Shirin Ebadi

Islam peut rimer avec démocratie

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Première musulmane à recevoir le prix Nobel de la paix

Un Nobel qui embarrasse les islamistes

La militante poursuit sa lutte

Reportages et hyperliens



JOURNALISTE
Claudine Magny

« Les besoins les plus fondamentaux des Irakiens, soit l'eau, l'électricité, manquent. Comment alors parler de démocratie et de droits de l'homme? »

 

 

Depuis sa fondation en 1901, 79 hommes et 11 femmes se sont vu attribuer le prix Nobel de la paix.

2003 : Shirin Ebadi

1997 : Jody Williams (Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnel)

1992 : Rigoberta Menchú Tum

1991 : Aung San Suu Kyi

1982 : Alva Myrdal
(et Alfonso García Robles)

1979 : Mère Teresa

1976 : Betty Williams et Mairead Corrigan

1946 : Emily Greene Balch (et John R. Mott)

1931 : Jane Addams (et Nicholas Murray Butler)

1905 : Bertha von Suttner

 

 


Première musulmane à recevoir le prix Nobel de la paix

Le pape Jean-Paul II et l'ex-président de la République tchèque Vaclav Havel étaient pourtant donnés favoris. Or, le 10 octobre 2003, Shirin Ebadi, militante des droits de l'homme iranienne pratiquement inconnue sur le plan international, devient la première musulmane à se voir décerner le Nobel de la paix « pour ses efforts en faveur de la démocratie et des droits de l'homme », et plus particulièrement « pour les droits des femmes et des enfants dans un pays musulman et islamiste », a souligné le jury d'Oslo. La désignant comme une « musulmane avertie », le comité norvégien a ajouté qu'« elle s'est affirmée comme une personne compétente, courageuse, qui n'a jamais tenu compte des menaces qui pesaient sur sa sécurité ».

De passage à Paris lorsqu'elle a appris la nouvelle, la lauréate de 56 ans est apparue, lors de sa conférence de presse, dans une robe simple, mais sans le moindre voile. Chose qui est interdite à une Iranienne, même à l'étranger.

Dans une première réaction, Mme Ebadi a déclaré que cette récompense allait « à tous les Iraniens qui se battent pour la démocratie », et elle a réclamé la libération immédiate de tous les prisonniers politiques en Iran. « Cela ne changera pas grand-chose pour ma propre vie, mais ce sera très important pour mon travail en faveur des droits de l'homme et pour les citoyens en Iran », a-t-elle ajouté.

Mme Ebadi en a d'ailleurs profité pour rendre hommage à Jean-Paul II, qu'elle dit avoir toujours admiré, surtout depuis qu'il s'est prononcé contre l'intervention américaine en Irak. Une intervention qu'elle déplore à son tour : « Les besoins les plus fondamentaux des Irakiens, dit-elle, l'eau, l'électricité, manquent. Comment alors parler de démocratie et de droits de l'homme? » Selon l'avocate musulmane, la population de chaque pays devrait régler elle-même ses propres problèmes. Elle dit souhaiter que « le peuple irakien puisse décider lui-même de son propre avenir ».


Un geste politique?

La désignation de cette avocate, pratiquement inconnue en dehors de son pays, a été principalement perçue par la communauté internationale comme une décision politique, un message en direction du régime des mollahs, dont la légitimité est de plus en plus contestée.

Récemment, la Commission des droits de l'homme des Nations unies dénonçait les violations des droits de l'homme découlant du régime iranien, en critiquant sévèrement l'appareil judiciaire, et particulièrement le nouveau Procureur général de Téhéran, le juge Saïd Mortazavi, accusé d'être à l'origine de la condamnation de nombreux universitaires et intellectuels en l'an 2000, le même qui fut au centre de l'affaire Zhara Kazemi.

 

« La décision des jurés apparaît néanmoins très politique. Sans être militante, Ebadi est proche du Front national, un parti nationaliste et laïc (interdit). Elle est favorable à une évolution calme, sans violence ni intervention étrangère, de l'Iran sur le chemin de la démocratie. » — Le Monde.