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Où sont les armes de destruction massive?

Justification officielle de l'invasion menée par les États-Unis, les armes de destruction massive (ADM) demeurent introuvables en Irak, un an après le déclenchement des hostilités. Le sort de la «plus grande menace du 21e siècle», selon le président Bush, puisque ces armes pourraient tomber dans les mains de terroristes, ne semble plus intéresser l'administration américaine.

Désormais, la Maison-Blanche met sur le compte de défaillances des services de renseignements le fait qu'aucune ADM n'ait été trouvée — encore moins employée — au cours de la guerre. Elle n'en justifie pas moins la nécessité de l'intervention en misant sur le fait que le monde est maintenant débarrassé d'un dictateur.

Les interrogations des Américains au sujet des ADM se sont cependant multipliées, notamment après l'admission, par la Maison-Blanche, que les accusations à propos de tentatives d'achat d'uranium par Bagdad au Niger étaient fausses. Des allégations qui provenaient des services de renseignements britanniques, mais que Tony Blair maintient encore à ce jour.

Cliquer pour lire la nouvelleC'est la démission fracassante, en janvier, du chef des équipes de recherche des armements en Irak, David Kay, qui sème le doute dans l'opinion publique américaine. Devant une commission du Congrès, il a affirmé que l'Irak n'avait pas d'armes de destruction massive avant la guerre, lancée en mars par les États-Unis et la Grande-Bretagne, et que la CIA s'était trompée.

Le président Bush a finalement cédé sous la pression et nommé, le 2 février, une commission d'enquête indépendante sur les circonstances qui ont justifié l'intervention militaire. Les conclusions de l'enquête seront toutefois rendues publiques bien après les élections présidentielles de novembre.

 

Les «preuves» de Colin Powell

Le 5 février 2003, le secrétaire d'État américain, Colin Powell, dévoile ses preuves contre le régime de Saddam Hussein devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Dans un discours de 90 minutes, il dresse la liste des violations de l'Irak à l'encontre des résolutions de l'ONU. En s'appuyant sur des conversations enregistrées et des images prises par des avions espions et des satellites, il soutient que Bagdad a mis en place un système destiné à dissimuler des choses.

Powell cible notamment des endroits qu'il désigne comme «des caches d'armes chimiques et biologiques». Il lie également le régime de Bagdad au réseau terroriste Al-Qaïda, tenu responsable des attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington.

Deux jours plus tard, une partie de l'exposé de Colin Powell est mise en doute: le rapport de Londres sur les armes de destruction massive en Irak, maintes fois cité par Powell, s'avère un plagiat du travail d'un étudiant américain, erreurs grammaticales comprises.

«Ce que vous verrez est une accumulation de faits […] sur le comportement de l'Irak qui démontrent que Saddam Hussein et son régime n'ont fait aucun effort — aucun effort — pour désarmer, comme l'exige la communauté internationale. En effet, les faits et le comportement de l'Irak montrent que Saddam Hussein et son régime concentrent leurs efforts à produire plus d'armes de destruction massive.»
— Colin Powell, devant le Conseil de sécurité de l'ONU


  Discours de Colin Powell devant le Conseil de sécurité — Site du département d'État américain

 

Saddam dément

En entrevue à des chaînes britannique et américaine, Saddam Hussein dément que son régime ait un quelconque lien avec Al-Qaïda, et il réitère que son pays ne possède plus d'armes de destruction massive. «Ces armes ne sont pas de petites pilules que vous pouvez cacher dans votre poche, dit-il. […] Il est facile de déterminer si l'Irak en détient ou pas.»

À travers ce dialogue de sourds, le chef des inspecteurs de l'ONU, Hans Blix, remet des rapports qui soulèvent quelques questions, encore sans réponse. Il salue cependant la coopération active de Bagdad, et soutient que rien ne peut justifier un recours à la force.

Plusieurs mois après la fin du conflit, l'ancien chef des inspecteurs en désarmement de l'ONU, Hans Blix, a soutenu que Bagdad avait, selon lui, fort probablement détruit ses ADM en 1991, juste après la guerre du Golfe, comme le régime l'a toujours prétendu.

 

Blair sur la sellette

En Grande-Bretagne, la controverse affecte beaucoup plus le leadership du premier ministre, Tony Blair. Après la démission de son ministre des Affaires étrangères, Robin Cook, au début du conflit, c'est l'affaire David Kelly qui tien le haut du pavé.

Le scientifique britannique est retrouvé sans vie le 18 juillet. Il s'est apparemment donné la mort en se tailladant un poignet. David Kelly était soupçonné d'être la source principale d'un reportage de la BBC, qui alléguait que le gouvernement de Tony Blair avait délibérément gonflé son rapport sur le présumé arsenal d'armes de destruction massive en Irak, afin de justifier leur appui à une intervention militaire.

Une vaste enquête, présidée par le juge Lord Brian Hutton, s'ouvre alors. Tony Blair est en chute libre dans les sondages, et les allégations auront raison de son conseiller en communications, Alastair Campbell. Pourtant, dans son rapport final sur  l'affaire Kelly, Lord Hutton estime que c'est la BBC qui a été «fautive» en diffusant des informations «sans fondement», selon lesquelles le gouvernement britannique avait gonflé ses informations sur l'armement irakien.

Épargnant l'administration Blair, Lord Hutton note toutefois que le premier ministre a été directement impliqué dans la divulgation éventuelle du nom de David Kelly dans les médias, une information qui, de toute façon, ne serait pas restée «éternellement secrète».

Les conclusions du juge Hutton ont toutefois un effet contraire au sein de l'opinion publique. Les Britanniques ont jugé le rapport complaisant envers l'administration Blair, et trop sévère contre la BBC. Après tout, les armes de destruction massive demeurent introuvables.

Au lendemain de l'annonce de Bush, Tony Blair ouvre à son tour une enquête sur les renseignements qui ont mené à l'engagement de la Grande-Bretagne dans une intervention en Irak. Mais «Teflon Tony», comme on le surnomme, n'est pas au bout de ses peines.

Katharine Gun, employée des services de renseignements.D'abord, une employée des services de renseignements, Katharine Gun, transmet au journal L'Observer un courriel top-secret de la National Security Agency des États-Unis, qui demande l'aide du General Communication Headquarters pour espionner les délégués du Conseil de sécurité qui devaient jouer un rôle clé dans le vote de la seconde résolution de l'ONU sur l'Irak. Des poursuites entreprises pour violation du secret d'État ont finalement été abandonnées.

Deux jours plus tard, le 26 février, l'ancienne ministre Clare Short, qui avait démissionné en raison de l'engagement de Londres dans la guerre, jette une nouvelle douche froide sur l'administration Blair. Dans un entretien à la BBC, elle révèle que la Grande-Bretagne avait placé le bureau du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, sur écoute avant le déclenchement de l'intervention en Irak. Refusant de nier les allégations, Tony Blair a simplement évoqué la «profonde irresponsabilité» de son ancienne ministre.

La guerre aurait-elle été fondée sur le mensonge? Une majorité d'Américains et de Britanniques le croient, selon les derniers sondages.

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