Biographies

- Lucien Bouchard

- Jean Charest

- Jean Chrétien

- Mario Dumont

- Daniel Johnson

- Preston Manning

- Jacques Parizeau

JACQUES PARIZEAU

  • Le 12 septembre 1994, après un quart de siècle de combat politique, Jacques Parizeau est élu premier ministre du Québec. Il peut enfin enclencher la réalisation de son rêve: la souveraineté du Québec. Il a promis de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec dans un délai de 8 à 10 mois. Il est bien décidé à tenir parole.

 

Un nuage à l’horizon

Le chef péquiste ne récolte que 44 % du vote populaire. Une victoire décevante, qui est de mauvais augure pour la prochaine étape.

 

  • Jacques Parizeau ne s’en fait pas du tout. Il attend ce moment depuis longtemps, il ne ralentira pas maintenant. Son allié, Lucien Bouchard, flaire le danger.

 

À la fin de l’hiver 1995, les sondages confirment que l'option souverainiste n'a pas la cote: 60 % des Québécois voteraient non. Les Québécois sont plus inquiets qu’enthousiastes. Ils se sentent brusqués. Ils craignent que le premier ministre fasse un référendum coûte que coûte et ne les entraîne vers une catastrophe. 

 

  • Assailli par ses alliés, Jacques Parizeau annonce finalement que le référendum n’aura pas lieu au printemps. Mais Lucien Bouchard craint que son chef préfère risquer de perdre le référendum, plutôt que de modifier sa stratégie. Il lui demande d’offrir un partenariat au Canada et de tenir deux référendums avant de faire la souveraineté, soit la démarche de 1980. Furieux, Jacques Parizeau affirme qu’il ne veut surtout pas que la souveraineté devienne conditionnelle à une entente avec le Canada.

 

« Mes discussions avec M. Bouchard – comme avec les autres d’ailleurs – ne vont pas durer très longtemps. Pour une raison qui est tout à fait simple: ça fait plusieurs années que je prépare une démarche incompatible avec celle qu’ils me proposent. […] Je veux faire un référendum pour réaliser la souveraineté du Québec, pas pour obtenir l’autorisation de négocier. Je veux la faire! » - Jacques Parizeau

 

Certains comparent le coup que Bouchard vient de porter à Parizeau à sa démission fracassante du gouvernement Mulroney lors du débat sur l’accord du lac Meech. D’autres proclament même que le conflit porte un coup fatal à la menace séparatiste.

 

  • Le 12 juin 1995, le chef souverainiste amorce son propre virage stratégique en attirant au camp du oui un nouveau joueur: Mario Dumont. Comme Lucien Bouchard, Dumont exige une négociation de partenariat avec le Canada. Cette fois, Jacques Parizeau accepte de modifier sa stratégie. Les trois chefs célèbrent alors la naissance de la coalition souverainiste. Par ce geste, Jacques Parizeau croit reprendre la maîtrise du jeu sans donner l’impression de céder à son allié, mais aussi rival, Lucien Bouchard.

 

« Dans la mesure où il est clair que beaucoup de gens aimeraient, qu’avant de partir, on fasse une dernière proposition au Canada, moi, je suis tout à fait disposé à accepter ça, mais à une condition: si ça ne marche pas, on fait la souveraineté quand même. »
- Jacques Parizeau

 

- Le chef souverainiste vit un grand moment de sa vie, le 7 septembre 1995, lorsqu'il révèle la question du deuxième référendum sur l’indépendance du Québec en 15 ans. En un rien de temps, la question est critiquée de toutes parts. Pour plusieurs observateurs, elle est beaucoup trop longue, voire confuse.

 

La question référendaire

« Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l'avenir du Québec, et de l'entente signée le 12 juin 1995, oui ou non? »

 

« J’ai toujours pensé […] que la question la plus simple dans un référendum c’est: “Voulez-vous que le parti, que le Québec, devienne un pays souverain à partir de telle date, oui ou non?” Mais parfois, on est obligé de composer avec les circonstances, et Dieu sait si je l’ai fait, mais ça n’enlève rien à mes convictions. »
- Jacques Parizeau, premier ministre du Québec et chef du Parti québécois (1995)

 

  • Au début de la campagne, alors que le oui ne va nulle part, Jacques Parizeau fait un choix très difficile: il cède l’avant-scène en nommant Lucien Bouchard négociateur en chef des Québécois. La nouvelle fait rapidement remonter le oui dans les sondages.

 

« Jacques Parizeau voulait gagner, alors c’était la chose à faire, puis il l’a fait de bon cœur. Je ne vous dis pas que ça s’est fait sans pincement à son orgueil, mais il était prêt à tous les sacrifices. » - Lisette Lapointe, épouse et conseillère spéciale
de Jacques Parizeau

À la mi-campagne, preuve irréfutable de l'effet Bouchard: un sondage met le oui en avance pour la première fois.

 

  • Le 30 octobre, le rêve de Jacques Parizeau s’envole: les Québécois disent non à un Québec souverain. Le non gagne par 54 300 votes, soit 1 % de plus que le oui. Bref, une victoire sans triomphe ni gloire. 
  • Jacques Parizeau a alors un autre rendez-vous avec l’histoire… En quelques mots, il éclipse tout ce que son équipe et les militants avaient accompli jusqu’ici. Ses paroles hanteront la cause souverainiste pour des années à venir:

« Mes amis, c’est raté, mais pas de beaucoup. Non, non, non, et c’est réussi sur un plan. Si vous voulez, on va cesser de parler des francophones du Québec, voulez-vous? On va parler de nous, à 60 % […] C’est vrai qu’on a été battu, au fond, par quoi? Par l’argent et des votes ethniques, essentiellement. » - Jacques Parizeau (1995)

 

« Oui, j’étais furieux, ça se comprend un peu. Et là, avec cette mentalité que j’ai “on passe et on le fait”, ou bien “on ne passe pas et on s’en va”, bien sûr que j’étais furieux. Je ne trouvais pas ça drôle du tout… » - Jacques Parizeau (2005)

 

  • Le 31 octobre, Jacques Parizeau remet sa démission aux postes de premier ministre, chef du Parti québécois et député de la circonscription de L’Assomption.

 

Ses premiers pas vers la souveraineté

Durant les années 60, le Québec est en pleine ébullition. Des milliers de jeunes militent pour l’indépendance du Québec, alors que d’autres préfèrent affirmer la place des francophones au sein du Canada.

Jacques Parizeau choisit le Québec. Il devient un des brillants fonctionnaires de la Révolution tranquille, qui jette les bases d’un état moderne. De plus, il constate que le Québec a tout ce qu’il faut pour devenir un pays.

En 1969, il fait le saut en politique. Il adhère au Parti québécois de René Lévesque. Il est alors aux antipodes des nationalistes passionnés. Pour lui c’est essentiellement un choix intellectuel.

« J’aboutissais à la souveraineté pas par émotion, pas parce que je me sentais particulièrement souverainiste, mais simplement parce que ça me paraissait une conséquence logique. » - Jacques Parizeau

Lors de la première campagne référendaire, en 1980, il fait campagne loyalement aux côtés de René Lévesque, même s’il croit que le projet de souveraineté-association porte en lui le germe de sa propre défaite.

Le 20 mai, lorsque les fédéralistes triomphent aisément des souverainistes, Jacques Parizeau en tire une leçon amère, mais aussi très utile. Il comprend alors le danger de s’engager dans une association avec le Canada.

 


Biographies

- Lucien Bouchard

- Jean Charest

- Jean Chrétien

- Mario Dumont

- Daniel Johnson

- Preston Manning

- Jacques Parizeau