despotes.

 

 

La jeunesse iranienne en quelques chiffres

Âge moyen de la population iranienne: 23,5 ans

Iraniens âgés de moins de 25 ans: 65 % de la population totale

Taux de chômage chez les jeunes: 50 % (estimation)

Taux de scolarisation moyen des jeunes: 85 % hommes 74 % femmes

Population universitaire: 35 % de femmes 65 % d'hommes

Âge légal pour voter: 15 ans

Accès à Internet: 3 millions de personnes branchées

Drogues: 15 % des 9 à 25 ans en consomment (drogues dures en forte progression)

Gens vivant sous le seuil de pauvreté: 40 % à 50 %

Âge minimal exigé pour le mariage d'une femme: 9 ans

Mères célibataires: 900 000

Prostitution: en forte progression chez les jeunes femmes

Source: Unicef

 

>> Réformateurs contre conservateurs

 

Journaliste: | Infographie: Luc Lavigne | Intégration: Caroline Bélair
© Radio-Canada.ca 2005