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La première république noire


Le 1er janvier 1804, les esclaves noirs insurgés d'Haïti proclamaient l'indépendance de la partie occidentale de l'île et instauraient la république. Ils mettaient ainsi un terme à l'ère coloniale, entamée dès l'arrivée de Christophe Colomb sur l'île, le 6 décembre 1492.

La « Perle des Antilles françaises »

L'explorateur envoyé par le royaume d'Espagne découvre l'île lors de son premier voyage, peu après avoir longé la côte nord de Cuba. Il décide de la nommer « la Petite Espagne », Hispañola. Elle est alors peuplée d'environ 100 000 autochtones, les Arawaks. Ils appellent leur île « Haïti ». Christophe Colomb y laisse une première colonie de 39 hommes, à Navidad. Celle-ci est attaquée par les Arawaks, qui souffrent déjà de la tyrannie des colons.

Une seconde colonie espagnole est ensuite implantée à Isabela, sous la houlette de religieux, principalement des dominicains. À leur initiative, l'île est rebaptisée Santo Domingo. Assoiffés de métaux précieux, les colons espagnols établissent leur domination sur les Arawaks et les assujettissent au travail forcé. En moins de 50 ans, la population autochtone est décimée par les mauvais traitements et les maladies. Les Arawaks sont bientôt remplacés par des esclaves noirs achetés en Afrique.

Les Espagnols laissent les Français s'installer dans la partie ouest de l'île. Ceux-ci fondent Port-au-Prince en 1649. En 1697, le traité de Ryswick (qui met fin à la guerre européenne de la ligue d'Augsbourg) entérine leur présence. Les Français renomment Saint-Domingue leur partie de l'île. Elle prospère grâce au commerce triangulaire et devient rapidement la « Perle des Antilles françaises ». La production de canne à sucre, de coton, puis de café, produits vendus à bon prix en Europe, repose sur le travail des esclaves qui arrivent d'Afrique, toujours plus nombreux. À la veille de la Révolution française, Saint-Domingue compte un demi-million d'esclaves noirs sous la férule impitoyable de 30 000 colons blancs, qui possèdent les deux tiers des terres. On compte environ 20 000 métis libres ou affranchis, souvent alphabétisés.

Le vent de la liberté

Les esclaves opprimés se révoltent régulièrement tout au long du XVIIIe siècle. Les nouvelles de la Révolution française les encouragent. Le 4 août 1791, une insurrection éclate, dirigée par un régisseur noir : Toussaint Louverture. Deux ans plus tard, l'esclavage est aboli. Devenu adjoint du gouverneur général, Toussaint Louverture conquiert la partie orientale de l'île, tombée aux mains des Britanniques. Il se proclame gouverneur général de l'île unifiée.

Toussaint Louverture

Mais en 1802, Napoléon Bonaparte décide de rétablir l'esclavage. Les troupes françaises reprennent possession de l'île et capturent par traîtrise Toussaint Louverture, qui meurt en France l'année d'après. Ses deux seconds, Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe, prennent alors la tête de l'insurrection. Ils triomphent de l'armée française dans la partie occidentale de l'île et proclament la première république noire du monde, le 1er janvier 1804. L'ancienne colonie retrouve son nom arawak : Haïti.

Une succession de dictatures et d'alliances ruineuses

Moins d'un an après sa naissance, la république est abolie par ses fondateurs : ils se proclament empereurs, l'un après l'autre. Pendant le XIXe siècle, les dictatures se succèdent et mettent régulièrement fin à des périodes de rétablissement de la république. Le siècle est émaillé de coups d'État militaires, de révoltes rurales et de soulèvements populaires.

L'oligarchie métisse remplace rapidement les colons aux commandes du pays. Les tensions qui l'opposent aux populations pauvres augmentent. Les travailleurs agricoles s'appauvrissent.

Pour consolider leur pouvoir face aux masses en quête de liberté, les dirigeants, pour la plupart issus de l'oligarchie ou contrôlés par elle, font appel au soutien des puissances étrangères, le plus souvent au détriment du pays. En 1825, le président Jean-Pierre Boyer obtient ainsi la reconnaissance d'Haïti par la France, mais en contrepartie, il s'engage à payer d'énormes indemnités aux planteurs français dépossédés. Pour ce faire, Haïti doit emprunter à la France à des taux faramineux, ce qui grève l'économie pendant près d'un siècle. L'accord prévoit également de réduire de moitié les tarifs douaniers des produits destinés à la France.
Empereur à partir de 1849, Faustin 1er accorde également des avantages économiques et commerciaux, défavorables pour Haïti, à la France, à l'Espagne et aux États-Unis.

La mainmise américaine

Ces pays vont d'ailleurs profiter d'une nouvelle crise politique pour établir un protectorat de fait sur Haïti. En 1915, Jean Vilbrun Guillaume est le sixième président à être assassiné en quatre ans.

Le président américain Woodrow Wilson décide alors d'intervenir militairement. Le 28 juillet, les Marines américains débarquent et répriment violemment la révolte des insurgés, surnommés « cacos ». Malgré la présence de présidents haïtiens, de hauts militaires américains dirigent le pays. Une nouvelle constitution est proclamée. Elle autorise la possession de terres par les étrangers. La paysannerie haïtienne associe la présence américaine à une multiplication des expropriations et une intense déforestation. Haïti souscrit, en 1922, un emprunt d'État auprès de banques américaines qui entrave davantage l'économie du pays. À cette date, le pays traîne déjà une dette de 60 millions de dollars. Les troupes américaines quittent Haïti en 1934, mais l'influence des États-Unis reste très forte.

Jusqu'en 1957, coups d'États et émeutes se succèdent. En 1956, le colonel Magloire, porté au pouvoir après des élections truquées, est obligé de démissionner devant un soulèvement populaire lancé par les étudiants de Port-au-Prince. Après neuf mois de troubles, Haïti entre alors dans l'ère des Duvalier, père puis fils.