Biographies

- Lucien Bouchard

- Jean Charest

- Jean Chrétien

- Mario Dumont

- Daniel Johnson

- Preston Manning

- Jacques Parizeau

JEAN CHRÉTIEN

  • Lors de la campagne référendaire de 1995, Jean Chrétien est perçu comme l’un des politiciens les plus combatifs et aguerris du pays. Alors chef du Parti libéral du Canada (PLC) et premier ministre du Canada, il a 61 ans.
  • Le chef libéral n’en est pas à sa première bataille dans le camp du non: il a vécu le premier référendum de 1980, lorsqu'il était ministre de la Justice sous le gouvernement Trudeau. Il était d’ailleurs considéré comme le fer de lance du fédéral durant cette campagne.

 

En 1995, le camp du non regroupe un nombre impressionnant de politiciens du Québec et d’Ottawa et de gens d’affaires. Toutefois, malgré cette apparence de force, il s’agit d’une coalition fragile. Bien que la loi référendaire force les fédéralistes de toutes tendances à faire campagne sous la même bannière, plusieurs d’entre eux sont des adversaires en temps normal.

 

  • À l’automne 95, Jean Chrétien est convaincu que les fédéralistes se dirigent vers une victoire semblable à celle de 1980. Le non l’avait remporté avec près de 60 % des voix (non: 59,5%; oui: 40,4 %).
  • Tout au long de la campagne, il refuse de prendre une position ferme sur les enjeux d’un Québec souverain. Pour lui, il n’est d’ailleurs aucunement question de s’engager à reconnaître une victoire souverainiste de justesse, tel que le réclame le chef réformiste, Preston Manning. Selon M. Chrétien, ce serait « irresponsable » puisque le scrutin du 30 octobre n'a qu'un caractère « consultatif ».
  • Le chef libéral refuse également de reconnaître la légitimité de la question référendaire, qu’il juge trop confuse.

 

« S'ils [les souverainistes] posaient la question "Voulez-vous vous séparer du Canada?", point final, je dirais que je serai le premier à en reconnaître [le résultat], s'ils avaient l'honnêteté de poser une question absolument claire aux Québécois ».
- Jean Chrétien (septembre 1995)

 

  • Ne manquant pas d’audace, Jean Chrétien se fait souvent remarquer lors de ses déclarations. À titre d’exemple, le 20 septembre 1995, il réplique de manière cinglante au chef bloquiste, Lucien Bouchard, qui vient de l’accuser d'avoir « une obsession anti-Québec »:

« Dites donc aux Québécois, comme vous avez dit aux Américains:
"Nous sommes séparatistes", et vous allez en manger une belle. »

- Jean Chrétien (octobre 1995)

 

  • Jean Chrétien a-t-il réclamé à un moment ou à un autre l’appui du président américain Bill Clinton? Interrogé aujourd’hui à ce sujet, il dit ne pas s'en souvenir. L’ambassadeur des États-Unis au Canada à l’époque, James Blanchard, affirme pour sa part que l’ancien premier ministre canadien a bel et bien demandé de l’aide au président américain.

 

« Je ne me rappelle pas, peut-être qu’il s'était informé, alors que nous étions aux Nations unies: "Jean, comment ça marche?", puis je lui ai expliqué. Mais je n’ai pas appelé Clinton puis j’ai dit: "Bill, j’aimerais que tu fasses une déclaration." C’est pas de même que ça s’est passé. » - Jean Chrétien (2005)

 

  • Vent de panique: à deux semaines du référendum, un sondage place le oui en avance pour la première fois. Jean Chrétien n’a plus le choix: pour la première fois depuis le début de la campagne, il admet que la bataille est serrée et que la victoire du non n'est pas assurée.

Où est le « plan B? »

Certains proches et anciens collègues du premier ministre, comme son neveu, Raymond Chrétien (alors ambassadeur du Canada aux États-Unis), affirment aujourd’hui que Jean Chrétien n’a, en fait, jamais eu de « plan B » advenant un Québec souverain.

« Je réalisais tout à coup que nous n’avions pas de "plan B". Je voulais savoir: qu’est-ce que je fais dans une semaine, qu’est-ce que je dis au président Clinton si le Canada perd, quel est notre message? Et le verdict? On l’accepte? On le refuse? À quelles conditions? [...] Laissez-moi vous dire qu’à ce moment-là, ça patinait fort. »
- Raymond Chrétien, ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis

 

  • Tout au long de la campagne, Jean Chrétien refuse d’appuyer le principe de la société distincte pour le Québec. Il cède toutefois à huit jours du vote. Il signe une déclaration commune avec le chef du PLQ, Daniel Johnson, à ce sujet. La déclaration est cependant muette sur la question du droit de veto et du retrait du fédéral des juridictions provinciales.

 

« La société distincte? On est distinct, pas besoin de l'écrire dans la Constitution. »
- Jean Chrétien, La Presse, 11 septembre 1995

Jean Chrétien, nouveau porte-parole du non

À une semaine du référendum, les stratèges fédéralistes décident de jouer le tout pour le tout et désignent Jean Chrétien comme principal porte-parole du camp du non. Il déloge ainsi le chef du PLQ, Daniel Johnson, qui occupait ce poste depuis le début de la campagne. Le combat se situe maintenant entre Lucien Bouchard et Jean Chrétien.

 

  • Lors du grand rendez-vous du non, le 24 octobre, qui réunit plus de 12 500 partisans, Jean Chrétien sait très bien que la victoire du non n’est plus assurée, et que le pays qu’il dirige est sur le point d’éclater.

 

« À tous les peuples du monde qui sont venus ici au Canada parce que c’était le pays de l’espoir, le pays de la liberté et le pays du succès.  Des quelques milliers qu’il y avait au moment de la conquête, nous sommes devenus un peuple fier de 7 millions de francophones, dont 1 million hors Québec. […] Et c’est pourquoi je répète avec fierté les mots prononcés par Jean Lesage, le père de la Révolution tranquille, il y a 15 ans: “Le Canada, c’est mon pays, le Québec, c’est ma patrie.”  Merci beaucoup, thank you very much. »
- Jean Chrétien

 

Le discours à la nation

Le 25 octobre, Jean Chrétien réalise le discours le plus important de sa vie politique: il s’adresse à la nation. Signe que le pays est clairement en état de crise.

« Il semble également que certains s'apprêtent à dire oui parce qu'ils pensent qu'ils auront un meilleur rapport de force pour renégocier un partenariat économique et politique avec le Canada. Je veux leur répéter encore une fois qu'ils se trompent. »

« Ce n’est pas seulement l’avenir du Québec qui se décidera lundi, c’est également celui de tout le Canada. C’est une décision sérieuse et irréversible aux conséquences imprévisibles et incalculables. Un oui mène à la destruction irréversible de l’union économique et politique que nous avons actuellement, rien de plus. »

« Écoutez bien ce que disent les dirigeants séparatistes. Ils sont très clairs. Le pays qu’ils proposent, ce n’est pas un Canada amélioré, c’est un Québec séparé. »

 

  • Le 30 octobre au soir, c’est la victoire du non. Jean Chrétien déclare:

« Nous arrivons au terme d’une campagne longue et émotive. Les divisions ne sont jamais faciles, elles ne sont jamais sans douleur. Mais nous pouvons en sortir plus forts. À mes concitoyens et concitoyennes du Québec qui ont appuyé le oui, je dis que je comprends votre profonde volonté de changement.

Pour la deuxième fois en 15 ans, nous venons de traverser une période difficile dans une atmosphère très émotive. Il nous faut maintenant envisager des solutions innovatrices pour ne plus jamais retomber dans pareille crise existentielle.

L’heure est maintenant venue de la réconciliation. Il est temps de mettre de côté nos divisions. »

 

L’après-référendum
  • Quelques jours après la victoire du non, Jean Chrétien annonce que si le oui l’avait remporté avec une majorité qu’il aurait jugée trop faible, il aurait volontairement bloqué le processus de sécession du Québec.
  • Jean Chrétien sera réélu à la tête du pays en 1997 et en 2000. Il est le seul premier ministre du Canada depuis Mackenzie King à obtenir trois mandats majoritaires consécutifs. Il démissionne à l’automne 2003 et poursuit sa carrière comme avocat et hommes d’affaires.
  • Le 7 septembre 2004, la Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires commence ses audiences publiques à Ottawa.
  • Jean Chrétien témoigne à cette commission en février et en mai 2005. L’ancien premier ministre du pays affirme notamment que la victoire serrée des forces du non lors du référendum de 1995 l’avait incité à multiplier les efforts pour accroître la visibilité du gouvernement canadien.

    * Pour plus de détails sur la Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires.

 


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