Pour obtenir une hanche artificielle dans le réseau public au Québec, l'attente varie entre huit mois et un an. Dans le privé, l'intervention prend quelques semaines à peine, mais chaque hanche vous coûtera 10 000 dollars.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques indicateurs de la santé des Québécois

Au Québec, neuf personnes sur dix se disent en bonne santé et près d'une personne sur cinq juge son état de santé excellent.

La mortalité infantile a connu une baisse importante depuis le début des années 1980. Le taux de mortalité infantile est passé de 9,6 par 1000 naissances en 1980 à 5,5 pour 1000 en 1997.

 

Structure du système de santé au Québec

 

Vers la privatisation de certains services, oui, mais vers la médecine à deux vitesses ?

En matière de soins, la porte est déjà entrouverte — certains diront carrément béante — à la participation du privé. Au Québec, si la plupart des patients se disent satisfaits des services prodigués dans le système public, ils en va autrement quand il est question des délais d'attente : c'est là que le bât blesse. Ce sont les chirurgies cardio-vasculaires, orthopédiques et ophtalmiques qui comptent les plus longues listes. Face à cette congestion du système, de plus en plus de patients sont prêts à payer pour se faire soigner plus vite, d'autant plus que l'attente peut équivaloir à une condamnation à mort dans certains cas.

 

L'histoire récente du Réseau de la santé et des services sociaux au Québec a été marquée par des coupures, des compressions budgétaires et une reconfiguration majeure. En fait, cette histoire suit assez fidèlement le tracé de l'évolution des transferts fédéraux vers les provinces en général, et particulièrement vers le Québec. Le Québec s'est vu contraint, étant donné les importantes diminutions des transferts fédéraux destinés à la santé et à l'éducation, de diminuer les crédits budgétaires destinés au Réseau de la santé. Conjuguées à la lutte au déficit de la province au milieu des années 1990, ces compressions se sont encore accentuées et ont vraiment atteint leur paroxysme vers la fin des années 90, alors que 800 millions de dollars en paiements de transferts ont été coupés du Réseau de la santé québécois. Elles ont mené à une reconfiguration majeure du Réseau de la santé, mieux connue sous le nom de « réforme Rochon ».

C'est en fait au moment de la réforme Rochon, en voulant assainir le réseau et les finances publiques, que le Québec a ouvert la porte à un florissant marché de services privés de soins en tous genre. Le vide créé par les mises à pied massives et les fermetures d'établissements a été graduellement comblé, morceau par morceau, par le secteur privé.



DES CHIFFRES

Au Québec, en 1997, un tiers des dollars consacrés aux services médicaux (y compris les médicaments, les soins à domicile, les soins dentaires, etc.) ont été dépensés en dehors du régime public. En 1992, le privé ne représentait que le quart des dépenses totales.

L'Institut canadien d'information sur la santé indique que, pour 2001-2002, le Québec est la province canadienne qui dépense le moins par personne en matière de santé. Le Québec dépense 2005,16 $ par habitant, comparativement à 2221,20 $ en Ontario et 2425,07 $ en Alberta.

La santé au Québec, en 1998, faisait vivre 363 000 personnes, dont trois sur quatre étaient des femmes. Le réseau public en employait 228 900.

 

Une différence « visible » : M. Boire, un patient québécois, a choisi le privé pour subir l'opération de sa cataracte : « Ici, en une semaine c'était fait. Dans le public, il faut compter de six à vingt mois d'attente ».


Aujourd'hui, le privé est présent dans plusieurs aspects des prestations médicales et paramédicales. Des exemples : certains médecins se désaffilient du Régime d'assurance maladie, le jugeant trop contraignant. Certains de ces médecins effectuent des visites à domicile en retour d'honoraires. D'autres créent une clinique privée ou s'associent à un établissement déjà existant. Parmi les médecins qui demeurent dans le système public, beaucoup se disent frustrés de l'inefficacité du système, du peu de souplesse et du manque de temps opératoire, des listes d'attente, de la vétusté des équipements.

 

« Je suis un chirurgien. La place où je suis le meilleur, c'est dans une salle d'opération. »
- Un chirurgien qui a opté pour le privé, frustré de voir ses journées d'intervention chirurgicale se réduire en peau de chagrin dans le réseau public.

 

Une majorité de Québécois pour un système de santé mixte
La proposition de l'Action démocratique d'implanter un système de santé « à deux vitesses » trouverait écho dans la population. Ainsi, un sondage CROP, réalisé en septembre 2002 pour les quotidiens La Presse et Le Soleil, révèle que 67 % des personnes interrogées sont favorables au principe permettant aux personnes aisées de payer les services offerts par les établissements privés afin de désengorger le système public et de lui affecter les fonds ainsi épargnés.
Le sondage a été réalisé auprès de 812 personnes, entre le 20 septembre et le 3 octobre 2002. Sa marge d'erreur est de 3,5 %, 19 fois sur 20.

 

Avons-nous le luxe d'être pour ou contre la participation du privé aux services de santé ?

Ceux qui admettent le principe d'ouvrir la porte au privé affirment que cette stratégie n'enlève rien au système de santé public, bien au contraire, puisqu'elle contribue à désengorger le réseau public et permet aussi à ceux qui ne peuvent payer d'obtenir plus vite des services, en plus d'injecter des fonds dans le système. Donc, pour ceux-ci, médecine privée n'équivaut pas à médecine à deux vitesses et les patients sont les grands gagnants.

De toute façon, soutiennent les partisans de partenariat public-privé, il ne faut pas nier l'évidence : l'heure n'est plus à vouloir refuser d'ouvrir la porte, mais plutôt à s'assurer d'effectuer de bons choix. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si le programme en santé de l'Action démocratique du Québec a été jugé intéressant, même par de farouches défenseurs du système public tels que le père de l'assurance santé du Québec, l'ancien ministre libéral Claude Castonguay.

En 2000, Claude Castonguay prônait l'attribution de crédits d'impôts pour des ressources créées par le secteur privé ou un partenariat privé-public en matière de financement.

Castonguay propose de transformer le système de santé
Site des nouvelles de Radio-Canada, 2000

L'ancien ministre libéral de la Santé Claude Forget (de 1973-1976) critique pour sa part l'approche de l'ADQ, la qualifiant de simpliste. Il estime que le privé ne résoudra pas tous les problèmes, mais admet qu'il a son rôle à jouer dans la médecine d'aujourd'hui, et à fortiori dans celle de demain. Dans un article publié en 2000 dans L'Actualité, Claude Forget déclarait que le système de santé québécois avait besoin de 10 milliards de dollars sur cinq ans pour reprendre pied. « Il est difficile d'imaginer comment on pourra se passer de l'apport du secteur privé », déclarait-il alors. Selon lui, les gouvernements successifs ont toujours choisi d'oublier les coûts réels des soins de santé et le système vit d'expédients depuis 40 ans, ce qui explique sa dégradation actuelle. Claude Forget ne pense pas que le privé soit la panacée, mais il estime aussi que les craintes exprimées sont excessives. Il croit que la cohabitation public-privé dans le système nécessite une surveillance mais, ajoute-t-il, faut-il vraiment parler du risque d'une médecine à deux vitesses quand le Canada et le Québec risquent de ne pouvoir se payer une médecine en première vitesse ?

Le président du Collège des médecins, Yves Lamontagne, va plus loin encore. Il pense de son côté que nul pays n'a plus le luxe de l'universalité des soins, surtout pas le Québec. Pour lui aussi, la solution passe par un partenariat public-privé. Dans une entrevue accordée en 2001 à l'Actualité, il évoque l'idée de la mise en place d'une structure comparable à celle d'Hydro-Québec pour gérer la santé, qui répondrait aux besoins des patients 24 h sur 24, 7 jours sur 7, et qui générerait des revenus lui permettant de croître et donc de se régénérer. Yves Lamontagne estime par ailleurs que la médecine d'État a fait perdre beaucoup d'humanisme aux soins depuis son avènement dans les années 70.

Il n'en reste pas moins que le privé fait peur et les réactions véhémentes au programme de l'ADQ le prouvent : Michel David, dans son article dans Le Devoir intitulé Le scalpel et la baguette (3 octobre 2002), estime que l'ouverture au privé telle que préconisée par l'ADQ va inévitablement « creuser un fossé entre les deux systèmes ». L'analyste s'interroge également sur la question de savoir « qui empêchera un établissement privé de se doter des équipements et technologies les plus avancés que le réseau public ne sera pas en mesure d'offrir au malade ordinaire ? ».

Pour beaucoup, dont le gouvernement Chrétien et ses porte-parole, l'acceptation du privé en santé équivaut à bénir l'introduction d'une médecine à deux vitesses, l'une pour les nantis et l'autre pour le reste de la population, avec d'un côté d'interminables listes d'attente, et de l'autre une voie royale, ce qui, encore une fois, entre fondamentalement en opposition avec les principes de la Loi canadienne sur la santé.

On craint aussi une spirale infernale qui, en fait, est déjà amorcée : les étudiants en médecine au Québec et ailleurs au Canada ont commencé à bouder certaines spécialités devant la difficulté de les pratiquer. C'est le cas de l'orthopédie et de la gynécologie, pour ne citer que deux exemples. Or, les besoins de la population ne font qu'augmenter et le nombre de spécialistes est amené à diminuer, à moins bien sûr d'importer de la main-d'œuvre.

 

Faut-il limiter l'universalité des soins de santé ?

« On vit avec des choix et il faut se rendre compte qu'un des premiers objectifs est de contrôler les dépenses plutôt que d'assurer l'universalité. Il y a des limites effectives dans notre système de santé. Les fermetures de lits, ce sont des coupures. »
- Hubert Doucet, directeur des programmes de bio-éthique de l'Université de Montréal
La Tribune du Québec, 2000

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