Shirin Ebadi

Islam peut rimer avec démocratie

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Première musulmane à recevoir le prix Nobel de la paix

Un Nobel qui embarrasse les islamistes

La militante poursuit sa lutte

Reportages et hyperliens



JOURNALISTE
Claudine Magny

« Je souhaite que même après le départ de Khatami, la lutte pour les réformes ne s'arrête pas, que le peuple continue à imposer ses revendications. »

Shirin Ebadi a accepté de représenter la famille de la journaliste irano-canadienne Zahra Kazemi au procès de son meurtrier présumé qui s'est ouvert en octobre 2003.

Zahra Kazemi est morte en Iran le 10 juillet, à l'hôpital de Téhéran, d'une hémorragie cérébrale consécutive à une fracture du crâne causée par des coups reçus en prison.

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La militante poursuit sa lutte

Pour l'avocate musulmane, son prix n'a rien à voir avec une décision politique : « Je pense que le monde a compris que la paix passe par les droits de l'homme. Pour que les guerres s'arrêtent, ceux-ci doivent être respectés. »

Dès son retour chez elle, à l'aéroport de Téhéran, la militante est vite passée outre aux mises en garde de la République islamique en réclamant de nouveau la démocratie et la libération de tous les prisonniers politiques. Sa vision n'a d'ailleurs pas changé : plus que jamais, elle croit que le Coran est compatible avec les droits de l'homme.

Des milliers de Téhéranais enthousiastes l'ont accueillie en réclamant eux-mêmes la libération des prisonniers politiques, déformant le slogan « Jomhouri Eslami » (République islamique) en « Liberté, Indépendance, Ebadi ».



Quant à ses combats, ils demeurent les mêmes : elle s'insurge contre la discrimination des femmes, contre le fait que la responsabilité pénale pour les deux sexes ne soit pas au même âge, que les droits d'héritage ne soient pas les mêmes, que les règles du divorce diffèrent, qu'il n'y ait que 13 femmes députées (alors qu'à l'université, 63 % des étudiants sont des filles), sans oublier les droits des enfants.



Déçue de la révolution de Khatami

Après avoir soutenu le camp du président réformateur Mohammad Khatami lors de la présidentielle de 1997, la militante musulmane se dit aujourd'hui profondément déçue par la révolution islamique. Elle prône l'établissement d'une réforme tant en ce qui concerne les droits civils et politiques que les droits économiques et sociaux.

« À cause d'elle (la révolution islamique) et de la guerre contre l'Irak, des milliers de familles ont perdu des enfants, des parents. Le peuple iranien a élu Khatami parce qu'il parlait de réformes, et il pensait qu'elles étaient réalisables. Mais l'idée de réforme continue d'exister dans la société, et Khatami n'est pas le seul porte-parole de la réforme », affirme-t-elle.

Quelle serait la première réforme à appliquer en Iran,
selon Shirin Ebadi?

« Que les pénalités islamiques soient remplacées par des peines modernes, comme dans tous les pays démocratiques. Qu'on supprime la lapidation, l'amputation des membres, qu'on modifie l'âge de la majorité des jeunes, qui est actuellement de 13 ans pour les filles et de 15 ans pour les garçons. C'est essentiel, cela touche à la liberté, à la vie et à la sécurité de la population. »