Shirin Ebadi

Islam peut rimer avec démocratie

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Première musulmane à recevoir le prix Nobel de la paix

Un Nobel qui embarrasse les islamistes

La militante poursuit sa lutte

Reportages et hyperliens



JOURNALISTE
Claudine Magny

« Il y a 20 ans que j'essaie de faire comprendre que l'on peut être musulmane et avoir des lois qui respectent les droits de l'homme. »

 

« J'ai lutté pendant des années pour montrer que l'islam n'est pas pour la discrimination, que l'islam n'est pas pour l'injustice sociale ni pour que les classes les plus défavorisées soient exploitées.

Ce n'est pas l'islam qui est responsable, mais les pays musulmans qui, malheureusement, prennent ce prétexte pour justifier leur gouvernement illégitime. »



 

 

« Elle avait 26 ans la première fois que j'ai plaidé devant elle. Je me suis dit : “Quelle femme, quelles convictions!” Dans cette société machiste, elle envoyait les hommes sur les roses. Elle avait beaucoup de courage, beaucoup de caractère. »
— Karim Lahidji, avocat exilé à Paris


 


En bref

  • Née en Iran, en 1947. Musulmane.
  • Avocate et militante des droits de la personne en Iran, particulièrement ceux des femmes, des réfugiés et des enfants. Enseigne le droit à l'université de Téhéran.
  • En 1974, elle devient, à 27 ans, la première femme juge en Iran.
  • Leader de la Révolution iranienne en 1979. Peu de temps après, elle est contrainte de quitter son poste de juge, les ayatollahs décrétant que les femmes sont trop émotives pour diriger un tribunal.
  • Elle joue un rôle important dans la victoire du réformateur Mohammad Khatami à la présidentielle de 1997, parvenu au pouvoir largement grâce à l'électorat féminin.
  • En 1998 et 1999, elle mène des enquêtes sur les meurtres d'intellectuels et d'opposants à la suite d'émeutes estudiantines. Son engagement lui vaut plusieurs menaces et emprisonnements.
  • En juin 2000, elle est emprisonnée 25 jours en isolement total pour avoir diffusé un témoignage sur la mort d'un étudiant tué lors des émeutes. En septembre 2000, elle est condamnée à 15 mois de prison avec sursis et à 5 ans d'interdiction d'exercer son métier d'avocate.
  • Fondatrice de l'Association pour les droits des enfants en Iran.
  • Auteure de divers ouvrages sur les droits des femmes, des réfugiés et des enfants.
  • Le 10 octobre 2003, elle devient la première femme musulmane à recevoir le prix Nobel de la paix.



Militante pour la reconnaissance d'un statut des femmes en Iran, Shirin Ebadi est connue pour ses convictions selon lesquelles les droits de l'homme, la démocratie et l'égalité peuvent coexister harmonieusement avec l'islam.

À l'étranger, elle ne porte pas le voile et s'habille à l'occidentale. Elle dit toutefois ne pas faire campagne contre le tchador, estimant qu'il y a beaucoup plus important à faire.

Titulaire d'une maîtrise en droit de l'université de Téhéran, Shirin Ebadi devient, en 1974, la première femme juge en Iran. Elle siège pendant quatre ans comme présidente de la cour de Téhéran. Peu après la révolution islamique de 1979 — marquée par le retour de l'imam Khomeiny et l'instauration de la République islamique — elle est contrainte de quitter son poste, les ayatollahs ayant décrété que les femmes étaient trop émotives et irrationnelles pour diriger un tribunal.

Elle reprend alors sa carrière d'avocate, enseigne le droit à l'université de Téhéran et travaille avec un grand juriste iranien, Karim Lahidji, aujourd'hui réfugié à Paris où il préside la section iranienne de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

L'avocate accepte rapidement des dossiers délicats, qui concernent la défense des droits de l'homme, des femmes et des enfants. Elle dirige notamment le combat pour la reconnaissance du statut des femmes.

« La culture patriarcale est le plus grand adversaire des droits de la femme
dans les pays orientaux, spécialement en Iran. »
— Shirin Ebadi

« Je vis dans un pays où mon mari peut me mettre à la porte
quand il veut et m'enlever mes enfants. »

— Shirin Ebadi, dans une entrevue accordée au Globe & Mail en 1998

Fondatrice de l'Association pour les droits des enfants en Iran, elle a en particulier enquêté sur une série de meurtres d'intellectuels et d'opposants en 1998 et 1999, à la suite d'émeutes estudiantines. Son engagement lui a valu plusieurs séjours en prison et d'être souvent menacée. Une chose plutôt commune dans une société musulmane ultraconservatrice, où une femme qui se bat pour les droits de l'homme est plutôt mal vue.

Une militante courageuse

En 1998, Mme Ebadi représente les intérêts des familles des opposants libéraux Darioush Parvaneh et son épouse Forouhar, assassinés.

Elle travaille également activement à révéler ce qui s'est passé en 1999, à l'université de Téhéran, lors d'une attaque par les forces de l'ordre et le Hezbollah, où plusieurs étudiants sont morts. En juin 2000, elle est emprisonnée 25 jours en isolement total à la prison d'Evine, pour avoir diffusé un témoignage sur la mort d'un étudiant tué lors des émeutes. En septembre 2000, elle est condamnée à 15 mois de prison avec sursis et à 5 ans d'interdiction de pratiquer son métier d'avocate.

« Toute personne qui s'occupe des droits de l'homme
en Iran vit dans la peur de la naissance à la mort. Mais j'ai appris à surmonter ma peur »
, déclara-t-elle en 1999.

En butte aux conservateurs et désireuse de vouloir faire bouger les choses, Shirin Ebadi choisit, lors de la présidentielle de 1997, le camp du président réformateur Mohammad Khatami. Elle jouera d'ailleurs un rôle important dans la victoire de celui-ci, parvenu au pouvoir largement grâce à l'électorat féminin.

Politiquement, Mme Ebadi est proche du Front national, mouvement nationaliste de centre gauche et laïc (interdit).