JOURNALISTE
Florence Meney


 

On a dit de lui:

« ... cet agrégé de grammaire, qui enseigna la rhétorique et le latin aux petits Français de Tours et de Saint-Maur, n'a jamais cessé d'approfondir une œuvre littéraire qui lui vaut d'être considéré comme l'un des plus importants poètes contemporains de la langue française...» Jacqueline Sorel , journaliste et biographe de Senghor.

«La poésie vient de perdre un maître, le Sénégal un homme d'État, l'Afrique un visionnaire et la France un ami.» Jacques Chirac, président français.

 

Quelques oeuvres poétiques:

Chants d'ombre (1945) Hosties noires(1948) Ethiopiques (1956), Nocturnes (1961)
Lettres d'hivernage (1973)
Élégies majeures (1979) Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache (1948)

 


En bref...

• Né le 9 octobre 1906, mort le 20 décembre 2001

• Président fondateur du Sénégal indépendant.

• Président du pays de 1960 à 1980.

• Divorcé de Geneviève Eboué, fille du gouverneur guyanais noir des colonies Félix Eboué.
Il a épousé en secondes noces Colette Hubert, une Française.
Trois enfants, dont deux sont décédés.


L'ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor est décédé jeudi 20 décembre 2001 à son domicile de Verson, en France, à l'âge de 95 ans. Figure historique de l'Afrique post-coloniale, cet humaniste accompli a joué un rôle déterminant dans l'Afrique post-coloniale, en assurant une stabilité politique à son pays.

« Ma Négritude point n'est sommeil de la race mais soleil de l'âme, ma négritude vue et vie. Ma Négritude est truelle à la main, est lance au poing Réécade. Il n'est question de boire, de manger l'instant qui passe. Tant pis si je m'attendris sur les roses du Cap-Vert ! Ma tâche est d 'éveiller mon peuple aux futurs flamboyants. Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole ! »

Distinctions: Président d'honneur du Haut conseil de la francophonie depuis 1991.
Grand Croix de la Légion d'Honneur et Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres.
Académicien.
Il est docteur honoris causa de trente-sept universités.

 

Les grandes étapes de sa vie:

Ce fils d'un propriétaire terrien est né le 9 octobre 1906 à Joal (un ancien comptoir portugais), alors que le Sénégal était encore colonie française, le garçonnet ne s'exprimera qu'en Sérère (langue parlée au Sénégal) jusqu'à l'âge de sept ans. C'est ensuite à la mission catholique de son village natal qu'il apprendra le français. Il entre, après son baccalauréat de philosophie, au lycée Louis le Grand à Paris, où il sera condisciple du président français Georges Pompidou.

Il devient agrégé de grammaire en 1935.

Senghor travaillera ensuite comme professeur de français-latin-grec au lycée Descartes de Tours. Il sera mobilisé en 1939, et fait prisonnier par les Allemands en juin 1940. Réformé en 1942, il retourne alors à l'enseignement et participe activement à la résistance au sein du Front national universitaire.

 

L'engagement politique et idéologique:

En 1930, le jeune homme reçoit la nationalité française.

Il est avec le Martiniquais Aimé Césaire l'un des principaux initiateurs du mouvement de la Négritude. Dès 1934, Senghor fonde à Paris la revue l'Étudiant noir, qui s'attache à éveiller la conscience des Noirs, à combattre racisme et colonialisme. Son but: restaurer la dignité à la négritude, un objectif qui pour lui ne sera atteint que par le combat, un combat pacifique cependant.

«La Négritude est la simple reconnaissance du fait d'être Noir, et l'acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture.»

« Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France... »

Il amorce sa carrière politique en 1945 et devient député du Sénégal, inscrit au groupe socialiste. Senghor sera réélu député en 1951; on le retrouve aussi comme membre de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe et comme délégué de la France à la Conférence de l'UNESCO et à l'Assemblée générale de l'ONU.

Il deviendra secrétaire d'État dans le cabinet d'Edgar Faure en 1955, ministre-conseiller du général de Gaulle (1959), puis président de l'assemblée de la Fédération du Mali (regroupant le Sénégal et l'actuel Mali) la même année.

Il fonde son propre parti, le Bloc démocratique sénégalais, qui créera la surprise en remportant les élections de 1951.

Il faut dire que Senghor est très proche du peuple, et en particulier de la population paysanne, qui le portera au pouvoir et trouvera ainsi une voix au sein du pouvoir sénégalais.

 

En 1960, le Sénégal devient indépendant.
Senghor sera à jamais associé à ce renouveau.

Successivement, Senghor est réélu aux élections de 1963, 1968 et 1973. Il est alors le candidat unique d'un parti unique (UPS : Union progressiste sénégalaise, bientôt rebaptisée parti socialiste, PS). À partir de 1978, grâce à lui en bonne partie, une opposition se forme dans le pays, ce qui n'empêche pas Senghor de demeurer président.

L'homme a toujours rejeté ce qu'il considérait comme une mainmise de l'Union soviétique et de Cuba sur certains pays d'Afrique. En fait, une bonne partie de sa lutte sera axée sur la défense de l'autonomie de l'Afrique de l'Ouest face aux pouvoirs qui veulent la contrôler.

Il n'est pas cependant sans reproche, et, dans certains cas, n'hésite pas à faire emprisonner ses opposants politiques.

En 1980, Senghor abandonne de son propre chef son siège de président de la République au profit du Premier ministre, Abdou Diouf, son dauphin. Senghor fut en fait le premier chef d'État d'une ancienne colonie francophone d'Afrique subsaharienne à céder volontairement le pouvoir.

 

Les présidents du Sénégal indépendant:

*Léopold Sédar Senghor de Août 1960 à 1980
* Abdou Diouf de janvier 1981 à mars 2000
* Abdoulaye Wade depuis mars 2000

 

L'homme de lettres:

C'est en 1945, que Senghor publie «Chants d'Ombre», son premier recueil de poésie.

Senghor est aussi et peut-être surtout un homme de lettre de renommée internationale. Il a réussi à mener de front une vie politique intense et une carrière d'auteur. En fait, Senghor a toujours dit que ses écrits constituaient la partie la plus importante de sa vie, au delà même de la politique. Très prolifique, il a publié des dizaines d'ouvrages, tant recueils de poèmes (Chants d'ombre, Éthiopiques, Lettres d'hivernage) que récits et essais politiques touchant au devenir de son pays et du continent africain. En 1956, il préside le premier congrès international des écrivains et artistes noirs.

Ses ouvrages sont beaucoup lus: les Poèmes de Senghor ont franchi le cap des 100 000 exemplaires, ce qui, en poésie, est quasiment exceptionnel. En 1983, il est devenu membre de l'Académie française (le premier noir à devenir académicien).

Extrait: Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie,
de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre;

Senghor et son oeuvre littéraire

 

Bien qu'il n'ait jamais remporté le Nobel de littérature, son nom a été évoqué à plusieurs reprises pour ce prix.

Depuis quelques années, l'homme, très âgé, ne quittait plus guère Verson, petite localité normande d'où sa femme est originaire. Il disait souvent qu'il y avait «construit sa case». Il laissera le souvenir d'un humaniste, d'un homme qui a en quelque sorte incarné le crépuscule du colonialisme français en Afrique et la force tant intellectuelle que militante de la nouvelle Afrique.

Hymne national du Sénégal, paroles de L.S. Senghor:

Pincez tous vos koras, frappez les balafons. Le lion a rugi. Le dompteur de la brousse D'un bond s'est élancé. Dissipant les ténèbres. Soleil sur nos terreurs, soleil sur notre espoir. Debout, frères, voici l'Afrique rassemblée fibres de mon coeur vert. Épaule contre épaule, mes plus que frères, O Sénégalais, debout ! Unissons la mer et les sources, unissons la steppe et la forêt ! Salut Afrique mère, salut Afrique mère.

 
Léopold Sédar Senghor
Poète de la négritude et homme d'État