Shirin Ebadi

Islam peut rimer avec démocratie

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Première musulmane à recevoir le prix Nobel de la paix

Un Nobel qui embarrasse les islamistes

La militante poursuit sa lutte

Reportages et hyperliens



JOURNALISTE
Claudine Magny

« Le Comité Nobel a reconnu que le passage à la démocratie dans le monde musulman passait par la femme. C'est un excellent choix pour l'Iran, les femmes, le monde musulman et même le prix Nobel, qui montre ainsi son universalité. »
— Ahmad Salamatian, analyste iranien

 

« J'ai honte de ce choix. Le prix aurait dû revenir à Jean-Paul II. »
— Lech Waleza, ancien président polonais et lauréat du Nobel de la paix 1983

 

 


Un Nobel qui embarrasse les islamistes

La distinction de Shirin Ebadi a de toute évidence dérangé en Iran. Après un sérieux cafouillage, le gouvernement réformateur a finalement félicité la militante iranienne, alors que les conservateurs y ont vu le signe d'une conspiration de l'étranger.

Le gouvernement réformateur

Le parlement iranien, à Téhéran

Après de nombreuses tergiversations, le gouvernement réformateur a félicité la lauréate du prix Nobel de la paix. Le porte-parole du gouvernement, Abdollah Ramezanzadeh, a d'abord indiqué que le gouvernement réformateur était « heureux qu'une femme iranienne musulmane ait su se faire distinguer par la communauté internationale pour son action en faveur de la paix ». Il a également souligné qu'il espérait « pouvoir utiliser davantage ses vues expertes en Iran ». Il a ensuite corrigé cette déclaration, précisant qu'il s'était exprimé « à titre personnel ». Puis, Téhéran a finalement officiellement félicité la militante des droits de l'homme, en disant espérer que sa pensée « sera prise en considération aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Iran ».


Le président réformateur Mohammad Khatami ne s'est exprimé qu'au jour de l'arrivée de la lauréate au pays, soit quatre jours après l'annonce officielle. Il a alors affirmé que le prix Nobel de la paix n'avait été donné que « sur des bases politiques » et qu'il n'était « pas très important », comparativement aux prix Nobel de la science et de la littérature.

Il a d'ailleurs mis en garde Mme Ebadi contre toute exploitation de sa distinction par les ennemis de la République islamique.


Les conservateurs
Le prix Nobel a irrité les conservateurs, qui ont vu dans le choix du jury norvégien une nouvelle conspiration de l'étranger, au moment même où se pose la délicate question du nucléaire.

Considéré, comme la Corée du Nord, parmi les pays constituant « l'axe du Mal », l'Iran fait face à de nombreuses accusations de la part des États-Unis et de la communauté internationale, notamment celle de vouloir se doter d'un armement nucléaire.

Le 17 octobre 2003, le président iranien Mohammad Khatami affirmait que son pays ne construirait pas d'arme nucléaire, tout en indiquant que l'Iran disposait de beaucoup de richesses en uranium et qu'il était dans le « droit légitime » de Téhéran de les exploiter à des fins pacifiques.

L'agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) poursuit
ses inspections en terre iranienne.



Assadollah Badamchian, un dirigeant du principal mouvement conservateur, a qualifié le prix d'« infamie ». « C'est tout à fait naturel qu'on ait attribué le prix Nobel de la paix à quelqu'un qui se dit réformateur et qui est soutenu par [...] les dirigeants de l'oppression mondiale », a-t-il dit, citant notamment le nom du président américain, George W. Bush. « Si ce prix a été attribué pour les services que les réformateurs ont rendus à la politique de l'Occident, cela constitue une infamie », a-t-il précisé. Selon le leader conservateur, Mme Ebadi a été récompensée « pour les services qu'elle a rendus à l'oppression et au colonialisme occidentaux ».

Amir Mohebian, un éditeur du quotidien conservateur Resalat, a indiqué que des motivations politiques se cachaient derrière le prix. « Ce prix est clairement un message politique envoyé par l'Europe, qui a l'intention d'accentuer ses pressions sur les questions des droits humains en Iran. »

Il a fallu quatre heures pour que la télévision d'État, contrôlée par les conservateurs, fasse mention de la récompense. L'agence officielle IRNA a pour sa part publié la nouvelle en huit lignes, en donnant pour sources les médias étrangers et en soulignant que Mme Ebadi empochait 1,3 million de dollars.


Un Nobel qui fait aussi des heureux


« Elle est une femme courageuse, et son prix souligne l'importance de la lutte pour les droits humains à travers le monde, ceux des femmes en particulier. »

— Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU

 

« Que le Comité Nobel ait choisi d’honorer Mme Ebadi est un cadeau pour les enfants du monde entier. Son engagement en faveur de la paix et de la dignité humaine mérite d’être salué, et tous ceux qui se soucient des enfants doivent se rallier à son combat. »
— Carol Bellamy, directrice générale de l’UNICEF


« Elle a passé 30 ans, en tant qu'avocate, auprès des plus démunis, auprès des opposants politiques. Le slogan “Tous les droits pour tous” est le slogan de Shirin Ebadi. »

— Antoine Bernard, Fédération internationale
des droits de l'homme


« Le prix décerné à Mme Ebadi est un coup dur contre les conservateurs iraniens. À mon sens, c'est la meilleure manière de dire qu'une partie importante du monde soutient les luttes acharnées menées par les défenseurs des droits universels de l'homme en Iran contre les obscurantistes. Et en cela, ça ne peut effectivement qu'affaiblir les conservateurs et leur vision obscurantiste de l'islam. »

— Azadeh Kian, maître de conférences à Paris VIII

« Je suis vraiment enthousiaste d'apprendre ça, et en même temps très émue de voir que dans un pays totalitaire, les femmes arrivent à trouver un moyen pour la défense de leurs droits, et que ça arrive à traverser les frontières. »
— Elahi Machouf, membre fondatrice de l'Association des femmes iraniennes de Montréal