•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Donald Trump, le Voldemort de la conférence sur le climat de Marrakech

Donald Trump, président des États-Unis
Photo: AP/Evan Vucci
Radio-Canada

L'ombre du nouveau président désigné des États-Unis plane sur Bab Inghli, ce grand terrain vague où se tient la conférence des Nations unies sur le climat, à Marrakech. Dans la Ville rouge, comme on surnomme cette magnifique cité entourée de remparts, le nom de Donald Trump est sur toutes les lèvres, même si personne n'ose le prononcer. Pourrait-il, à lui seul, torpiller tous les efforts qui ont mené à la conclusion inattendue de l'accord de Paris sur le climat?

Une analyse de Étienne Leblanc, à MarrakechTwitterCourriel

Donald qui? Disons-le : la plus grande vedette de la conférence des Nations unies sur le climat qui se tient actuellement au Maroc, « celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom », n'est pas sur place, et ne compte pas y venir.

Bien au contraire. Si des délégués de quelque 195 pays sont à Marrakech, c'est pour tenter d'appliquer l'accord de Paris sur le climat. Une entente signée et ratifiée par les États-Unis, que Donald Trump a promis de répudier.

Il l'a promis, et il semble vouloir agir en conséquence. Son premier geste aura été de nommer un climato-sceptique bien connu, Myron Ebell, pour mener la transition de l'Agence américaine de protection environnementale (EPA). « Nous allons la démanteler à bien des égards », a dit M. Trump.

C'est cette même agence qui est responsable de mettre en oeuvre la principale réglementation environnementale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis. Le fameux « Clean Power Plan », qui a permis à Barack Obama d'arriver à Paris avec la crédibilité nécessaire pour rassembler assez de grands pollueurs autour d'un accord commun.

Ce plan climatique visait à réduire la pollution des centrales au charbon. Donald Trump a promis d'annuler cette réglementation et de relancer l'industrie de l'énergie fossile la plus polluante de la planète.

L'éléphant dans la pièce

À Marrakech, même si on ne prononce pas le nom de Trump, la question est sur toutes les lèvres : le retrait des Américains de l'accord de Paris et l'abandon du leadership américain sur la question climatique inciteront-ils d'autres pays à abandonner la lutte?

Le gouvernement russe, déjà réfractaire à l'idée de dépenser des fonds pour lutter contre le phénomène du réchauffement, va-t-il profiter de la nouvelle position américaine pour se retirer aussi de l'accord de Paris? Et le Japon? L'Australie? Le Brésil? Les pays du golfe Persique? Y aura-t-il un mouvement de masse? Ce n'est pas à exclure.

Donald qui, donc? Donald Trump, l'éléphant dans la pièce de la conférence de Marrakech.

« Ça m'étonnerait que M. Trump puisse rendre de nouveau le charbon compétitif sur les marchés aux États-Unis », dit Glen Peters, économiste pour le groupe de recherche norvégien CICERO sur les changements climatiques, présent à Marrakech. En effet : aux États-Unis, le charbon a été supplanté par les bas prix du gaz naturel.

Aldon Meyer, de l'Union of Concerned Scientists, l'un des environnementalistes les plus influents aux États-Unis, souligne aussi une vérité : « Les États-Unis, ce ne sont que 15 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il en reste 85 % ailleurs dans le monde. »

Pourquoi alors M. Trump est-il l'éléphant dans la pièce? Tout simplement parce qu'il va changer la politique climatique de la planète. Si Barack Obama n'y avait pas mis tout son poids, s'il n'avait pas convaincu la Chine de monter dans le train de la lutte contre les changements climatiques, s'il n'avait pas contourné le Congrès pour faire passer sa réglementation américaine pour réduire l'utilisation du charbon, fort est à parier qu'il n'y aurait pas d'accord de Paris aujourd'hui.

L'arrivée de Donald Trump va modifier cette dynamique.

Jusqu'au bout

À Marrakech, les Américains font comme si de rien n'était. L'équipe de négociations sur la question climatique mise en place par Obama redouble d'efforts pour prouver au monde entier que la cause ne sera pas abandonnée aussi facilement.

Et l'artillerie lourde est déployée : le secrétaire d'État américain, John Kerry, qui a joué un rôle clé dans la conclusion de l'accord de Paris, sera présent à Marrakech dès mardi. Le secrétaire américain à l'Énergie, Ernest Munoz, passe toute la semaine dans la ville marocaine.

Et tous deux arrivent à Marrakech avec une crainte à peine voilée : en abandonnant ainsi la lutte contre les changements climatiques, Donald Trump va laisser la voie libre aux Chinois pour prendre le leadership climatique de la planète.

Aucun pays n'investit autant dans les énergies renouvelables, dans les villes vertes ou dans les voitures électriques. Mais sans contrepoids politique, sans contrepoids diplomatique, rien n'empêchera la Chine de céder aux excès des énergies fossiles pour générer de la croissance.

Donald qui? Les Chinois, eux, n'hésitent pas à prononcer son nom.

Environnement