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Un porte-parole de la communauté arabo-musulmane menacé de « pendaison »

Le point avec Julie Marceau
Radio-Canada

Le coprésident de l'Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec (AMAL-Québec) Haroun Bouazzi fait l'objet de nouvelles menaces de mort.

Un texte de Julie MarceauTwitterCourriel

Des internautes ont appelé à sa « pendaison » et à son « exécution » sur les réseaux sociaux. Il y a quelques mois, quelqu'un avait aussi lancé un appel à lui mettre « une balle entre les deux yeux ». L'enquête a été confiée au nouveau Module sur les incidents et crimes haineux du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Haroun Bouazzi a l'habitude de recevoir des messages dégradants, mais des menaces de mort lui font maintenant craindre pour sa sécurité. « J'ai augmenté mon assurance vie », confie-t-il.

Menaces reçues sur Facebook par Haroun BouazziMenaces reçues sur Facebook par Haroun Bouazzi

« C'est même plus de l'islamophobie, c'est une hystérie totale qui entoure les personnes musulmanes qui osent prendre la parole publique pour la liberté et l'égalité », dit-il.

C'est la troisième fois qu'Haroun Bouazzi, honoré en 2015 par la Commission des droits de la personne, porte plainte à la police. À l'issue de sa deuxième plainte, le militant soutient qu'une policière lui a reproché ses sorties publiques.

« La policière m'a dit texto : "Nous avons remarqué que vous continuez à donner des conférences dans les cégeps de manière périodique [en voulant dire que] je n'ai pas peur de me faire tuer" », raconte-t-il.

Je me suis senti comme une femme qui porte plainte pour agression sexuelle et à qui on dit : oui, mais vous continuez à sortir en minijupe.

Haroun Bouazzi, coprésident de l'Association des musulmans et des arables pour la laïcité au Québec

« Est-ce que par le passé les interventions en matière de crimes haineux étaient optimales? Je ne peux pas le dire, mais je sais que maintenant on travaille pour qu'elles le soient », assure la commandante du SPVM Caroline Cournoyer, qui pilote le Module sur les incidents et les crimes haineux, créé en mai dernier.

D'ailleurs, selon nos informations, l'enquête liée à la dernière plainte d'Haroun Bouazzi progresse bien.

Injures reçues sur Facebook par Haroun BouazziInjures reçues sur Facebook par Haroun Bouazzi

Pour l'avocat criminaliste Walid Hijazi, il ne fait pas de doute que cette cause peut mener à des accusations criminelles.

« Il n'y a pas vraiment d'ambiguïtés, on fait un appel à la pendaison dans un forum de discussion arabo-musulman, on peut difficilement soutenir que c'est dans un contexte de blague », dit-il.

Walid Hijazi souligne toutefois que prouver l'identité des auteurs d'une cybermenace peut parfois s'avérer difficile.

Des crimes

Le SPVM définit le crime haineux comme « une infraction criminelle motivée ou soupçonnée d'être motivée par la haine de la race, l'origine nationale ou ethnique, la langue, la couleur, la religion, le sexe, l'âge, l'incapacité mentale ou physique, l'orientation sexuelle ou tout autre facteur similaire ». Il a reçu 88 plaintes relatives à des crimes haineux cette année, dont 28 ont mené à des arrestations.

La commandante Caroline Cournoyer rappelle que les crimes haineux sur Internet commencent à faire jurisprudence.

Je pense que c'est dans un an ou deux qu'on va voir les résultats [...] mais il faut que les citoyens qui sont victimes de propos haineux sachent que ce n'est pas toléré.

Caroline Cournoyer, commandante au SPVM

Haroun Bouazzi espère que sa dernière plainte aboutira devant les tribunaux.

« La troisième plainte est dans un cadre nouveau qui a été mis par M. Coderre [la création en mai 2016 du Module sur les incidents et crimes haineux]. Il y a des gens plus spécialisés, plus compétents pouvant traiter cette menace [...] on espère qu'elle va aboutir parce que je ne vois pas pourquoi, on serait des citoyens de seconde zone. »

Société