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Barrette n'a « aucun problème » avec le projet résidentiel musulman

Le ministre de la Santé et député de La Pinière, Gaétan Barrette

Le ministre de la Santé et député de La Pinière, Gaétan Barrette

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le projet résidentiel destiné à la communauté musulmane qu'un promoteur souhaite construire en Montérégie divise les partis politiques du Québec. Si le député libéral de La Pinière, Gaétan Barrette, dit n'y voir « aucun problème », la péquiste Agnès Maltais parle d'une approche « inadmissible », tandis que la caquiste Nathalie Roy dénonce un « précédent dangereux ».

En entrevue à Radio-Canada lundi matin, M. Barrette n'a montré aucun inconfort face à ce projet, qui sera présenté vendredi aux membres du Centre communautaire islamique de Brossard, situé dans sa circonscription.

« Le problème que je pourrais voir ici, c'est que les gens ont le réflexe de monter ça en épingle », a-t-il anticipé, en disant craindre la « stigmatisation » de la communauté musulmane qui pourrait en découler. Il s'en est pris du coup aux discours sur l'immigration du Parti québécois et de la CAQ.

Moi, ce que je vois, ce sont des gens qui pensent faire un projet immobilier dans lequel on va offrir des habitations, des immeubles, avec cette orientation-là. À prime abord, je n'y vois aucun problème.

Gaétan Barrette, ministre de la Santé

Selon le ministre de la Santé du Québec, il n'y a aucune différence entre ce projet à l'étude et le quartier chinois de Montréal, qui est selon lui « bien intégré dans la communauté, dans le tissu social du Québec ».

« Je n'ai jamais vu personne, moi, critiquer l'existence du quartier chinois de Montréal. Je pense que les Montréalais, les Québécois, considèrent que c'est une valeur ajoutée pour Montréal », a-t-il dit, en invitant la population à faire preuve d'une « certaine souplesse » face à une telle approche.

M. Barrette dit qu'il défend l'idée d'une « intégration maximale » des communautés culturelles du Québec. « Mais une intégration maximale, ce n'est pas une intégration totalitaire », précise-t-il. « Ça veut dire qu'il y a des variations, qui sont liées à l'âge des gens, à [leur] situation personnelle et culturelle. C'est ça le vivre-ensemble. »

M. Barrette, qui entend prendre rapidement connaissance du projet de façon plus précise, soutient cependant que le promoteur du projet, Nabil Warda, devrait revoir ses communications afin « de faire preuve d'une certaine sensibilité », mais préciser davantage sa pensée.

Une approche « inadmissible » pour le PQ

« Je pense que M. Barrette devra un peu mieux étudier la situation, les dossiers », a réagi la porte-parole du Parti québécois en matière de laïcité, Agnès Maltais, qui évoque une entorse « inadmissible » à la Charte des droits et libertés.

« Dans ce cas-ci, la discussion de base que M. Warda présentait, c'était qu'il puisse sélectionner en fonction de la religion », a-t-elle ajouté. « On ne peut pas sélectionner, 10 % ou 20 % ou 30 % ou 80 % en fonction de la religion. C'est 0 %. »

Sur l'idée de sélectionner des logements ou de vendre des logements en fonction de la religion, c'est non, c'est interdit par la Charte des droits et libertés.

Agnès Maltais, porte-parole du PQ en matière de laïcité

Mme Maltais dit croire que le promoteur du projet a de « bonnes intentions » et qu'il « essaie de dire que ce ne sera pas dans un ghetto, qu'il est prêt à accepter des gens qui pratiqueraient une autre religion ». Elle ne lui en demande pas moins de « sortir [son] projet du contexte religieux ».

« Il disait qu'il allait rencontrer des gens à la mosquée. Donc, seules des femmes qui se voileraient pourraient par exemple assister à la présentation du projet », a-t-elle affirmé. « S'il veut que le projet soit bien accueilli, il doit le faire d'une façon différente. »

« L'intégration ne passera pas par là, l'intégration ne se passera pas en concentrant la communauté musulmane » dans un quartier, a encore dit Mme Maltais. « L'intégration va se passer par l'emploi, par l'apprentissage du français. »

La CAQ dénonce une « ghettoïsation des immigrants »

À la CAQ, le projet résidentiel soulève l'ire de la porte-parole en matière d'immigration et de laïcité, Nathalie Roy, qui y voit un premier pas vers une « ghettoïsation des communautés culturelles ».

Dans un communiqué publié lundi matin, Mme Roy fait valoir que les valeurs de la société québécoise « doivent avoir préséance sur l'ensemble du territoire du Québec et nous ne devons faire aucune exception au nom de croyances religieuses ».

« Les nouveaux arrivants sont les bienvenus chez nous, on ne le dira jamais assez, mais ils doivent en échange s'intégrer pleinement à la société québécoise », soutient-elle, en arguant que le projet immobilier à l'étude est une « conséquence de l'idéologie multiculturaliste du gouvernement libéral ».

Peu importe de quelle communauté religieuse il s'agit, ce n'est pas vrai qu'on va accepter que certains aillent s'isoler pour vivre selon des valeurs religieuses et imposer ces valeurs à ceux qui veulent s'établir au même endroit.

Nathalie Roy, porte-parole caquiste en matière d'immigration et de laïcité

La députée de Montarville demande au ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, d'intervenir en avisant les villes de ne pas autoriser de tels « projets immobiliers discriminatoires, qui interdiraient à celles et ceux qui n'adhèrent pas aux valeurs et croyances d'une communauté religieuse de s'y installer ».

Le promoteur Nabil Warda a déjà indiqué qu'il n'est pas fermé à ce que quelques non-musulmans intègrent le projet, à partir du moment où ils ont « des valeurs communes » avec les familles musulmanes.

Fatima Houda-PepinAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Fatima Houda-Pepin

Photo : Radio-Canada

Houda-Pepin met en garde contre une application de la charia

Pour Fatima Houda-Pepin, ex-députée libérale de La Pinière, « ce projet de finance islamique, c'est un peu comme la charia [loi canonique islamique] contre laquelle je me suis battu pour le droit familial ». Elle fait référence à l'argument du promoteur qui explique avoir ciblé des musulmans qui ne peuvent pas contracter de prêts avec intérêts pour des considérations religieuses.

La politologue s'oppose fermement à ce projet, qui n'est pas le premier du genre au Québec selon elle, « parce que les musulmans doivent s'intégrer, et l'intégration, ce n'est pas le ghetto ».

Mme Houda-Pepin estime que « l'Arabie saoudite fait pression sur le gouvernement fédéral pour permettre aux banques canadiennes de fonctionner selon la finance islamique et d'implanter au Canada des banques islamiques ».

Les gens doivent comprendre qu'ici, les lois doivent s'appliquer également à tous et à toutes et il n'y a pas de raison que les musulmans soient soustraits à l'ensemble de la société.

Fatima Houda-Pepin

L'ancienne députée trouve que « ces projets visent à isoler [les musulmans] de l'ensemble de la communauté pour qu'ils puissent être contrôlés par des gens, comme l'imam Selmoune qui dirige la mosquée derrière ce projet-là et qui a dit, ici même à Radio-Canada dans l'une de vos émissions, que la lapidation est permise, qu'il faut couper la main du voleur, que c'est la charia, ça passe par-dessus tout ».

Ce projet peut-il être interdit? L'avis d'un avocat

Marc-André LeChasseur, avocat en droit municipal et en droit immobilier, explique que « les municipalités n'ont pas le droit de zoner les personnes en tant que telles ni les confessions. On zone l'usage du territoire, donc l'occupation du territoire. Les différences de sexe, de religion, de différence de peau ne sont pas pertinentes, alors la Ville n'a pas les outils pour interdire un développement sur son territoire, sur cette base-là ».

« Par ailleurs, nuance-t-il, l'association doit se poser des questions elle-même, à savoir si elle peut assujettir l'achat d'une maison à une appartenance religieuse de cette nature-là. Ça, c'est une autre question qui a trait à la légalité de ghettoïser volontairement l'achat des maisons du fait que la personne appartient ou pas à une religion donnée. »

Marc-André LeChasseur, avocat en droit municipal et en droit immobilierAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marc-André LeChasseur, avocat en droit municipal et en droit immobilier

Me LeChasseur estime qu'il serait « impossible », pour des fins d'exclusivité, que le promoteur rejette des acquéreurs potentiels sur la base de leur religion ou de leurs valeurs.

« Les chartes de droits et libertés protègent les gens contre ce genre de manifestation là, les rassemblements volontaires sont garantis par les chartes - droit d'association. Alors, il n'y a rien de formel à cet égard-là. C'est dans le Code civil qu'on pourrait retrouver l'empêchement d'avoir une servitude morale liée au fait d'être empêché d'acquérir un immeuble, mais il n'y a rien de plus formel que ça, à mon avis », résume-t-il.

L'avocat pense toutefois que les personnes qui n'appartiennent à la communauté majoritaire dans ce cas-ci ne seraient pas enclines à faire partie du projet, ce qui conférerait de facto à celui-ci son caractère exclusif, « comme on le connaît d'ailleurs dans certaines communautés déjà, soit en majorité chrétiennes ou juives, par exemple ».

Me LeChasseur établit le parallèle avec d'autres formes d'organisation, comme à Outremont, où « c'est à peu près la même chose qui se passe avec la communauté hassidique : il y a regroupement de la communauté sur certaines rues et il y a collaboration et solidarité dans le fait de financer des acquisitions afin d'occuper des secteurs de quartiers de manière uniforme. C'est un mouvement naturel qui s'est fait ».

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