Affaire Jean Dominique : les journalistes en danger

Le 3 avril 2000, le journaliste vedette et commentateur politique d'Haïti Jean Dominique est abattu devant les locaux de Radio Haïti Inter, avec le gardien de la station. Il est connu pour ses idées en faveur de la démocratie et de la paysannerie.

Trois ans plus tard, l'enquête et le procès traînent toujours. Le principal suspect, le sénateur Dany Toussaint, bénéficie toujours de son immunité parlementaire, puisque les autres sénateurs ont refusé de la lui retirer, malgré les preuves accumulées contre lui. Il fait parti du mouvement du président, le Fanmi Lavalas.

L'affaire a d'abord été confiée au juge Jean-Sénat Fleury, qui a abandonné le dossier à la suite de menaces. Le juge Claudy Gassant lui a succédé et a inculpé Dany Toussaint. Ce juge, à son tour victime de menaces et d'humiliations, s'est enfui aux États-Unis. Le juge Bernard Saint-Vil a hérité de l'affaire.

De son côté, l'épouse de Jean Dominique, Michèle Montas, qui se bat pour que le procès aboutisse, a dû fermer la station qu'elle dirige et où travaillait son mari, Radio Haïti Inter. Elle a également été la cible d'un attentat dans lequel son garde du corps a trouvé la mort en décembre 2002.

Cette triste affaire illustre les menaces qui pèsent actuellement sur les journalistes haïtiens. Un an avant Jean Dominique, le journaliste Brignol Lindor, désigné comme un terroriste par le maire de Petit-Goâve, était tué à coups de machette. En décembre 2002, les locaux de Radio Étincelle, aux Gonaïves, ont été incendiés. Quelques jours avant, le directeur de la station et sept journalistes avaient reçu des menaces de mort émanant de groupes affirmant soutenir le Fanmi Lavalas.

La situation préoccupe l'organisme Reporters sans frontières, dont le secrétaire général a déclaré : « Nous condamnons les attaques et les menaces subies par les journalistes de la radio. Il est plus que temps que les bandes armées utilisées par le pouvoir pour persécuter les journalistes cessent leurs actions criminelles et soient démantelées. [...] En outre, dans le contexte actuel, il est primordial que le gouvernement s'engage concrètement à garantir la sécurité des journalistes, à arrêter les auteurs des agressions et menaces, dont le chef de “l'armée cannibale”, Amyot Métayer, s'est fait une spécialité, et ainsi permettre à la société haïtienne d'être informée librement ».