30 ANS DE GUERRE CONTRE LA COCA

Dernière mise à jour, septembre 2002

Depuis trois décennies, la Colombie est un champ de bataille où Bogota et Washington s'enlisent dans une guerre sale et laborieuse contre le narcotrafic, une activité dont les immenses revenus financent les opérations de groupes armés et d'organisations criminelles bien au-delà des frontières colombiennes. Véritable usine de cocaïne, le pays, au bord de l'anarchie, ploie sous le poids de la corruption, des guérillas et de l'ingérence étrangère. La Colombie est aujourd'hui un État qui ne s'appartient plus.

-REPÈRES-
Le 7 août 2002, en dépit de mesures de sécurité exemplaires déployées dans la capitale, Bogota, plusieurs obus de mortiers s'abattaient sur le palais présidentiel et ses environs au moment même où se déroulait la cérémonie d'investiture du nouveau président du pays, Alvaro Uribe.

Parachevant une semaine d'attentats meurtriers, cette attaque des FARC ridiculisait, dès les premiers jours de sa présidence, le discours musclé d'Alvaro Uribe à l'endroit de la guérilla colombienne. Le tout au nez et à la barbe de 20 000 militaires et policiers pourtant chargés d'assurer la sécurité de la capitale pendant la cérémonie d'investiture présidentielle.

Âgé de 50 ans, Alvaro Uribe succède pour un mandat de quatre ans au conservateur Andrès Pastrana. Le nouveau chef d'État au discours de droite musclé a été triomphalement élu au premier tour de scrutin, le 26 mai 2002, avec 53 % des suffrages. Jusqu'à maintenant, Alvaro Uribe a échappé à 15 attentats, dont un le jour même de son assermentation.

Au cœur de cette guerre civile : le contrôle des milliards de dollars de la cocaïne et de l'héroïne que le pays produit en abondance. Une source de financement occulte où s'abreuvent politiciens, militaires, milices de droite et guérillas. Tous se disputant le contrôle de régions entières du pays où chacun possède son propre trafic et impose ses propres lois.

Fort d'une aide militaire américaine de deux milliards de dollars, le nouveau président du pays, Alvaro Uribe Vèlez, rejette l'approche pacifique de son prédécesseur et entend bien se débarrasser une fois pour toutes des guérillas par la force. Une approche musclée dont se félicite Washington, qui depuis 20 ans mène en Colombie sa propre guerre contre la drogue. Une croisade de 70 milliards de dollars par an menée à distance, et qui n'a jusqu'ici réussi qu'à faire doubler la superficie des cultures de coca en Colombie.

Tout est sacrifié à la lutte
contre la drogue

Pendant ce temps, c'est une tragédie humanitaire et environnementale qui se joue dans les campagnes colombiennes où la population s'enfonce dans la pauvreté. La famine, la violence et la misère se vivent au quotidien. Au calvaire de ces populations éprouvées s'ajoute l'épandage aérien, par les militaires, de millions de litres de pesticides et de défoliants destinés à détruire les plantations de coca et de pavot sur de grandes superficies. Une pratique dévastatrice pour tout ce qui vit dans ces zones (flore, faune et populations humaines) et qu'on répète chaque année depuis vingt ans.

Une guerre qui rapporte trop

En fait, la déstabilisation de l'État colombien rapporte beaucoup trop en narcodollars pour être endiguée aussi facilement. Véritable gagne-pain de millions de Colombiens, la drogue est en Colombie plus qu'une industrie, c'est une économie nationale parallèle. Que ce soit pour le compte des guérillas, des narcotrafiquants, de la classe politique colombienne ou encore pour la santé économique du complexe militaro-industriel américain, la guerre civile semble rapporter actuellement beaucoup trop à ceux qui la font pour qu'une paix durable soit envisagée. Reste maintenant à savoir comment le nouveau président, Alvaro Uribe, s'y prendra pour livrer cette paix tant promise aux millions de Colombiens qui sont, eux, les premières victimes de ce conflit.

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