Chromosomes humains de Jacques Deshaies

 

 

 

 

 

Le projet Génome humain permettra d'identifier le rôle et le fonctionnement des quelque 30 000à 40 000 gènes qui constituent l'espèce humaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un brevet sur l’ADN confère à son détenteur un monopole pratiquement absolu, ce qui suscite certaines inquiétudes.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les brevets sur certains gènes réduisent l'accès de la population à des soins médicaux.

 

 

 

 

 

 

Chromosomes humains
©Jacques Deshaies
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Un gène du cancer du sein
Un récepteur du virus du sida
Des fragments de kinases

Depuis une trentaine d’années, les progrès de la génétique et de la biologie moléculaire ont permis l’émergence d’une nouvelle discipline : le génie génétique. Il est désormais possible d’isoler chimiquement un gène, de le modifier, de le reproduire à volonté et de l’insérer dans une autre espèce, comme l’ont fait les chercheurs de Harvard avec l’oncosouris.

Plus récemment, le projet Génome Humain a pratiquement élucidé la séquence complète de l’ADN humain, ce qui permettra d’identifier le rôle et le fonctionnement des quelque 30 000 à 40 000 gènes humains qui, collectivement, constituent le manuel d’instructions pour fabriquer un être humain.

Chaque cellule de notre corps contient ces 30 000 à 40 000 gènes. En ce sens, les être humains sont tous pareils. Mais il est évident que nous sommes également tous différents. Ces différences sont causées notamment par de nombreuses petites variations entre l’ADN des individus. Il peut exister des centaines de ces variations différentes sur un gène. La plupart sont inoffensives, mais certaines peuvent causer des maladies graves.

Partout dans le monde, des scientifiques accumulent des données qui établissent un lien entre ces variations et certains traits, comme des maladies héréditaires ou encore la susceptibilité aux maladies cardiovasculaires ou à la maladie mentale.

Il existe déjà des centaines de brevets pour des gènes et, souvent, ces brevets incluent des droits de propriété intellectuelle sur les variations de ces gènes, qu’elles soient connues ou à découvrir.

Ceux qui s’objectent aux brevets sur des gènes font valoir qu’un gène n’est pas une invention, puisqu’on le retrouve dans la nature. Mais en général, les instances qui attribuent les brevets considèrent qu’un gène est bel et bien une nouveauté, dans la mesure où il a été isolé en laboratoire.

Autre sujet d’inquiétude : le caractère incontournable des gènes. Dans le cas d’une invention classique, il est possible de contourner un brevet en trouvant une autre façon d’arriver au même résultat. Par exemple, le moteur électrique est un substitut au moteur à essence. Autre exemple : on peut bricoler des molécules pour créer un médicament aux propriétés analogues à celle d’un médicament déjà sur le marché. Mais dans le cas d’une séquence d’ADN, il n’existe pas de substitut. Un brevet sur l’ADN confère à son détenteur un monopole pratiquement absolu, ce qui suscite certaines inquiétudes.

Voici quelques exemples de gènes humains qui ont été brevetés, parmi les plus controversés.

Un gène du cancer du sein
L’entreprise américaine Myriad Genetics a obtenu des brevets exclusifs pour le gène BRCA1, un gène qui, lorsqu’il est défectueux, augmente la susceptibilité au cancer du sein. Le champ couvert par ces brevets est particulièrement vaste : le gène normal et ses mutations éventuelles, tous les tests qui permettent de diagnostiquer des mutations sur ce gène et toutes les méthodes qui permettent de tester des échantillons de tumeurs. De plus, Myriad Genetics exige que tous les tests de diagnostic soient effectués dans ses laboratoires de Salt Lake City. Des tests complexes et coûteux : près de 4 000 $ par test.

Bref, Myriad Genetics détient un monopole sur ce gène aux États-Unis, au Canada et au Japon. En Europe, par contre, l’Institut Curie et plusieurs organismes ont contesté l’attribution de ces brevets. Ils estiment que l’invention ne satisfait pas le critère de non-évidence et que n’importe quel spécialiste du domaine aurait pu, avec les techniques actuelles de biologie moléculaire, identifier le rôle de ce gène dans le développement du cancer du sein. L’Institut Curie affirme en outre avoir démontré que les tests de Myriad Genetics ne sont pas fiables à 100 %.

Le monopole de Myriad Genetics réduit également l’accès de la population aux soins médicaux. Ainsi, la Colombie-Britannique a cessé de subventionner les tests basés sur le gène BRCA1, de crainte d’être poursuivie par Myriad Genetics. Au Québec, on envoie maintenant les échantillons aux laboratoires de Myriad Genetics, où les tests coûtent beaucoup plus cher que dans le système public de santé.
Autre sujet de préoccupation, le monopole de Myriad Genetics pourrait empêcher des équipes peu fortunées d’explorer certaines pistes de recherche pour la mise au point de nouveaux tests diagnostiques.

Par ailleurs, en exigeant que tous les tests se fassent dans ses laboratoires, Myriad Genetics se donne les moyens de constituer une banque d’ADN de toutes les familles à risque du monde, avec les risques que cela comporte pour la protection de la vie privée de ces familles.

Un récepteur du virus du sida
En février 2000, l’entreprise Human Genome Sciences (HGS), située à Rockville, au Maryland, a obtenu un brevet aux États-Unis pour le gène CCR5. Ce gène permet au virus du sida de pénétrer dans une cellule et de l’infecter. Mais au moment où la demande de brevet a été déposée, en 1995, le rôle de ce gène n’avait jamais été démontré concrètement. HGS avait seulement « deviné » le rôle du gène en le comparant à d’autres gènes dont les fonctions étaient connues.

Ce n’est que l’année suivante que d’autres chercheurs, qui ignoraient évidemment la demande de brevet, ont prouvé le rôle du CCR5 dans l’infection au VIH.

Un bon nombre de brevets pourraient ainsi être accordés pour des fragments de génome dont l’utilité est purement hypothétique, ce à quoi de nombreux scientifiques s’opposent.

Des fragments de gènes de kinases
Les kinases sont une famille de gènes qui jouent un rôle crucial dans la réponse de l’organisme aux médicaments. En novembre 1998, l’entreprise Incyte Pharmaceuticals a obtenu toute une série de brevets, aux États-Unis, pour des fragments de gènes de kinases. Ces fragments sont des outils de recherche qui permettent notamment de savoir si le gène est actif ou non dans une cellule donnée.

Le problème, c’est qu’on a justement accordé des brevets pour de tout petits fragments de ces gènes, et non les gènes complets. De plus, on ne connaît pas le rôle précis des kinases dans la réponse aux médicaments.

À cause de cette décision, tous ceux qui feront des découvertes à partir des fragments de kinases pourraient devoir payer des redevances à Incyte Pharmaceuticals. Ainsi, paradoxalement, la personne qui découvrirait une utilité thérapeutique à une de ces kinases ne pourrait pas jouir de l’entière propriété intellectuelle de sa découverte. La motivation des chercheurs à explorer ce champ de recherche pourrait donc être réduite d’autant.

   
 

©Radio-Canada.ca / Nouvelles - 2002

Dossier rédigé en octobre 2002