Le Dracula historique

Plusieurs personnages plus ou moins révoltants et cruels peuvent revendiquer la paternité du mythe de Dracula et du vampire. Cependant, la plupart des draculomaniaques jugent que l'on peut désigner d'un doigt crochu un dénommé Voïvode de Valachie comme étant le « vrai » Dracula, bien que, ironiquement, il ne semble pas que ce dernier ait bu le sang de ses victimes.

Vlad IV (1431-1476), Voïvode de Valachie, portait le double surnom de Tepes (empaleur) et de Dracula ( du roumain dracul, le dragon, ou drac, le diable). Ce héros national roumain serait devenu un tyran sanguinaire qui se débarrassait de ses adversaires par des moyens pour le moins expéditifs. Le sympathique Vlad serait responsable de la mort de milliers de ses concitoyens. Son nom est devenu inséparable du vampire mythique.

Alain Decaux, écrivain français et spécialiste de vulgarisation historique, rapporte que le père de ce prince authentique de Valachie est né dans la ville fortifiée allemande de Schassburg. C'était le petit-fils de l'illustre prince Mircea, qui avait écrasé l'armée turque du sultan Bajazet. Vlad père n'avait pas de trône, car son demi-frère s'en était déjà emparé. L'empereur Sigismond de Luxembourg, ami de Vlad père, décore ce dernier de l'ordre du dragon. Dès lors, Vlad fut appelé Dracul. On se dispute encore sur l'origine exacte du surnom, certains historiens affirmant qu'il s'agit d'un jeu de mots autour du mot dragon, d'autres soutenant que c'était une allusion au diable (Drac) que Vlad père portait sur la poitrine. Vlad père finit par gagner son trône et gouverna la Valachie, terre hostile. À plusieurs reprises, il doit se battre contre les Turcs qui convoitaient ses terres. Ensuite, il conclut une alliance avec ceux-ci. Vlad père eut trois fils, dont l'un se prénommait... Vlad. Pour distinguer le jeune de son aîné, on prit l'habitude de le désigner comme Vlad Dracula, Dracula voulant dire « fils de Dracul ».

Dracula, notre héros, grandit en partie comme prisonnier à la cour du sultan. Les chroniques le montrent de plus en plus fourbe et cruel au fil des ans. Au terme de tribulations sans fin, Vlad le jeune, Dracula donc, reprendra son trône en Valachie. Maître chez lui, Dracula fête l'événement en faisant exécuter une centaine de boyards de ses ennemis, et pas n'importe comment : dans un raffinement de cruauté, il leur fait subir le supplice le plus horrible qui soit, celui du pal, malgré les supplications des victimes. Les bourreaux de Vlad savent que, pour plaire au Prince Dracula, il faut que la victime meure lentement. Dracula et ses petites manies passent ainsi à l'histoire. Il devient en quelque sorte « docteur ès pal » de l'époque, se livrant à des exactions dans toute la région. Même ses amis y goûtent. Quant à ses ennemis, ils ne peuvent attendre de pitié de Vlad l'empaleur. La chronique garde entre autres un souvenir cru du massacre de milliers de prisonniers, le 2 avril 1459. Nous vous ferons grâce de la longue liste de victoires et de turpitudes commises par Vlad contre ses divers ennemis. On peut cependant mentionner que le prince de Valachie passera douze ans en captivité au palais de Visgrad, auprès du roi Mathias de Hongrie. Peu après sa libération, il se livrera de nouveau à son sport favori, l'empalement de ses ennemis. Vlad mourra finalement en 1476, au cœur d'une bataille avec les Turcs... qui exposèrent sa tête sur un pieu ! Dracula avait à peine 45 ans.

D'autres noms évoqués comme modèles de vampirisme

Le nom d'Erzebeth Bathory (17e siècle) est resté dans l'histoire de la Hongrie, non seulement grâce à ses relations avec la noblesse du pays, mais surtout en raison du scandale et de l'horreur qui ont entaché sa légende. En effet, la sinistre comtesse s'est rendue coupable de châtiments corporels innombrables et d'épouvantables crimes de sang dans son château de Csjethe, avec l'aide de serviteurs non moins redoutables, sur des dizaines, voire des centaines de jeunes filles, certains ayant avancé le chiffre de 610 victimes.

Gilles de Rais : ancien compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, Gilles de Rais (1400-1440), pensait trouver dans le sang le secret de la pierre philosophale. Il aurait fait périr 300 enfants. L'écrivain français Huysmans l'associe au vampirisme dans « Là-bas ».