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Religieuse le jour, ceinture noire de karaté le soir

Sœur et ceinture noire de karaté
Radio-Canada

« Un esprit sain dans un corps sain ». Jamais la devise de Pierre de Coubertin n'a été aussi vraie que dans le cas de Chantal Desmarais, une religieuse qui est aussi ceinture noire de karaté.

Un texte de Robert FrosiTwitterCourriel

Soeur Chantal, devrait-on dire, car, il y a plusieurs décennies, cette quinquagénaire a choisi d'entrer dans les ordres. « À un moment donné, j'ai reçu un appel d'être au service du Seigneur, nous confie-t-elle. J'hésitais aussi avec les Forces armées canadiennes, mais il n'y avait pas de sœurs dans l'armée, alors je suis entrée dans les ordres. »

Entre deux prières et les bonnes œuvres, trois soirs par semaine, elle troque sa robe de religieuse pour le kimono. Dans le sous-sol de l'église Sainte-Camille, à Montréal-Nord, sœur Chantal devient alors sensei Chantal, une ceinture noire de karaté respectée par ses 60 disciples.

C'est dès son plus jeune âge que sœur Chantal découvre sa vocation religieuse, en même temps que celle de vouloir défendre son prochain. « Déjà, toute petite, j'allais défendre ceux qui se faisaient battre, car des batailles il y en avait à l'école. », affirme-t-elle.

Soeur Chantal en tenue de karate Photo : Radio-Canada/Robert Frosi

Ce que je veux, c'est que chaque être humain sache se respecter et respecter les autres. Je ne suis pas violente, mais c'est sûr que si je vois quelqu'un qui essaye d'abuser de quelqu'un d'autre, ce n'est pas certain que je vais rester les bras croisés et tendre l'autre joue.

Soeur Chantal

L'idée de troquer le voile pour le kimono est venue au tout début de la vie religieuse de sœur Chantal. « J'étais déjà religieuse quand j'ai commencé le karaté. J'étais dans une communauté très ouverte et rapidement on a vu que j'avais des prédispositions pour les sports, notamment les arts martiaux. Comme j'aimais les arts martiaux, le karaté est arrivé naturellement à moi. J'ai commencé avec des ados, puis des adultes sont venus », raconte-t-elle.

Sensei Chantal refuse de nous dire quel niveau de dan elle a. Pour elle, ce qui compte le plus, c'est la philosophie qui est au cœur du karaté.

Une sensei respectée

Ce soir-là, dans le dojo de Montréal-Nord, ils sont plus d'une vingtaine, attentifs aux leçons de sensei Chantal. Des jeunes du quartier défavorisé en passant par des mères de famille. Il y a même un juge de la Cour du Québec.

Soeur Chantal avec deux étudiantes Photo : Radio-Canada/Robert Frosi

Mais comment les disciples de sensei Chantal la perçoivent-elle?

Saleha Hedaraly a été poussée par ses parents vers le karaté pour qu'elle apprenne à se défendre. Elle me confie immédiatement : « Je vous dirais qu'après le premier cours, je n'ai pas vu la religieuse. »

J'ai vu un excellent professeur de karaté, une femme qui était drôle, avec un grand sens de l'humour, avec beaucoup de compassion et qui allait chercher chaque personne.

Saleha Hedaraly

« Elle allait s'attarder à leur force et à leur faiblesse pour les faire évoluer. Ça, je l'ai vu dès le premier cours. »

Selon sœur Chantal, le karaté n'entre pas en conflit avec les valeurs chrétiennes. « Je ne pense pas que le Seigneur nous demande d'être des moutons, dit-elle. C'est sûr que ce n'est pas dans l'aspect compétitif, ni sportif, ni violent que j'oriente mes cours. »

C'est surtout de donner des valeurs pour la vie, parce que la vie aussi est un combat. Comment donner le bon combat de la vie, avec de belles valeurs, tout en éveillant l'estime de soi : ce sont les préceptes que j'enseigne. Ce sont des outils, en fait.

Soeur Chantal

Affronter les problèmes

Les disciples de sensei Chantal avaient rendez-vous ce soir-là avec l'art du « cassage ». Bien apprendre à casser des briques, des planches. Chaque élève s'appliquait pour arriver au bon geste sous l'œil bienveillant de leur maître.

Là encore, la religieuse et le professeur de karaté étaient en harmonie : « Le cassage n'est pas l'essence même du karaté. C'est surtout relié à l'autodéfense. Mais moi, je le relie beaucoup avec les souffrances de la vie, les épreuves que les gens ont. »

Quand ils font face à leur planche ou à leur bloc de ciment, eh bien dans la vie, il faut que tu l'affrontes cela. Si tu n'affrontes pas tes problèmes, tes difficultés, tu ne pourras jamais passer au travers, tu ne pourras jamais les régler!

Soeur Chantal
Soeur Chantal avec ses étudiants Photo : Radio-Canada/Robert Frosi

Une semaine plus tôt, j'avais rencontré sœur Chantal à la cathédrale de Joliette. Dans le sous-sol, elle avait réuni des prêtres et des paroissiens pour leur expliquer le nouveau lexique liturgique romain.

En l'espace de quelques jours, je l'ai découverte sous ses deux habits. Inévitablement, je me devais de lui poser la question : on peut vraiment dire en vous voyant que l'habit ne fait pas le moine ou la religieuse. Elle part alors à rire, dans un rire éclatant et communicatif et me répond : « C'est vraiment ça, ça l'habille, ça habille la vie! »

Je laisse sensei Chantal à ses disciples et je me rappelle en ces temps passablement moroses et difficiles d'une phrase qu'elle m'avait dite lors de notre première rencontre quand je lui demandais s'il n'y avait pas une contradiction entre l'art martial et guerrier et la pratique religieuse. Je ne sais toujours pas si c'est sœur Chantal ou sensei Chantal qui me répondait, mais, une chose est certaine, il y avait une grande sagesse dans sa réponse.

Vous savez, si on prenait tous les beaux enseignements du karaté et qu'on les appliquait dans sa vie, il y aurait peut-être moins de problèmes et le monde serait sûrement meilleur.

Soeur Chantal

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