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Paul-Éric Dumontier
Radio-Canada.ca/nouvelles
Janvier 2002
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Certains économistes croient que le Canada devrait adopter le dollar américain en raison des liens d'affaires avec les États-Unis, le principal partenaire économique du pays. Des politiciens pensent, eux, qu'il est plutôt souhaitable que le Canada maintienne son dollar afin de s'assurer une plus grande autonomie par rapport aux économies étrangères.

Si le Canada choisit d'adopter le dollar américain, le pays devra se plier aux décisions sur la politique monétaire provenant de la Réserve fédérale à Washington. Advenant une crise, la Banque du Canada n'aura pas la liberté d'intervenir parce que le poids de l'économie canadienne est faible en comparaison de la puissante économie américaine.

L'économie des États-Unis, la plus importante du monde, influence directement l'économie du Canada. En période de crise et d'incertitude économique, le dollar américain est une valeur refuge, ce qui le rend plus fort face aux autres monnaies. La valeur du dollar canadien est décidée par les lois du marché. Même si la Banque du Canada intervient sur les marchés en achetant des milliards de dollars pour soutenir la monnaie canadienne, celle-ci perd du terrain par rapport au billet vert. Depuis 1995, la politique monétaire de la Banque du Canada est de maintenir l'inflation entre 1 et 3 %. Pour y arriver, la Banque dispose de mécanismes pour influencer l'économie. Elle peut baisser les taux d'intérêt pour assouplir le coût de l'argent et faire contrepoids à la faiblesse de la demande.

Le débat n'est pas seulement économique, il est aussi politique. Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, rejette l'idée d'adopter le dollar américain comme monnaie nationale. M. Chrétien a déjà déclaré qu'une telle idée était condamnée d'avance puisque, selon lui, le Canada a besoin de la flexibilité que lui procure le dollar canadien.

Le député libéral et ancien économiste en chef de la Banque Royale du Canada, John McCallum, est contre la dollarisation en raison de la perte de la souveraineté et des effets sur l'économie du Canada. « C'est à un coût considérable que le Canada a réussi à établir une discipline et une crédibilité monétaires et financières au cours de la dernière décennie. Par comparaison avec les États-Unis, nos surplus gouvernementaux sont plus importants, notre inflation est plus faible et nos taux d'intérêt sont plus ou moins les mêmes. À condition de demeurer crédibles, le taux de change fluctuant nous assure une liberté précieuse. »

Bernard Élie, professeur au Département des sciences économiques à l'Université du Québec à Montréal, croit que le Canada doit abandonner le dollar canadien. « Les Européens ont adopté une nouvelle unité de compte, l'euro. Finis franc, mark, schilling, couronne, peseta, lire, escudo et florin. D'un coup, la plus grande partie de leurs transactions internationales sera à l'abri de toute fluctuation des taux de change (80 % des opérations internationales des membres de l'Europe monétaire se font entre eux). Les exportations du Canada sont dirigées essentiellement vers les États-Unis (à 81 %), et nos importations proviennent principalement de chez nos voisins (à 76 %). Notre intégration, surtout depuis le traité de libre-échange de 1987, est de plus en plus forte. En attendant une unité monétaire mondiale, le Canada devra se lier complètement à la monnaie américaine en adoptant son dollar comme unité de compte. Oublions la relative autonomie de nos politiques monétaires. »

 

 

 

 

 

 

 

« C'est à un coût considérable que le Canada a réussi à établir une discipline et une crédibilité monétaires et financières au cours de la dernière décennie. »
John McCallum