Silvio Berlusconi
Le « self-made man » à l'Italienne

JOURNALISTE
Florence Meney

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Étymologie

Les origines possibles du mot mafia sont multiples : de l'arabe mu'afah (protection des faibles); du toscan maffia (misère); ou du cri de ralliement de la guerre de 1282 Morte alla Francia, Italia anela (mort à la France, c'est le cri de l'Italie).
Source : Quid

 

 


À la conquête de la politique... et des scandales

Officiellement, « Il Cavaliere », nom donné à celui qui est devenu Chevalier de l'ordre du Travail à 41 ans, est entré dans l'arène politique le 26 janvier 1994, deux mois avant les élections législatives anticipées, afin de bloquer l'arrivée de la gauche au pouvoir.

De fait, sa société, la Fininvest, a alors de sérieux ennuis financiers, et des menaces pèsent sur son empire audiovisuel.


Le parti du leader socialiste Bettino Craxi et la Démocratie chrétienne sont mis à terre à cette époque par un scandale, « mani pulite » (mains propres). Silvio Berlusconi saisit l'occasion de se propulser à l'avant de la scène politique. En peu de temps, il met sur pied sa formation, Forza Italia, et est élu en mai 1994. Il restera au pouvoir sept mois.


« Je me suis regardé dans le miroir, et je me suis dit que je ne pouvais laisser le pays à ces gens-là. »


Le 22 novembre, alors qu'il préside le sommet de l'ONU sur le crime organisé, à Naples, la presse annonce que le parquet de Milan a ouvert une information pour corruption à son encontre, fait sans précédent pour un chef de gouvernement en exercice.

Suit une période difficile pour le magnat : Berlusconi perd les élections de 1996. C'est l'ancien communiste devenu social-démocrate Massimo D'Alema qui donne au chef de l'opposition un second souffle, en 1997.

Entre-temps, ce sera un long calvaire judiciaire, qui est loin d'être terminé. En première instance, Silvio Berlusconi a été condamné, au total, à six ans et cinq mois d'emprisonnement pour trois dossiers. Depuis, il a bénéficié en appel soit de relaxes, soit de mesures de prescription en raison de la lenteur du processus judiciaire.

Restent malgré tout encore trois ombres qui s'attachent au président du Conseil : un dossier sur la falsification de bilan du groupe Fininvest, une affaire de corruption de magistrats pour l'achat de la société SME et un procès pour falsification de bilan dans l'acquisition d'un joueur de football.

Des liens avec la mafia?

Peu après la victoire de Berlusconi aux élections, le quotidien espagnol El Pais rapportait que des procureurs siciliens étaient en train d'accumuler des témoignages de repentis de la mafia prouvant les liens du président élu du Conseil italien avec la Cosa Nostra. Dans un long article publié à la une, le journal madrilène de centre gauche affirme avoir eu accès à des documents dans lesquels d'anciens membres de la mafia coopérant avec la justice relatent en détail des réunions entre des dirigeants de la Cosa Nostra et Il Cavaliere lui-même, ou certains de ses proches, dans les années 60-70.


 

Élections locales italiennes de juin 2003 : Berlusconi perd des plumes

Les élections locales de juin 2003 tendent à montrer que le parti de Silvio Berlusconi glisse dans l'opinion publique. Ces élections ont conforté la victoire des dirigeants de l'opposition de centre gauche. Dans toutes les régions du pays, une majorité de candidats de la coalition de l'Olivier l'emporte. La Maison des libertés n'a en fait pu emporter qu'une seule ville tenue par la gauche, soit Sondrio, en Lombardie.



Le point sur les scandales

Juin 2003 : le chef du gouvernement italien a témoigné devant le tribunal pénal de Milan dans le procès SME. Le chef du gouvernement italien était accusé d'avoir versé des pots-de-vin à des juges afin d'influer sur la vente d'une société agroalimentaire et de restauration, une affaire qui remonte aux années 80. Fidèle à son personnage, Silvio Berlusconi a attaqué ses adversaires de front. Il a dénoncé « un procès de 7 ans qui ne repose sur rien » et qui « ternit le président du Conseil et le pays qu'il doit représenter à l'étranger ».

 

Mais Silvio Berlusconi s'est arrangé pour ne pas avoir grand-chose à craindre de la justice italienne, du moins à court terme : son gouvernement a fait adopter par le Sénat une loi d'immunité qui suspend toute poursuite judiciaire contre les cinq plus hautes charges de l'État pendant la durée de leur mandat.

Le 18 juin 2003, le Parlement italien a définitivement adopté le premier article du projet de loi.
La nouvelle disposition prévoit la suspension de toutes les poursuites judiciaires contre le président de la République, le chef du gouvernement et les présidents de la Chambre des députés, du Sénat et de la Cour constitutionnelle pendant leur mandat.
Les cinq hauts responsables ne pourront être soumis à des procès au pénal pendant la durée de leur mandat, y compris pour des délits antérieurs, et les procès en cours seront suspendus pendant cette période.

Le premier effet de cette loi est la suspension du procès de Silvio Berlusconi sur l'accusation de corruption de magistrats devant le Tribunal pénal de Milan.



Une entrée fracassante à la présidence de l'Union européenne

Élu à la présidence de l'Union européenne pour six mois, Silvio Berlusconi a fait une entrée fracassante dans ses nouvelles fonctions. En poste depuis deux jours, le premier ministre italien a déclenché une crise diplomatique entre l'Italie et l'Allemagne, après avoir insulté mercredi un député allemand en plein Parlement européen.

Au député social-démocrate Martin Schultz qui évoquait la réputation sulfureuse du politicien et homme d'affaires italien, ce dernier a proposé de jouer le rôle d'un gardien de camp de concentration dans un film tourné actuellement en Italie. « Je vais vous proposer comme Kapo (gardien de camp », a déclaré Silvio Berlusconi.

La sortie du premier ministre italien, dont beaucoup doutent de ses capacités à assumer la présidence tournante de l'Union européenne, n'a pas plu au gouvernement allemand qui l'a jugée « inacceptable ». De hauts fonctionnaires de la chancellerie (siège du gouvernement allemand) s'en sont entretenus mercredi avec l'ambassadeur italien à Berlin.


La tension dans l'hémicycle européen était déjà vive avant même le dérapage du politicien européen. Silvio Berlusconi avait en effet été hué par les députés écologistes brandissant des pancartes où il était écrit « Tous égaux devant la loi ». Ce slogan faisait allusion à l'adoption, le 18 juin dernier, par ses députés italiens, d'une immunité provisoire à l'endroit de M. Berlusconi le mettant à l'abri d'une condamnation pour corruption de magistrats pendant son mandat européen.

Le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, ne bénéficie pas d'un grand crédit auprès de ses partenaires. Le vote de l'immunité des poursuites et ses prises de position non conformes aux accords européens, notamment en ce qui concerne l'adhésion de la Russie et d'Israël à l'Union, suscitent des interrogations en Europe.