Robert Mugabe
              « Camarade Bob »


JOURNALISTE
Florence Meney

Mise à jour : 19 février 2003

« Mon gouvernement a été clair dans la condamnation de la violence. »


« Les gens devraient vivre en paix. Nous ne devons pas nous battre, mais nous exprimer dans les urnes. »

Le prix Nobel de la paix Desmond Tutu : « Quand vous méprisez la loi, quand vous ne laissez pas la place à l'opposition et quand vous usez de la violence pour réduire au silence la critique, alors je pense que vous êtes sur la pente glissante de la dictature avec un reste de démocratie. »


Robert Mugabe est à la tête du Zimbabwe depuis 1980.Cet ancien héros de l'indépendance, jadis porteur de tous les espoirs de son peuple, incarne maintenant un pouvoir corrompu et dictatorial qui a plongé le pays dans le marasme économique et la violence. Celui que l'archevêque Desmond Tutu a qualifié de « caricature de dictateur africain typique » s'accroche à la présidence face à une opposition montante et malgré la réprobation de la communauté internationale.




Le Zimbabwe, quelques données

Robert Gabriel Mugabe est né en 1924 à une cinquantaine de kilomètres de la capitale du Zimbabwe, Harare, qui s'appelle alors Salisbury. Il est issu de l'ethnie majoritaire du pays, les Shonas.

Après avoir fait ses études auprès des missionnaires, il obtient le premier de ses sept diplômes de l'Université de Fort Hare (Afrique du Sud). Il veut être instituteur.

 

Le combat pour l'indépendance

Robert Mugabe jeune a l'âme d'un révolutionnaire. Il sera formé à Pékin et en Corée du Nord mais, très tôt, il tourne son combat vers son pays natal, qu'il veut libérer du joug colonial.

En 1960, il rentre en Rhodésie (l'ancien nom du Zimbabwe) et se joint à l'Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU), parti de Joshua N'Komo, dirigeant syndicaliste ndébélé (ethnie minoritaire du pays). Trois ans plus tard, Robert Mugabe fonde un mouvement dissident, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU).


Ian Smith a pu demeurer député après l'indépendance

En 1965, soit un an après avoir pris le pouvoir, le chef du gouvernement de la minorité blanche rhodésienne, Ian Smith, déclare unilatéralement l'indépendance. La ZANU est interdite; Mugabe est condamné sans procès et emprisonné pendant une dizaine d'années (comme Joshua N'Komo). En prison, il obtient plusieurs autres diplômes universitaires. En 1974, il quitte finalement la Rhodésie pour le Mozambique, pays voisin, d'où il prend la tête de la rébellion armée contre Ian Smith.

Fin 1976, la ZANU, appuyée par la Chine maoïste, et la ZAPU, appuyée par l'Union soviétique, unissent leurs mouvements au sein du Front patriotique.

 

À l'époque, Robert Mugabe est surnommé « Camarade Bob ». Il se réclame de l'idéologie marxiste-léniniste.

En 1979, à l'issue de longs déchirements et à la suite de quatre mois de négociations mettant en scène les grandes puissances internationales, les accords de Lancaster House sont conclus; ces accords ouvrent la voie à l'indépendance et Robert Mugabe effectue un retour triomphal au pays. À la suite d'élections générales, Mugabe devient premier ministre et forme un gouvernement de réconciliation nationale. Il inclut dans son conseil des ministres plusieurs de ses adversaires et son rival, Joshua N'Komo, ainsi que deux ministres blancs... pour un temps.

L'accession à l'indépendance aura été le fruit de longues tractations.

 

« Dans la nuit du 17 avril 1980, la naissance du nouvel État du Zimbabwe fut saluée par une salve de 21 coups de canon, un flambeau allumé et une prière. »

 

Mugabe, porteur de tous les espoirs
Pendant les premières années qui suivent l'indépendance, le Zimbabwe est presque un modèle dans une Afrique australe meurtrie. Ce fut en effet l'un des premiers pays à connaître une transition pacifique, dans une région alors particulièrement troublée. La signature des accords de Lancaster House devant permettre l'accession au pouvoir de la majorité noire fut considérée comme un formidable succès. Par ailleurs, à l'époque, des dispositions rassurant les propriétaires terriens blancs eurent pour effet de préserver le pays d'une chute dans le marasme économique.

 

La réforme agraire, au cœur du combat pour l'indépendance.

La question de la redistribution des terres à la population noire est au centre des accords de Lancaster House. Ce transfert devait se faire de façon harmonieuse, avec l'aide financière de Londres. Plus tard, Robert Mugabe reprendra ce projet à son compte et en présentera sa version, marquée par l'incohérence et la coercition, surtout à partir de 2000. Il cherchera à exproprier sans indemnisation les fermiers blancs afin de redresser les inégalités foncières et sociales héritées de la colonisation britannique. Plus de 1700 des 4500 exploitations blanches sont occupées par des Noirs depuis mars 2000, ce qui a eu pour effet de paralyser la production agricole et d'appauvrir davantage le pays.

 


« Nous voulons créer un État de justice et d'égalité », a déclaré Robert Mugabe au lendemain de sa victoire. Il est alors perçu par la communauté internationale comme un conciliateur, favorable à l'ouverture, à l'égalité sociale et à l'harmonie raciale : une image qui changera au fil des ans.


Avec René Lévesque

 


Avec Pierre Trudeau

Pendant ces premières années, il multiplie les visites à l'étranger. Plus tard, quand le régime prendra des allures de dictature, il sera la cible de critiques répétées pour ses violations des droits de la personne.

Rapidement, les tendances autoritaires de Mugabe se font sentir bien que, sur le plan économique, le pays soit alors en plein essor. En 1983 et en 1984, Mugabe écrase par la force les partisans de son rival, Joshua N'Komo. Les massacres qui résultent de cet affrontement font au moins 20 000 morts.


Cette image montre Robert Mugabe présidant les
travaux parlementaires, peu après l'indépendance.

 

En 1987, Robert Mugabe décide de rompre avec la constitution de type britannique et se fait élire président de la république par le Parlement (31 décembre). Il sera reconduit successivement en avril 1990 et en mars 1996.

En 1988, les deux mouvements créés au début des années 1960 pour obtenir l'indépendance d'un Zimbabwe gouverné par les Africains fusionnent au sein du ZANU-PF (Front patriotique). Le parti de Robert Mugabe domine dès lors totalement la vie politique du pays.

 

Le déclin du Zimbabwe

Dès le début des années 90, le Zimbabwe plonge dans les difficultés économiques et politiques. Le dossier de la répartition des terres ressurgit et la réforme agraire est relancée avec, de la part de Mugabe, un double discours tantôt violemment anti-Blancs, tantôt rassurant pour les Zimbabwéens d'origine européenne.

Face à la crise économique, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, bêtes noires du régime Mugabe, prescrivent au pays un sévère programme d’ajustement structurel, qui provoque la hausse vertigineuse des prix alimentaires et du chômage, mais qui permet tout de même une amorce de redressement.

Au mois d'août 1996, le pays connaît une première grande manifestation de fonctionnaires réclamant des hausses de salaire et une série de grèves dans l'administration et les services publics.

L'année 1997 constitue un tournant. Mugabe commet des erreurs qui sont en grande partie à l'origine de la crise actuelle au pays :
- il alloue unilatéralement aux vétérans de la guerre d'indépendance des indemnités de retraite qui creusent le déficit;
- il publie une liste de fermes susceptibles de faire l'objet d'expulsion sans indemnité ni procédures;
- l'année suivante, il envoie 6000, puis 11 000 soldats au Congo-Kinshasa pour soutenir le président Laurent-Désiré Kabila, qui fait face à une rébellion appuyée par l'Ouganda et le Rwanda, à un coût faramineux.


Magaba, en langue shona, signifie « l'homme cruel ».

Nouvelle vague de violence au Zimbabwe
13 août 2001 (Site des nouvelles de Radio-Canada)

 

Une défaite cuisante illustre la montée de l'opposition anti-Mugabe : celle du référendum, tenu en 2000, visant à mettre en place une nouvelle constitution qui aurait consolidé les importants pouvoirs du président et permis l'expropriation des fermiers blancs sans indemnisation. Mugabe échoue.

Les droits individuels : sous Mugabe, l’intolérance et la persécution des homosexuels sont généralisées, même aux plus hauts échelons de l’État. Les femmes sont, dans bien des cas, victimes de discrimination. Plusieurs pays, dont le Canada, ainsi que les organismes voués à la défense des droits de la personne, dénoncent régulièrement les violations commises dans ce pays.

 

Sur le plan personnel : la première femme du président, Sally, était très aimée de la population. Mugabe a choqué une partie de son peuple en ayant deux enfants avec sa secrétaire particulière, Grace, de quarante ans sa cadette, alors que sa première femme était mourante.


 


Mars 2002 : Mugabe est réélu à l'issu d'un scrutin jugé non démocratique

Recueillant 56 % des voix, Robert Mugabe a été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle. Des partisans de M. Mugabe ont célébré sa victoire dans la capitale, Harare, en portant des cercueils recouverts de l'effigie de son principal opposant, Morgan Tsvangirai. M. Tsvangirai, crédité de 42 % des voix, a rejeté les résultats du scrutin et a dénoncé des fraudes massives.

La communauté internationale s'est élevée contre le scrutin, qu'elle juge non démocratique. De son côté, l'ex-premier ministre Jean Chrétien a annoncé que le Canada couperait les vivres au gouvernement du Zimbabwe et que ses représentants ne sont plus les bienvenus au pays.

 

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