1995
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1er octobre

Les Québécois sont convoqués aux urnes le 30 octobre. Au cours d’une allocution télévisée, Jacques Parizeau annonce que ce rendez-vous référendaire sera peut-être le dernier. La dernière chance pour les francophones de devenir majoritaires dans leur propre pays, dit-il, et de se donner enfin un « projet de société » original, qui échapperait à la vague conservatrice qui secoue l’Amérique.

 

7 octobre

Alors que la campagne du oui bat de l’aile, Jacques Parizeau révise sa stratégie et fait un geste fort audacieux: il nomme, pour le 31 octobre, Lucien Bouchard négociateur en chef des Québécois. Reconnu pour son éloquence, le chef bloquiste est très charismatique, et sa popularité ne cesse de grandir au sein de la population québécoise. D’ailleurs, son titre de négociateur en chef atteste l’idée d’un partenariat avec le Canada.

La Colombie-Britannique affirme qu’elle refusera de négocier une association de partenariat entre le Canada et le Québec si le oui l’emporte.

Rencontre du G7 à Washington: la communauté internationale n’appuiera pas la séparation du Québec, affirme le ministre canadien des Finances, Paul Martin. À l’issue d’une réunion avec ses homologues, M. Martin déclare: « Il est très clair qu’il n’y a aucun appui à la séparation au sein de la communauté internationale. Je leur ai dit que leurs impressions à l’effet que le Canada allait gagner étaient fondées. »

Paul Martin dit d’ailleurs avoir informé ses homologues qu’il était persuadé qu’une union économique entre le Canada et le Québec était impossible en raison de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). M. Martin plaide que si le Canada accordait au Québec des privilèges dont les États-Unis ou le Mexique ne bénéficieraient pas, Washington profiterait de l’occasion pour invalider des clauses de l’ALENA qui protègent, entre autres, l’agriculture et la culture canadienne. « Vous devez vous rappeler que le vote du 30 octobre ne porte pas sur la création d’une nouvelle union politique et économique; il porte sur la destruction de l’union politique et économique qui existe aujourd’hui, » ajoute-t-il.

Les ministres des Finances du G7 étaient réunis à Washington à l’occasion d’une rencontre d’une semaine du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

 

9 octobre

L'ex-président américain George Bush et l'ex-président de l'Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev souhaitent que le Canada demeure uni. Lors d'une conférence à Colorado Springs sur la fin de la guerre froide, George Bush déclare qu'il trouverait déplorable que le Canada soit divisé. Quant à Mikhaïl Gorbatchev, il affirme que l'on devrait retenir une importante leçon de l'Union soviétique, à savoir que toute rupture ne peut que créer de sérieuses difficultés.

 

11 octobre

Les Cris réaffirment leur droit à l'autodétermination. Ils déclarent qu’ils ne sont pas liés par le résultat du référendum du 30 octobre et que leur territoire leur appartient.

 

12 octobre

Le premier ministre de l’Ontario, Mike Harris, déclare qu’« un Québec séparé serait un pays étranger. Point à la ligne. » Moins catégorique, le premier ministre néo-brunswickois, Frank McKenna, déclare que les Québécois ne doivent pas s'attendre à ce que le Canada accepte une union économique et politique.

 

13 octobre

Le chef du Parti réformiste, Preston Manning, déclare que le Canada anglais n'est nullement enclin à accepter l'association économique et politique que propose le camp souverainiste. Mais la victoire d’un non ne se traduirait pas pour autant, dit-il, par le maintien du statu quo. M. Manning est le seul chef d'une formation politique fédérale à s'être engagé à reconnaître un oui.

Le camp du non revoit sa stratégie. Les sondages internes démontrent que l'impact de Lucien Bouchard s'est fait ressentir. Jean Charest, qui a fait un effet bien senti à chacune de ses sorties, devient la vedette du camp du non.

 

14 octobre

Alors qu’il tente de gagner les femmes à la souveraineté (selon les sondages, elles sont plus réticentes que les hommes à l’idée de la souveraineté), Lucien Bouchard prononce des paroles qui provoquent la controverse. En abordant la question des problèmes démographique du Québec, il décrit les Québécois comme « une des races blanches qui ont le moins d'enfants ». Ces propos soulèvent rapidement la controverse: les fédéralistes le qualifient de raciste, tandis que des regroupements de femmes exigent des excuses. Trois jours plus tard, accompagné par la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Françoise David, le chef bloquiste tient une conférence de presse dans laquelle il dit regretter ses propos.

 

15 octobre

Le Nouveau Parti démocratique du Canada (NPD) reconnaîtra le résultat du référendum. Moins de 24 heures après avoir été portée à la tête du NPD, Alexa McDonough déclare que son parti reconnaîtrait le résultat du référendum du 30 octobre, quel qu'il soit.

 

16 octobre

Le chef du Parti réformiste, Preston Manning, demande aux Québécois de l'aider à construire un Canada décentralisé. De passage à Montréal, il déclare que les Québécois et son parti veulent la même chose: un gouvernement fédéral décentralisé, donnant plus de pouvoirs aux provinces.

Le débat télévisé des chefs n'aura pas lieu. Après une dizaine d'heures de négociations ardues au cours des jours précédents, les diffuseurs déclarent forfait. L'ultime date envisagée étant le vendredi 20 octobre, les délais impartis rendent désormais impossible l'organisation d'un tel face à face.

17 octobre

Les Cris de la Baie-James refusent que leurs territoires soient intégrés à un Québec souverain et veulent maintenir leurs liens avec le fédéral. Dans un rapport intitulé The Voice of a Nation on Self-Determination, les 12 000 Cris de la Baie-James indiquent également qu’ils voteront massivement non lors de la tenue de leur propre référendum, prévu le 26 octobre.

 

Méthodologie

Les résultats du sondage CROP, effectué pour La Presse et The Toronto Star, reposent sur 1151 entrevues téléphoniques effectuées du 13 au 16 octobre 1995. Le questionnaire comprenait une quinzaine de points, et la durée moyenne des entrevues complétées a été évaluée à quatre minutes.

Les entrevues ont été réalisées par la maison CROP, à Montréal. Le taux de réponse enregistré lors du sondage est de 70 %. La provenance des répondants se distribue comme suit: le Grand Montréal 520; ailleurs en province 631.

Les résultats furent pondérés sur la base des statistiques du recensement de 1991, afin de refléter la distribution de la population adulte du Québec selon le sexe, l’âge, la région de résidence des répondants et leur langue d’usage.

Un échantillon de cette taille (n=1151) est précis à 3 points près, 19 fois sur 20. La marge d’erreur augmente lorsque les résultats portent sur des sous-groupes de l’échantillon.

18 octobre

Vent de panique dans le camp du non. Pour la première fois depuis le début de la campagne, un sondage place le oui en avance (oui: 50,6 %, non: 49,4 %). Jean Chrétien admet, pour la première fois depuis le début de la campagne référendaire, que la bataille est serrée et que la victoire du non n'est pas assurée. Il va même jusqu’à mettre en garde les Canadiens contre un excès de confiance, et remercie les autres provinces de leur « compréhension et de leur grande patience » en ce qui a trait au débat référendaire. La consternation déborde les frontières du Québec et s’insinue même au cœur du gouvernement Chrétien. Le reste du Canada, qui respectait, jusque-là, « la consigne du silence », ne veut plus se taire (les fédéralistes québécois avaient établi la stratégie de tenir tous les gens hors Québec à l’écart durant la campagne). Les politiciens hors Québec accusent Jean Chrétien d’avoir péché par excès de confiance, et ils remettent en question ses capacités et son jugement.

 

19 octobre

Devant 1200 jeunes souverainistes réunis au Spectrum, Jacques Parizeau affirme: « On ne veut pas de société distincte, on veut un pays à nous. » Répliquant au discours de Jean Chrétien prononcé à Québec, Jacques Parizeau déclare: « Qu'on me sacre patience avec la société distincte. J'en veux pas de société distincte, je veux un pays. »

 

20 octobre

Le gouvernement Parizeau maintient son engagement concernant l’intégration des 70 000 employés fédéraux québécois dans la fonction publique d’un Québec souverain, même si les différentes parties concernées (le Conseil du Trésor, l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)) ne sont finalement pas parvenues à la signature d’un protocole d’entente.

 

21 octobre

Dissension au sein du camp du non. Le chef du Parti libéral du Québec, Daniel Johnson, souhaite que Jean Chrétien reconnaisse le caractère distinct du Québec avant le jour du référendum. Interrogé à ce sujet alors qu’il fait campagne à Longueuil, le 21 octobre, il répond: « C’est dans le domaine du souhaitable. »

Mais Jean Chrétien ne veut pas changer de stratégie. Selon lui, le camp du non doit s’en tenir à son plan initial, soit de ne rien proposer et d’attaquer le projet souverainiste: « On ne parle pas de la Constitution, on parle de la séparation du Québec », affirme-t-il alors qu’il est de passage à New York pour célébrer le 50e anniversaire des Nations unies.

Ces déclarations contradictoires provoquent une tempête médiatique. La campagne fédéraliste étant en chute libre, elles ne pouvaient d’ailleurs pas se produire à un pire moment.

 

22 octobre

Près de 5000 personnes sont rassemblées au Pavillon de la jeunesse à Québec, ce qui constitue la plus grande assemblée de la campagne du oui jusqu’ici. Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Mario Dumont y ont prononcé des discours. À une semaine du référendum, Jacques Parizeau a exhorté les militants à ne pas lâcher, malgré une légère avance dans les sondages.

Le camp du non accepte le concept de société distincte. Daniel Johnson et Jean Chrétien dévoilent une déclaration commune, où ils disent appuyer le principe de la société distincte pour le Québec. La déclaration est cependant muette sur la question du droit de veto et du retrait du fédéral des questions de compétences provinciales, deux éléments mentionnés dans le manifeste du non, un document signé par les membres du camp fédéraliste, dont M. Chrétien.

En soirée, une dizaine de ministres fédéraux se donnent rendez-vous dans un restaurant chic de Hull. Ils doivent envisager pour la première fois ce qui était jusqu’à ce jour un scénario impensable: un Canada sans le Québec. Lors d’une entrevue exclusive accordée à Radio-Canada en 2005, l’ex-ministre fédéral des Pêches et des Océans, Brian Tobin, résume la rencontre: « On était un groupe de ministres du Canada anglais. On parlait de nos craintes, de nos préoccupations, du déroulement de la campagne. Nous n’avons pas parlé d’un scénario précis, de ce qui arriverait si on perdait le référendum. Mais on s’est regardé, et on a reconnu qu’il s’agissait d’une possibilité réelle et que si ça se produisait, on ne pourrait pas faire comme si de rien n’était.

On aurait à se poser des questions difficiles comme: est-ce qu’un premier ministre issu du Québec peut représenter le Canada dans une négociation, alors qu’on vient d’obtenir le mandat de détruire le pays? Est-ce que les ministres du Québec — qui, à ce moment, rappelez-vous, occupaient toutes les positions-clés dans le cabinet — pourraient former l’équipe de négociation canadienne, si l’objet des négociations est la souveraineté du Québec? La réponse est qu’ils ne pourraient pas, et que la structure du gouvernement devrait changer considérablement. Comment? On n’est pas allé jusque-là. On savait seulement qu’on ferait notre devoir s’il le fallait. Évidemment, personne ne souhaitait ce résultat. »

 

23 octobre

Jean Chrétien rentre de son séjour de trois jours à New York. Durant sa courte absence, tout a changé. Il était parti confiant, mais revient préoccupé: tous les sondages placent les souverainistes en avance.

La campagne fédéraliste, menée jusqu’ici par le chef du PLQ, Daniel Johnson, est effectivement en chute libre, et la stratégie du camp du non doit être modifiée. À compter de maintenant, Jean Chrétien prend la tête de la campagne du non.

Des Canadiens se mobilisent. À une semaine du vote, un vent de panique souffle sur le pays. Des citoyens se heurtent soudainement au fait que le pays qu’ils ont toujours connu et tenu pour acquis pourrait bientôt ne plus exister. Certains d’entre eux décident de prendre la situation en main, en produisant des événements pour le moins originaux. D’Halifax à Victoria, des dizaines de milliers de Canadiens transmettent aux Québécois des cartes postales contenant des messages d’amitié les implorant de ne pas quitter le pays. Un fermier albertain, au nord-est de Calgary, installe d’énormes lettres dans son champ où l’on peut lire: « C’est mieux ensemble ». Roger Lalonde, un Franco-Albertain, organise pour sa part une campagne d’appels téléphoniques pour que les gens de l’Ouest demandent aux Québécois de rester au Canada.

Terre-Neuve dit non à un statut spécial pour le Québec. Même s'il reconnaît que le Québec est différent, le premier ministre terre-neuvien, Clyde Wells, affirme que le Québec ne devrait pas obtenir un statut spécial au détriment des autres provinces canadiennes. Il souligne que les Québécois sont faussement amenés à croire qu'un oui leur donnera un pouvoir de négociation avec le reste du Canada.

 

24 octobre

Grand rendez-vous des forces fédéralistes à l’aréna de Verdun. Les dirigeants du camp du non ont radicalement modifié leur stratégie. Ce soir, ils jouent le tout pour le tout. Ils doivent rallier tous les Québécois indécis ou attirés par le discours de Lucien Bouchard et par sa promesse de négocier un nouveau partenariat avec le Canada .

Devant plus de 12 500 partisans, Jean Chrétien promet de ne pas modifier unilatéralement les compétences du Québec et réitère son appui au concept de société distincte: « Pendant cette campagne, j’ai écouté mes compatriotes du Québec dire qu’ils sont profondément attachés au Canada. Ils veulent voir le Québec reconnu au sein du Canada comme une société distincte, par sa langue, sa culture, et ses institutions. Je l’ai dit, et je le répète, je suis d’accord. J’ai appuyé cette position dans le passé, je l’appuie aujourd’hui, et je l’appuierai à l’avenir en toutes circonstances. »

Jusqu’à ce discours, le chef du camp du non dénonçait l’ambiguïté de la question référendaire. Il refusait de reconnaître qu’une victoire du oui entraînerait la souveraineté du Québec et l’éclatement du Canada. Plus maintenant: « Lundi, nous aurons à décider si le Canada que nous, Québécois, avons bâti ensemble, continuera d’évoluer ou sera brisé. Nous avons à choisir entre l’espoir et l’abandon, entre continuer ou décrocher, rester ou partir. Voilà l’enjeu du référendum. »

De plus, pour la première fois depuis le début de la campagne, le discours du non rejoint une des racines les plus profondes des Québécois: leur sens de l’histoire: « Et c’est pourquoi je répète avec fierté les mots prononcés par Jean Lesage, le père de la Révolution tranquille, il y a 15 ans: “Le Canada, c’est mon pays, le Québec, c’est ma patrie.” Merci beaucoup, thank you very much », déclare le chef du camp du non

Le grand chef de l'Assemblée des premières nations, Ovide Mercredi, affirme que si le Canada est divisible, le Québec l'est aussi. M. Mercredi soutient que les Autochtones seront les « architectes de leur propre avenir ». Le ministre des Affaires indiennes, Ron Irwin, appuie les déclarations de M. Mercredi, rappelant que les droits des Autochtones ont préséance sur ceux des descendants des Européens.

« Nemoue » (non), disent les Cris. Lors d’un référendum tenu dans le Nord-du-Québec, 4666 Cris ont voté pour demeurer au Canada, 183 pour faire partie d’un Québec souverain. Le référendum s’est déroulé sur une période de trois jours. 77 % des Cris ont voté. Selon le grand chef cri, Matthew Coon Come, les Cris ont le droit de décider de leur avenir, tout comme les Québécois. « Le message est clair. Nous ne serons pas séparés du Canada, car nous avons refusé notre consentement. Nous ne sommes pas dans le camp fédéral. Nous ne sommes pas dans le camp provincial. Nous sommes dans le camp Cri. » *Extrait vidéo: Référendum des Cris: Matthew Coon Come annonce les résultats du vote (Extrait, point de conférence de presse)

Le premier ministre manitobain, Gary Filmon, se dit prêt à reconnaître au Québec un statut de société distincte de la même façon qu'il l’avait fait durant les négociations du défunt accord de Charlottetown. « La fédération doit continuer à évoluer et à changer. C’est à notre avantage au Manitoba et je suis sûr que c’est aussi à l’avantage du Québec. » Certaines critiques souligneront que la définition de société distincte dans l’accord de Charlottetown est cependant considérée comme plus restreinte que la définition plus ouverte que comportait l’accord du lac Meech.

 

25 octobre

Discours télévisés de Jean Chrétien et de Lucien Bouchard. Pour le premier ministre Chrétien, il s’agit du plus important discours de sa vie politique, dans lequel il définit l’enjeu du référendum. C’est la confirmation officielle que le pays est en état de crise. Il déclare notamment: « Ce n’est pas seulement l’avenir du Québec qui se décidera lundi, c’est également celui de tout le Canada. C’est une décision sérieuse et irréversible aux conséquences imprévisibles et incalculables. Un oui mène à la destruction irréversible de l’union économique et politique que nous avons actuellement, rien de plus. » Dans sa réplique, le porte-parole du camp du oui, Lucien Bouchard, décrit les ouvertures récentes du camp fédéraliste comme le résultat « d’un vent de panique, plutôt que d’un vent de changement […] seul le oui peut apporter le changement ». Alors qu’il rappelle le rôle de Jean Chrétien dans le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982, le chef bloquiste l’attaque directement: « Ses propos ne sont pas crédibles parce que lui-même ne l’est pas », déclare-t-il.

Des milliers de partisans souverainistes sont rassemblés à l’aréna de Verdun pour une dernière fois avant le jour du vote. Leur porte-parole, Lucien Bouchard, vient tout juste de prononcer à la télévision sa réplique au premier ministre du pays, Jean Chrétien, qui s’était adressé à la nation. À son arrivée à l’aréna, Lucien Bouchard déclare, devant la foule en liesse: « Le lendemain du 30 octobre, quand nous nous réveillerons, nous serons un peuple, et nous aurons donné à M. Parizeau et à son gouvernement le mandat de réaliser la souveraineté de notre pays, le Québec. »

Dans un geste solennel, à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, le premier ministre Frank McKenna propose une résolution visant à reconnaître le Québec comme une société distincte au sein du Canada. Michel Gauthier, leader parlementaire du Bloc québécois, rejette cette motion en disant qu’elle ne peut avoir d'impact sur l'issue du référendum, puisqu'elle arrive trop tard et que son messager n'est pas crédible.

Précisant ne pas vouloir s'ingérer dans le débat référendaire, le président des États-Unis, Bill Clinton, dit espérer que la relation entre les États-Unis et un Canada fort et uni se poursuivra:

« Je veux être prudent. Lorsque je suis allé au Canada l’an dernier, j’ai dit que je croyais que le Canada avait servi de modèle pour les États-Unis et pour le monde en démontrant comment des gens de différentes cultures peuvent vivre ensemble en harmonie, dans le respect de leurs différences tout en travaillant ensemble. Ce scrutin est une affaire canadienne, c’est aux Canadiens à décider et je ne me permettrai pas de m’immiscer là-dedans. Je peux vous dire qu’un Canada fort et uni a été un partenaire formidable pour les États-Unis et un acteur important et constructif sur la scène mondiale. », affirme Bill Clinton.

Cette déclaration survient moins de 48 heures après que le président français Jacques Chirac eut affirmé, lors d’une entrevue à la populaire émission américaine Larry King Live, de CNN: « Si le référendum est affirmatif, le gouvernement reconnaîtra ce fait. »

 

26 octobre

Les Inuits du Nord-du-Québec rejettent la souveraineté du Québec dans une proportion de 96,3%, lors de la tenue de leur propre référendum.

Les Autochtones du Québec ne voteront pas le 30 octobre. Dans une position entérinée par la confédération de l'Assemblée des premières nations, leurs chefs précisent être contre le statu quo, qui ne les a pas servis dans le passé. Par ailleurs, le chef de l’Assemblée des premières nations, Ovide Mercredi, blâme les forces fédéralistes pour n'avoir présenté aucun changement constitutionnel dans le débat référendaire.

 

27 octobre

Grand rassemblement du camp du non sur la place du Canada, à Montréal. La manifestation réunit plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les dirigeants du camp du non, Jean Chrétien, Jean Charest et Daniel Johnson, y assistent. Ils remercient ces Canadiens venus dire leur amour aux Québécois, plusieurs l'ayant fait à la faveur des rabais consentis par les transporteurs aériens. Jean Charest déclare: « Le oui vous offre le Québec, c'est déjà beaucoup. Mais le non vous offre le Québec et le Canada, c'est tellement mieux. » Il a aussi insisté sur le désir de changements constitutionnels qu'il sent émaner de partout au Canada.

Le président du Conseil du Trésor, Art Eggleton, nie que des fonctionnaires ont eu droit à une journée spéciale de congé sans perte de salaire pour assister au ralliement en faveur du non à Montréal.

Par ailleurs, le directeur général des élections du Québec accuse 15 personnes d’avoir enfreint les lois électorales. Celso Boscariol, organisateur libéral en Colombie-Britannique, est accusé d’avoir dépensé 161 000 $ pour la location du Boeing 747 d’Air Canada venu de Vancouver. Les accusations seront finalement retirées.

« Je savais que la Loi sur le financement des consultations populaires au Québec limitait les dépenses des camps du oui et du non durant la campagne référendaire. Mais, premièrement, nous agissions à l’extérieur des frontières du Québec. Deuxièmement, nous y allions pour démontrer notre appui au camp du non, mais aussi, nous étions là pour affirmer notre patriotisme. Alors, je me suis dit oui, c’est possible que je sois accusé, mais le pays passe avant tout » raconte Celso Boscariol, organisateur du PLC en Colombie-Britannique.

Ron Irwin garantit la protection des Autochtones. Le ministre des Affaires indiennes affirme que le gouvernement fédéral protégera les Autochtones et leurs territoires advenant un oui. Il ajoute que si les frontières du Canada sont divisibles, celles du Québec le sont aussi. M. Irwin réagit ainsi à la déclaration des Inuits, qui menacent de renier la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, signée en 1975, advenant la victoire d’un oui.

 

28 octobre

Méthodologie

L’enquête, menée par la firme Léger & Léger, a été réalisée pour le compte du Journal de Montréal et du Globe and Mail. La marge d’erreur se situe à 3,1 %, 19 fois sur 20. La maison a interrogé 1003 Québécois de 18 ans et plus entre le 23 et le 26 octobre 1995.

Le oui et le non à égalité, après répartition des indécis. Un sondage Léger & Léger réalisé pour le compte du Journal de Montréal et du Globe and Mail indique que 46,8 % des répondants voteront oui, et 41,4 % voteront non. En outre, 11,8 % des personnes interrogées sont discrètes. Or, Léger & Léger estime que, dans ce cas-ci, 28 % de ces électeurs discrets voteront oui, et le reste non. De sorte que, si l’on répartit les réponses sur cette base, les deux camps se retrouvent chacun avec 50 % des intentions de vote.

 

29 octobre

M. Parizeau termine la campagne référendaire en compagnie de Lucien Bouchard et de Mario Dumont dans la circonscription de Taillon, à Longueuil. Il s’agit d’un choix symbolique, puisque cette circonscription a été représentée pendant neuf ans par René Lévesque, à l’Assemblée nationale. Parizeau lance un dernier appel aux indécis en invoquant la mémoire de Lévesque. Ce rassemblement réunit 4000 militants. Deux mille personnes doivent rester à l’extérieur, faute de place. Des journalistes venus de partout dans le monde sont présents. Le rassemblement commence par un spectacle auquel participent Gilles Vigneault, Claude Dubois, Marie-Claire Séguin, Renée Claude, et plusieurs autres artistes.

 

30 octobre

Deuxième référendum sur la souveraineté du Québec. En tout, 5 087 009 électeurs sont inscrits, un record. Le taux de participation: 93,52 %. Les Québécois votent non à 50,6 %, et oui à 49,4 %. Des propos du premier ministre, Jacques Parizeau, soulèvent la controverse partout au pays: « C'est vrai qu'on a été battus, mais au fond, par quoi? Par l'argent et des votes ethniques! » Le lendemain, Jacques Parizeau annonce son retrait de la vie politique. Il expliquera alors ses propos controversés: « Il y a une frontière que j'ai été incapable de franchir. Je n'ai pas réussi à faire en sorte qu'une proportion significative de nos concitoyens anglophones et allophones se sente solidaire du combat de leurs voisins. »

Le plan des Forces armées ne sera pas déployé. Les Forces armées canadiennes avaient élaboré des plans, advenant la victoire du oui: pendant la semaine précédant le référendum, les militaires ont sorti bon nombre de chasseurs CF-18 de Bagotville, au Québec, pour se rendre aux bases américaines de la Virginie et de la Caroline du Sud.

La raison de cette opération? Les autorités militaires craignaient que les CF-18 ne deviennent des pions dans une négociation après une victoire souverainiste. 

Le plan prévoyait également une sécurité accrue dans toutes les installations militaires au Québec et dans les immeubles fédéraux jugés stratégiques, comme la Maison de Radio-Canada, à Montréal.  

 

31 octobre

Jacques Parizeau remet sa démission aux postes de premier ministre, chef du Parti québécois et député de la circonscription de L’Assomption.